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« Il y a une forme de radicalisation » : au RN, la tentation trumpiste

Les vieilles recettes ont ceci de rassurant qu’elles ne déçoivent jamais. Au Rassemblement national, ces derniers temps, certains ont renoué avec le réflexe de la citadelle assiégée. Côté pile, le parti d’extrême droite joue depuis 2022 la carte du parti de gouvernement, se félicitant d’avoir constitué un groupe au Sénat, se vantant de sa capacité à diriger le pays et jouant le camp de la raison face à la macronie qui aurait participé à « la ruine du pays ». Côté face, le RN alimente à nouveau sa rhétorique antisystème, dans un climat où ses militants se radicalisent de plus en plus dans leur rapport à la parole officielle. « De toute façon, on ne croit plus rien qui sort de la bouche d’un politique ou d’un journaliste », confiait, ce samedi, un militant RN, en marge du lancement de campagne du parti à Orléans.

Ces dernières semaines, plusieurs élus ont aussi versé dans cet argumentaire ciblant les médias comme des « organes militants », et présentant le RN comme le bouc émissaire d’un « système » qui chercherait à l’abattre. « Le système est capable de tout, on vit avec les persécutions », assurait il y a quelques jours un conseiller de Marine Le Pen, faisant référence aux révélations de Mediapart qui imputent à Jordan Bardella des écrits antisémites. Un discours victimaire, déjà déployé à l’époque du Front national de Jean-Marie Le Pen, qui a aussi pour mission de consolider la base électorale frontiste dans son esprit communautaire. « On est blindés, ajoutait ce même conseiller. Et ce qui peut sortir sur nous, tout le monde s’en fout complètement. »

Au secours de Sarah Knafo contre le « service public »

Pour certains élus, cette rhétorique visant à opposer le discours frontiste à celui porté par « les médias officiels » est utilisée, en conscience, comme un levier destiné à renforcer la radicalisation de leur électorat. « Les interviews et articles à charge, ça ne fait que nous renforcer en décrédibilisant la parole journalistique, se félicite un député. C’est vrai qu’on y participe, en critiquant les médias. » Ce mercredi, ils sont nombreux, parmi les députés RN, à voler au secours de Sarah Knafo, jugée injustement traitée par le service public lors d’une interview, le même jour, sur Franceinfo.

Une radicalisation qui touche aussi certains élus, notamment à l’Assemblée nationale, où un certain nombre de parlementaires a durci le ton envers la presse. Après les révélations de Mediapart, certains se sont même interrogés sur l’opportunité d’interdire au média en ligne l’accès aux événements du parti. « Ça aurait été un très mauvais signal », se positionne l’un d’eux, qui recommande la prudence dans cette stratégie et alerte sur le risque de dérives.

Sentiment d’orgueil

Une tentation trumpiste, qui s’accompagne aussi d’un sentiment d’orgueil florissant chez certains cadres, assurés de l’emporter en mai prochain : « Je ne vois pas dans quelle configuration on ne gagne pas », s’avance un député. Une posture qui participe à développer une forme de sentiment d’impunité au sein de l’électorat RN, persuadé de détenir, par avance, la majorité des voix. De quoi libérer la parole, mais aussi un climat de violence exacerbée envers quiconque est identifié comme opposant politique. « Il y a une forme de radicalisation, reconnaît un élu, revenant sur les débordements violents qui ont émaillé le congrès du RN à Orléans. Mais c’est une radicalisation qu’on remarque dans les deux camps. Il y a une tension globale qui rend le climat beaucoup plus électrique. »

Interrogée sur un éventuel « durcissement de ton vis-à-vis des médias déloyaux » dans l’éventualité où elle remporterait l’élection présidentielle, Marine Le Pen se veut plus cajoleuse qu’à son habitude. « Mais non, je vous adore !, mignarde-t-elle. On va vous garder, aussi critiques soyez-vous, et parfois d’une grande mauvaise foi. » Plus sérieusement, elle affirme au parterre de journalistes présent devant elle : « N’ayez aucune crainte, aucun risque ne pèse sur la liberté de la presse, vous pourrez continuer à écrire tout ce que vous voulez. » Pour les vieilles recettes, c’est dans l’arrière-cuisine que cela se passe.



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-10-29 14:17:00

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