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Ingérence russe : l’ex-groupe Wagner ouvre un bureau spécial pour cibler la France

On ignore si Paris doit s’en sentir flatté, mais l’attention est là : Politology, l’organisation qui a pris la suite du groupe paramilitaire russe Wagner, a créé un « projet spécial de surveillance de la situation en France ». La structure spécialisée dans la propagande russe et la désinformation ne concentre plus ses opérations seulement en Afrique, où elle visait particulièrement les intérêts français, mais étend désormais son action en Europe. L’information a été dévoilée ce 27 octobre par une enquête du collectif All Eyes on Wagner (AEOW), qui a authentifié une fuite de plusieurs milliers de documents.

Entité très pro-active quand il s’agit d’essayer de saper les intérêts occidentaux à travers le monde, Politology est manifestement un panier percé. En février 2026, la fuite d’une centaine de documents internes avait déjà permis à AEOW et à un consortium de médias de la relier au SVR, le service de renseignement extérieur russe. Cette enquête a également dévoilé l’existence d’une campagne d’influence menée par Politology en Afrique et en Amérique latine. Près de neuf mois plus tard, rebelote : cette fois, des milliers de documents atterrissent entre les mains du collectif.

Intérêt pour le Sud global

L’entité s’est réorganisée, cloisonnant ses opérations en différents départements. Ironie du sort, c’est justement ce cloisonnement qui permet, aujourd’hui, de mieux lire ses priorités. Les opérations de Politology se divisent en cinq bureaux : l’unité de surveillance de la région méditerranéenne, celle de l’Afrique centrale, celle de l’hémisphère occidental, le projet spécial de surveillance des récits locaux… et celui de surveillance de la situation en France.

Si pour l’instant, l’identité des responsables et leurs effectifs restent difficiles à déterminer, leur mission est claire. « Depuis 2024, on sait que Politology a un axe anti-France. Le travail énorme fait contre Paris sur le continent africain justifie d’avoir une équipe dédiée », remarque Lou Osborn, cofondatrice d’AEOW. Les nouveaux documents obtenus par le collectif montrent que le groupe va plus loin, ciblant l’Hexagone sur son sol, avec des récits calibrés pour la métropole. « Leur expertise se concentre sur le Sud global : l’Afrique, l’Amérique latine. Ils actionnent les thématiques liées à ces domaines pour atteindre l’Europe et la France », remarque-t-elle.

L’immigration et les réparations coloniales font par exemple partie de leurs sujets de prédilection pour fragiliser les démocraties occidentales. « Ces thèmes sont aussi utilisés contre l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni », ajoute Lou Osborn. A chaque fois, Politology a pour but de diminuer l’influence de ces pays hors de leurs frontières. « Le but est de contester la place de l’Espagne dans l’arc méditerranéen et en Libye. Il en va de même pour les intérêts français en Afrique », poursuit-elle. Une fois l’opération accomplie, il est plus simple pour Moscou de remplacer le rival affaibli.

Mesures actives

La guerre en Ukraine a sans doute rendu le Kremlin plus offensif. Au-delà des opérations de désinformation menées jusqu’ici, la structure mènerait désormais « des organisations sur le sol français », nous indique une source bien informée. Là encore, Politology et ses faux-nez déploient les mêmes thèmes qu’en Afrique, mobilisant les problématiques liées à l’immigration ou à la décolonisation. « Ce type d’opération n’est rien de moins que le mode opératoire que l’on trouve dans les manuels du KGB des années 70 », s’amuse l’historien David Colon, auteur d‘Infodémie : Comment lutter contre le virus de la désinformation. Il ajoute : « Ne vous y trompez pas : Politology est un dispositif parmi beaucoup d’autres menant ce type d’opérations ».

D’autres opérateurs d’influence russe ont déjà été démasqués en France. En mai 2026, une autre fuite de données a montré comment des actions hybrides menées sur le sol français ont été amplifiées par des campagnes de désinformation du Kremlin. Des officines proches de la présidence russe comme la Social Design Agency (SDA), ont notamment participé à l’organisation de la dégradation de plusieurs synagogues, ou encore au dépôt de têtes de cochon devant des mosquées en Île-de-France. Ces actions découlent de la tradition soviétique des « mesures actives », à savoir l’ensemble des actions d’influence ou de désinformation conduites par les services de sécurité de l’URSS pour affaiblir leurs adversaires. « SDA ou Politology ne sont pas de simples acteurs de la désinformation. La synergie entre les différents dispositifs d’actions hybrides doit être considérée comme un tout, avec un même but : déstabiliser le pays devenu l’ennemi principal de la Russie », conclut David Colon.

Le jour de la parution de l’enquête d’AEOW, le Quai d’Orsay a dénoncé de nouvelles opérations d’ingérences russes contre les intérêts français en Afrique, en particulier au Cameroun et en République du Congo. D’après un rapport de Viginum, le service de l’Etat français chargé de lutter contre les ingérences numériques étrangères, le but de cette campagne est de « légitimer la présence russe en Afrique et cibler les intérêts de pays occidentaux, dont ceux de la France ».

La structure responsable se nomme GlobUs et se présente comme un club international d’experts. Viginum n’y voit qu’une façade de plus, dirigée par Andreï Gromov et Youlia Berg, deux « entrepreneurs d’influences russes » eux aussi issus de la « galaxie Prigojine », le fondateur de Wagner. Huit ans après la détection des premières actions de désinformation contre les intérêts français en Afrique, la détermination de Moscou s’intensifie.



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Author : Alexandra Saviana

Publish date : 2026-10-30 18:21:00

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