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Sébastien Lecornu, ses secrets de fabrication : « Il ne faut pas jouer au Premier ministre comme avant »

Sébastien Lecornu, ses secrets de fabrication : « Il ne faut pas jouer au Premier ministre comme avant »

Il a fait la connaissance d’Emmanuel Macron… en participant pour la première fois de sa vie à un conseil des ministres, le 22 juin 2017. Sébastien Lecornu est alors secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique. Huit ans plus tard, devenu un proche du président, le voici nommé Premier ministre. Déjà ? Enfin !

Le 12 décembre 2024, le Normand s’endort Premier ministre. Il a vu dans la soirée le chef de l’Etat et, en quittant le palais, a rédigé ce qui doit être son discours de passation des pouvoirs sur les marches de l’hôtel Matignon. Tout était à cet instant clair dans son esprit, même si les jours précédents avaient été marqués d’une grande confusion. « Comment se préparer à quelque chose qui n’existe pas, dont on n’a pas envie, et dont il ne faut pas que ça se sache ? », résumait-il en rigolant. Mais il avait trouvé un chemin : il n’allait pas « jouer au Premier ministre comme avant », sa déclaration de politique générale ne dépasserait pas les 20 minutes, il accepterait un pouvoir délégué au Parlement, s’inscrirait dans une ligne courte en actant le fait qu’il est là juste pour la gestion de crise. Il est là, nous y sommes.

Autant dire que Sébastien Lecornu n’est pas pris de court en étant nommé ce mardi chef du gouvernement. Au mois d’août, il rend visite au président à Brégançon. Prudent – ou échaudé – il précise alors à L’Express : « Je ne bouge pas d’un iota, je ne fais aucune démarche. » Il a pourtant son idée pour réussir le trop fameux dépassement, construire un budget en donnant à la gauche des mesures symboliques pour gage, ne pas oublier la droite, garder des relations respectueuses avec le RN de Marine Le Pen, qu’il a invité à dîner à l’hôtel de Brienne, comme l’avait raconté Le Canard enchaîné.

Sébastien Lecornu a un autre atout qu’il n’a pas besoin d’exposer mais qui est essentiel aux yeux d’Emmanuel Macron. Le ministre de la Défense souligne souvent qu' »un candidat à la présidentielle envoyé à Matignon, ça crée des réactions chimiques dans la vie politique, ça fait de lui une cible ». Or il n’entre pas dans cette catégorie. « Dans dix ans, je ne ferai plus de politique », promettait-il… il y a huit ans.

L’incarnation de la politique à l’ancienne ?

A-t-il l’âge de ses artères, seulement 39 ans, ou est-il l’incarnation de la politique à l’ancienne, lui qui, recevant pour la première fois dans son ministère un haut fonctionnaire marqué à droite, lui glisse : « Tu as quoi comme décoration ? » Sébastien Lecornu tombe dans la marmite à peine le dernier biberon avalé. Gosse, il regardait les Questions au gouvernement. Il explique qu’il était enfant unique et qu’il s’ennuyait un peu (il utilise généralement un autre mot). Il milite dans un parti, un vrai, en l’occurrence l’UMP, réminiscence de l’UDR ou du RPR, depuis l’âge de 16 ans, puis devient assistant parlementaire. En 2012, il est élu suppléant d’un député, deux ans plus tard, le voilà maire de Vernon ; entre-temps, il a codirigé la campagne de Bruno Le Maire pour la présidence de l’UMP. Il a également été candidat aux cantonales (pour finir, tant qu’à faire, président du conseil général de l’Eure) et aux régionales, en queue de liste. Il a assisté à un meeting de Jacques Chirac en 2002, admiré Nicolas Sarkozy en 2007 et n’a jamais voté à gauche. En 2017, il prend le bulletin Macron au second tour de la présidentielle.

Aux premières loges du gouvernement grâce à ses promotions successives, il a suivi de près les expériences précédentes, celle de Gabriel Attal, puis celle de Michel Barnier, enfin celle de François Bayrou. Le premier lui a immédiatement semblé manquer de « gravitas », or Matignon, constatait-il, souligne les défauts personnels plus qu’il ne les gomme. Il a porté un regard sévère sur la manière dont le Savoyard menait sa barque, regrettant l’absence d’une vraie méthode. « Il faut être pro, notre truc n’était pas pro, on était tourné sur nous-mêmes », confiera-t-il ensuite. Le Béarnais, avec son sens du compromis, lui a un temps paru plus adapté au paysage politique, mais il a très vite eu des doutes sur sa capacité à aller au-delà du budget 2025. La suite ne lui a pas donné tort.

Le nouveau Premier ministre est un homme anxieux. Il a observé le décalage grandissant et préoccupant entre vie politique et vie de nos autres élites, syndicales, professionnelles et autres – alors que la césure jusqu’à présent était surtout marquée entre élites et catégories populaires.

Le nouveau Premier ministre est un homme préoccupé. Pour avoir appris à le connaître, il sait qu’Emmanuel Macron aime l’ordre : « Jamais il n’a éprouvé d’affection particulière pour les désordres et la logique contestataire. » Pour son premier jour à Matignon, Sébastien Lecornu doit gérer le mouvement « Bloquons tout », qui s’est donné rendez-vous ce mercredi.



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Author : Eric Mandonnet

Publish date : 2025-09-09 18:05:00

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