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Vers une nouvelle guerre au Moyen-Orient ? Ce que veulent vraiment les houthistes, par Bernard Haykel

Une nouvelle guerre se profile au Moyen-Orient. Cette fois, elle oppose les houthistes du Yémen à l’Arabie saoudite, avec en toile de fond le détroit de Bab el-Mandeb. Les houthistes cherchent à imposer un blocus à l’ensemble du trafic maritime du Royaume. Ils exigent la levée des sanctions, la reprise des vols internationaux vers Sanaa, ainsi que le versement de réparations pour les destructions causées par la guerre qui fait rage depuis 2015. À terme, ils veulent que Riyad les reconnaisse comme le seul gouvernement légitime du Yémen. Un dirigeant houthiste m’a résumé ce chantage de manière très concise : « Nous n’avons rien à perdre, tandis qu’eux [les Saoudiens] ont tout à perdre, parce qu’ils cherchent à bâtir un pays stable et prospère. »

Le Royaume a jusqu’à présent rejeté toutes ces exigences, considérant les houthistes comme une milice radicale alliée à l’Iran, qui doit régler ses différends avec les autres acteurs politiques yéménites, notamment le gouvernement reconnu par la communauté internationale et établi à Aden. Riyad a refusé de se laisser entraîner dans le conflit en apparaissant comme un agresseur étranger, préférant diriger une coalition avalisée par la communauté internationale et soutenant le gouvernement officiel. Outre les forces armées nationales yéménites, Riyad a armé et entraîné diverses factions anti-houthistes. Elle estime désormais que celles-ci, si elles agissent collectivement, peuvent vaincre les houthistes, l’Arabie saoudite leur fournissant, si nécessaire, une couverture aérienne.

Idées radicales et simplistes

Les houthistes constituent un mouvement révolutionnaire intégré à l’ »axe de la résistance » mené par l’Iran. Le mouvement est dirigé par les membres d’une minorité appelée les sayyids — environ 10 % de la population — qui se réclament d’une ascendance remontant au prophète Mahomet et revendiquent, à ce titre, un rôle privilégié de direction religieuse et politique. Les houthistes se sont emparés de la capitale, Sanaa, ainsi que d’une grande partie des régions septentrionales du pays à la fin de l’année 2014. Leur idéologie consiste en un mélange éclectique d’idées islamistes radicales et simplistes, puisées principalement dans le chiisme zaydite, le khomeynisme iranien et le djihadisme d’Al-Qaida, auxquelles s’ajoutent une forte dose d’anti-impérialisme ainsi qu’une haine ouvertement affichée des juifs et de la monarchie saoudienne. Leur slogan est le suivant : « Dieu est grand, mort à l’Amérique, mort à Israël, maudits soient les juifs, victoire à l’islam. »

Les houthistes formulent des revendications territoriales sur l’Arabie saoudite, notamment sur La Mecque, et se considèrent comme les dirigeants d’un mouvement mondial visant à rétablir un ordre islamique et la justice dans le monde. Leur dirigeant suprême, Abd al-Malik al-Houthi, est qualifié de « Bannière de la guidance » et de « Coran parlant ». Toutefois, contrairement au Hezbollah, les houthistes ne sont pas directement contrôlés par les mollahs iraniens, même si ceux-ci leur ont fourni d’importantes quantités d’armes, ainsi qu’une formation, des financements et un soutien politique considérables. Bien qu’ils partagent les mêmes objectifs régionaux — l’expulsion des États-Unis de la région —, ils poursuivent leurs propres objectifs stratégiques, façonnés avant tout par les dynamiques intérieures yéménites.

Défis intérieurs

Comme le veut l’adage, toute politique est d’abord locale, et les houthistes sont confrontés à d’importants défis intérieurs. Leur marge de manœuvre économique est limitée par l’insuffisance de leurs recettes, tandis que leur statut minoritaire les fragilise. Ils font en outre face à une opposition considérable de la part des tribus et d’autres communautés religieuses qui ne partagent pas leur vision du monde. En conséquence, les houthistes ont souvent dû « externaliser » leur politique en prenant pour cibles Israël, les États-Unis et l’Arabie saoudite, afin de détourner l’attention de leurs insuffisances et de pallier leur déficit de légitimité.

Peu après l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, les houthistes ont commencé à tirer des missiles et des drones sur Israël en soutien aux Palestiniens de Gaza. Cette initiative a eu pour effet de réduire au silence l’ensemble de leurs détracteurs yéménites. Parallèlement, ils ont commencé à prendre pour cible des navires circulant dans le détroit de Bab el-Mandeb et à ses abords, qu’ils affirmaient être liés à Israël ou à des pays soutenant Jérusalem. Cela a, de fait, interrompu l’essentiel du trafic maritime occidental à destination et en provenance de la mer Rouge. Fait notable, les navires chinois et russes n’ont pas été pris pour cible et ont continué à traverser le détroit, la Chine et la Russie ayant conclu des accords avec les Houthis, comme elles viennent de le faire à nouveau lors de la récente flambée de tensions avec Riyad.

L’Iran a pris acte des restrictions que les houthistes avaient imposées à la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb à la fin de l’année 2023. Cette expérience constitue la toile de fond du blocage plus récent du détroit d’Ormuz. Téhéran a compris qu’une attaque occasionnelle, ou la simple menace d’une attaque contre la navigation commerciale, suffisait à produire un effet. La prime de risque augmente aussitôt, qu’il s’agisse de la hausse des tarifs d’assurance ou de la menace de perdre des navires de grande valeur. Cela conduit à son tour les compagnies maritimes à éviter volontairement le détroit, à l’exception, bien entendu, de celles appartenant à des pays considérés comme amis, tels que la Chine.

Moment propice

La récente recrudescence des tensions, depuis le 20 juillet, survient à un nouveau moment de crise. La situation économique dans les régions du Yémen qu’ils contrôlent reste désespérée, et les houthistes constatent que les factions yéménites qui leur sont opposées deviennent militairement plus fortes. Ils considèrent également que l’Arabie saoudite subit des pressions considérables en raison de la guerre en Iran et de la menace que les missiles et les drones de Téhéran font peser sur ses infrastructures vitales, notamment ses usines de dessalement et ses centrales électriques.

Cette conjonction de facteurs intérieurs et régionaux a incité les houthistes à faire pression sur Riyad. Le Royaume dépend désormais beaucoup plus de la mer Rouge, puisque toutes ses exportations pétrolières ont été redirigées, à travers la péninsule Arabique, vers le port de Yanbu. Pour les houthistes, il ne saurait y avoir de moment plus propice pour arracher des concessions. Ils ont frappé des aéroports, des navires et des raffineries, tandis que les Saoudiens ont gardé leur sang-froid et se sont abstenus de riposter. Riyad espère que les factions yéménites s’uniront pour débarrasser militairement le pays des houthistes. Rien ne garantit toutefois qu’elles y parviendront, compte tenu de la résilience de ces derniers. Il faut donc s’attendre à des combats extrêmement durs de part et d’autre de la péninsule Arabique.

Bernard Haykel est professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton et chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties (FDD).



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Author : Bernard Haykel

Publish date : 2026-08-17 06:45:00

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