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Fuite de plans militaires : « le mépris viscéral » du camp Trump pour l’Europe apparaît au grand jour

Fuite de plans militaires : « le mépris viscéral » du camp Trump pour l’Europe apparaît au grand jour

Si doutes encore il y avait, doutes il n’y a plus. « L’Europe sait désormais comment l’équipe de Trump parle d’elle dans son dos », titre le New York Times. Un défilé de messages – qui « n’étaient pas destinés à devenir publics », souligne le magazine allemand Focus – envoyés par mégarde à un journaliste de The Atlantic « rend les choses limpides », résume le média américain CNN. C’est désormais écrit « noir sur blanc : le cercle rapproché du président américain nourrit un mépris viscéral » à l’endroit des Européens, que Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, qualifie de « profiteurs », en réponse à un message de J.D. Vance.

Dans cette boucle Signal désormais connue de tous, le vice-président américain s’est dit lasse d’avoir « à sauver une fois encore » l’Europe. Ce, alors même que les échanges portaient initialement sur une frappe à venir au Yemen contre les rebelles Houthis, dans une conversation qui concernait donc « bien plus la politique américaine en matière de protection du commerce maritime et de dissuasion vis-à-vis de l’Iran, que des inquiétudes au sujet d’un soi-disant parasitisme européen vis-à-vis des dépenses militaires américaines », estime le quotidien britannique The Guardian. Avis que J.D. Vance ne semble pas partager.

L’animosité de J.D. Vance

Selon ce dernier, les frappes au Yémen profiteraient davantage à l’Europe qu’aux Etats-Unis, pointe le New York Times. « Je pense que nous faisons une erreur puisque 3 % du commerce américain passe par le canal de Suez tandis que 40 % du commerce européen y transite », a défendu le vice-président dans la conversation groupée.

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Ainsi, l’opération « a failli ne pas avoir lieu », raille CNN. C’est finalement Pete Hegseth qui est parvenu à « le ramener à la raison », formule The Guardian. Le quotidien britannique relate notamment un message du secrétaire à la Défense qui insiste sur le fait que « la frappe servirait les’valeurs fondamentales’américaines comme la liberté de navigation et la dissuasion anticipée ».

Ce qui n’a pas empêché Pete Hegseth de souscrire aux propos de J.D. Vance. « Je partage totalement ton dégoût pour les profiteurs européens », lui répond-il dans les messages dévoilés. Le qualificatif « profiteur » a depuis été repris par Donald Trump lui-même qui a réaffirmé son soutien à son administration, accusée par l’opposition de nuire à la sécurité de la première puissance mondiale. Mais dans cette affaire, c’est bien le « mépris envers l’Europe » qui constitue « l’aspect le plus frappant », souffle l’hebdomadaire conservateur The Spectator.

L’hostilité de longue date à l’égard du Vieux continent

L’antieuropéanisme de la nouvelle administration américaine – désormais en « guerre idéologique contre l’Europe », constate La Tribune de Genève – n’a rien de neuf. Un mois plus tôt, J.D. Vance avait asséné aux Européens à la conférence sur la sécurité de Munich l’idée selon laquelle « la grande menace sur le Vieux continent n’est ni la Chine ni la Russie mais le renoncement de l’Europe à certaines de ses valeurs les plus fondamentales », rappelle le quotidien suisse.

Donald Trump lui-même n’a jamais caché son mépris pour l’Europe. Voilà déjà plusieurs années qu’il accuse celle-ci de ne pas contribuer suffisamment à l’Otan. Mais depuis son retour à la Maison-Blanche, « les divergences se sont transformées en mépris » analyse Corriere Del Ticino. Outre-Rhin, nos confrères de Focus évoquent quant à eux un « style de communication méprisant […] qui montre clairement quelle posture l’administration américaine adoptera à l’avenir face à ses alliés européens ».

Raison pour laquelle, citant une interview d’un ancien du KGB, le Corriere Del Ticino martèle qu’il incombe désormais aux Européens de prendre en main leur destin au risque « de finir par devenir un pion sans importance sur l’échiquier international ». Outre-Manche, The Spectator met également en garde les démocraties européennes : « Face à un Donald Trump qui coopérera avec les puissances du Moyen-Orient pour affaiblir l’Iran, l’Europe est de plus en plus seule ».

« Faire passer les Européens à la caisse »

D’autant que les hauts responsables du gouvernement américain cherchent à « faire passer à la caisse » les Européens, souligne le quotidien suisse Le Temps. L’Allemand Focus précise : « Dans le chat Signal, il a été explicitement discuté du fait que l’Europe devait payer pour la restauration attendue des voies de navigation sécurisées suite aux frappes ».

Face à ces menaces, les réactions des pays concernés sont restées timorées, lorsqu’elles ne brillent pas par leur absence. « Les capitales européennes sont restées relativement discrètes mardi », constate The Washington Post de concert avec le quotidien espagnol El Periodico qui tempère toutefois : « Certaines voix ont condamné les insultes et les implications des messages échangés dans le groupe Signal ». Pour le New York Times, « les Européens envisagent un avenir où la relation transatlantique […] pourrait ne jamais redevenir la même. »

Peut-être faut-il aux Européens le temps de digérer « l’ampleur du mépris à leur égard », selon la formule de La Tribune de Genève ? Ce Vieux continent qui a encore en tête « l’héroïsme des Rangers américains tombés lors du débarquement en Normandie et salué par le président Reagan » ou encore « l’énorme effort du Plan Marshall, lancé par les États-Unis pour renforcer la démocratie et unir l’Occident pendant la guerre froide », égraine La Repubblica. Autant d’exemples qui, aux yeux du quotidien transalpin « semblent appartenir à une autre époque. Presque à un autre pays. »



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Author : Ambre Xerri

Publish date : 2025-03-26 13:41:00

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