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Attaque américaine au Venezuela : « Il est peu probable que le régime tombe »

Attaque américaine au Venezuela : « Il est peu probable que le régime tombe »

C’est un événement historique, qui suscite l’émoi du monde entier et pose de nombreuses questions sur le plan du droit international. Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 février, des éléments de la Delta Force, l’unité spéciale la plus pointue de l’US Army, se sont emparés du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores et les ont immédiatement exfiltrés en dehors du pays, accusés par Washington de « narcoterrorisme ».

Originaire du Venezuela et maître de conférences en sociologie à l’Université Paris-Nanterre, Pedro José Garcia Sanchez estime peu probable une chute du régime actuel, et évoque les répercussions qu’une telle situation pourrait avoir dans la région.

L’Express : Les Etats-unis accusent Nicolas Maduro de « narcoterrorisme » et dénoncent un « complot pour importation de cocaïne » pour justifier leur intervention au Venezuela. Qu’en est-il réellement ?

Le Venezuela est effectivement devenu un hub pour les criminels, de nombreuses bases factuelles étayent les accusations des Américains sur l’importation de drogues dans le pays. D’abord, l’extradition en 2023 d’Hugo Armando Carvajal Barrios, surnommé « El Pollo », un militaire qui a dirigé pendant une dizaine d’années le service de renseignement vénézuélien sous les gouvernements d’Hugo Chavez et Nicolas Maduro, et à qui Washington reprochait un chargement de plus de cinq tonnes de cocaïne qu’il avait fait importer aux Etats-Unis via le Mexique. En 2015, lui et d’autres hauts fonctionnaires vénézuéliens étaient également visés par une enquête de la justice américaine pour leur implication dans un vaste trafic de cocaïne entre la Colombie, le Mexique et les Etats Unis – Hugo Armando Carvajal Barrios a depuis plaidé coupable.

Plus récemment, un groupe de réflexion spécialisé dans la criminalité et la sécurité en Amérique latine, InSight Crime, a confirmé que le trafic de drogue était fortement ancré au sein du gouvernement vénézuélien, notamment via « le Cartel des Soleils », un « système de corruption dans lequel profitent des responsables militaires et politiques en collaborant avec des trafiquants de drogue ». En décembre, la CIA a aussi procédé à une frappe de drones visant une installation sur un port de la côte des Caraïbes, utilisée par le gang Tren de Aragua pour stocker de la drogue et la charger sur des navires à destination des Etats-Unis, d’après les informations des services américains.

Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, est cubano-américain, et connaît donc bien le fonctionnement de ces pays, où s’entremêlent politique, argent sale et crimes organisés. Il est très probable qu’il ait eu un rôle dans cette intervention américaine, qui marque un changement de paradigme pour les Etats-Unis, dont l’action contre la drogue se basait jusqu’à présent sur le financement et la collaboration avec des gouvernements alliés d’Amérique latine.

Le régime vénézuélien pourrait-il donc tomber ?

C’est peu probable en l’état, car étrangement, les Etats-Unis ont seulement ciblé Nicolas Maduro, mais pas les autres cadors du régime. A l’image de Vladimir Padrino López, ministre de la Défense depuis onze ans, lui aussi inculpé par les Américains en 2020 pour « narco-terrorisme », ou de Delcy Rodriguez, la vice-présidente donnée comme une potentielle successeure de Maduro à la présidence du pays. Ces derniers ont d’ailleurs annoncé avoir donné des ordres très clairs à la Force armée nationale bolivarienne, l’armée du Venezuela, pour que « tous les plans de défense intégrale de la nation soient activés », et ont expliqué que les instructions du président Maduro ont été données.

J’ai vu des vidéos sur les réseaux sociaux qui montrent des Vénézuéliens sortant des casseroles par les fenêtres pour manifester leur enthousiasme, mais la répression par l’armée est toujours trop forte pour espérer un soulèvement populaire. Néanmoins, il convient de rappeler que des sondages réalisés par le passé montraient que sept Vénézuéliens sur dix souhaitaient le départ de Maduro, ce qui ne veut pas dire que l’ensemble de la population approuve l’interventionnisme américain. Chez les Vénézuéliens exilés, beaucoup se disent peut-être qu’ils pourront revenir dans leur pays, bien qu’ils attendent avec méfiance la suite des événements.

Quelles peuvent être les répercussions dans la région ?

En premier lieu, il pourrait y avoir des répercussions économiques pour Cuba, un allié important du Venezuela qui continue de recevoir du pétrole de sa part, ainsi que de la Russie et du Mexique. L’île fait en effet toujours face à un embargo américain depuis 1962, et est traversée par de graves problèmes énergétiques, avec des coupures d’électricité de dix-huit heures dans la plupart des régions.

Plus grave sur un plan politique : le pays dirigé par le clan Castro craint d’être la prochaine cible de Washington si le Venezuela tombe, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio ayant d’ailleurs multiplié les attaques verbales contre La Havane. Des sources diplomatiques ont d’ailleurs fait état de conversations secrètes entre des responsables cubains et américains pour évoquer l’après-chavisme.

Les autres pays d’Amérique latine, comme le Mexique et la Colombie, ont également condamné l’attaque qui, selon eux, mettrait gravement en péril « la stabilité régionale ». Sur un plan plus global, la Chine, qui est devenue le banquier du Venezuela avec des dizaines de milliards de dollars avancés via des accords « pétrole contre prêts », voudra nécessairement récupérer l’argent qu’elle a investi. Il risque d’y avoir un affrontement économique pour les ressources que détient le pays, entre les puissances américaines, chinoises et russes.



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Publish date : 2026-01-03 17:30:00

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