L’Assemblée nationale a pris des airs de hall de gare, ce mardi 1 avril. On y a vu les députés du Rassemblement national errer, désemparés. Sonnés par le jugement du tribunal correctionnel, qui pourrait empêcher Marine Le Pen de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Les déjeuners avec les journalistes ont été annulés. Les événements au siège du parti, reportés. Il faut bien faire bonne figure. La traditionnelle réunion de groupe RN, à laquelle Jordan Bardella a assisté, a été ouverte à la presse. L’occasion, pour Marine Le Pen, de crier haut et fort sa stratégie de défense, et, surtout, ses attaques répétées contre le « système » et la « justice politique » devant ses députés communiant dans un même soutien.
« Le système a sorti la bombe nucléaire, et s’il utilise une arme aussi puissante contre nous c’est évidemment parce que nous sommes sur le point de remporter l’élection, a asséné la députée du Pas-de-Calais. De manière pacifique et démocratique nous allons défendre nos droits, les droits de nos électeurs, et le premier de ces droits c’est le droit de voter librement […] car si l’on ne vote pas librement on n’est plus véritablement dans une démocratie. Si ce sont les dirigeants politiques ou des magistrats qui décident qui peut se présenter et pour qui les Français peuvent voter, alors nous ne sommes plus dans une démocratie. » Les députés applaudissent comme un seul homme.
« Je n’ai pas plus d’infos… On verra »
Et retournent emplir les couloirs de l’Assemblée, tentant de zigzaguer entre les journalistes interrogateurs. Les voici devenus disciples de Socrate : tout ce qu’ils savent, c’est qu’ils ne savent rien. « On étudie tous les recours possibles à notre disposition, répète le député du Gard Yohann Gillet. Après, on verra, on verra… ». « On continue la campagne permanente tout en soutenant Marine, hasarde Jordan Guitton, élu dans l’Aude. Je n’ai pas plus d’infos, à part vous dire que la vie politique et parlementaire continue, pour le reste, je ne sais pas… » Dans l’attente d’en savoir plus, on préfère marcher sur des œufs. Plus timorés que Bruno Gollnisch, que l’on aperçoit déambulant au Palais Bourbon, le règlement du Parlement européen sous le bras en s’en prenant à l’Union européenne « qui a honteusement agi sur la justice ».
Ignorant manifestement tout des recours à venir, et peu désireux de se projeter dans les prochains mois, les frontistes se contentent de commentaires court-termistes. Et prévoient leur riposte : un tractage, ce week-end, sur le marché de leur circonscription. En hémicycle Marine Le Pen est accueillie par une standing ovation de ses troupes, avant que ses lieutenants ne prennent sa défense en interpellant le Premier ministre. Jean-Philippe Tanguy, Laure Lavalette et Sébastien Chenu prennent la parole pour défendre l’honneur de leur cheffe de file, ciblant « l’oligarchie, qui refuse que le peuple de France vote pour sa candidate ». Prenant à partie leurs collègues députés dans un périlleux exercice de torsion du jugement du tribunal correctionnel : « Ne voyez-vous pas ce qu’il se passe ? C’est de la politique, pas de la justice. Quelle sera la légitimité du président lorsqu’une décision d’appel relaxera Marine Le Pen ? Et quelle sera la légitimité de la démocratie ? «
« Je pense que Marine Le Pen va faire un refus d’obstacle »
Eric Ciotti, lui, sort de sa manche un nouvel atout, annonçant qu’il déposera, en juin, à l’occasion de la niche de son parti, une « proposition de loi pour supprimer l’exécution provisoire pour les peines d’inéligibilité » qui, si elle était votée, serait rétroactive. François Bayrou évoque, pour sa part, une réflexion sur l’exécution provisoire. Marine Le Pen, elle, n’a pas pris la parole, quittant la salle avant la fin des questions au gouvernement.
Et après ? Jordan Bardella a bien appelé ses troupes à « s’indigner » pacifiquement. Un rassemblement est organisé par le parti, dimanche après-midi, place Vauban à Paris, dans le cadre du mouvement de soutien à Marine Le Pen que les frontistes espèrent déclencher. Sans trop d’espoir pour certains, qui jugent que le parti devrait opter pour une stratégie plus offensive. « Ils sont tous sidérés, assure un allié. Leur problème, c’est qu’ils ne laisseront pas éclater leur colère, ça ne mobilisera donc pas leur électorat. Je pense que Marine Le Pen va faire un refus d’obstacle. Elle a tellement souffert des outrances de son père qu’elle va accepter de se faire dévorer par un système qu’elle combat. »
Source link : https://www.lexpress.fr/politique/rn/marine-le-pen-le-jour-dapres-au-rn-la-sideration-avant-la-riposte-BCPKA55S2VFUBGBIHZPWVCVIAE/
Author : Marylou Magal
Publish date : 2025-04-01 16:15:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.