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Se chauffer sans charbon : en Pologne, le défi qui pourrait profiter à Veolia

Se chauffer sans charbon : en Pologne, le défi qui pourrait profiter à Veolia

L’année 2025 aura été prolifique pour la Pologne, qui a fait tomber plusieurs records. Des plus anecdotiques, comme la pêche du plus gros silure jamais enregistrée – un monstre de 2,92 mètres attrapé courant octobre par deux amateurs dans un lac du sud-est. Aux plus sérieux, à l’image des très bons résultats économiques du pays, parmi les meilleurs du continent. « Nous sommes devenus la vingtième économie du monde », annonçait même en juillet le Premier ministre Donald Tusk.

Autre bonne nouvelle, cette fois sur le plan énergétique : en juin, les renouvelables ont fourni plus d’électricité (44,1 %) que le charbon (43,7 %). Une grande première pour une nation accro au lignite. Le signe d’une transition qui s’accélère, avec l’essor du solaire et de l’éolien. Mais cette avancée n’éclipse pas le long chemin qu’il reste à parcourir. Car la décarbonation ne se limite pas seulement à l’électricité. Un autre aspect tout aussi essentiel est souvent relégué au second plan : la chaleur. Sur ce point, « la Pologne est à la croisée des chemins, prévient dans un rapport le think tank Forum Energii, basé à Varsovie. La hausse des coûts du carburant, le vieillissement des infrastructures et la pression croissante pour réduire les émissions rendent le maintien du statu quo de plus en plus insoutenable ».

Pour se chauffer, le pays dispose d’un des réseaux de chaleur urbain les plus étendus d’Europe. Héritage de l’époque soviétique, les près de 23 000 kilomètres de tuyaux – soit trois fois plus qu’en France – desservent 40 % des ménages, les bâtiments publics, les écoles et les hôpitaux. « Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu une vraie politique d’Etat pour développer ce mode d’approvisionnement en chaleur », confirme Clémence de Pommereau, partenaire associée au cabinet de conseil E-Cube. Or, ces réseaux demeurent biberonnés au charbon (61 %), que le pays importe en partie. Le gaz naturel arrive loin derrière (13 %). « Etant donné le contexte géopolitique, il est vital pour la Pologne de penser à la transition de ces usages vers des solutions qui apportent davantage de souveraineté », poursuit la spécialiste des questions énergétiques. Une réflexion dans laquelle Veolia compte bien peser.

L’Europe de l’Est, un marché dynamique

Si l’entreprise est surtout connue en France pour sa gestion de l’eau et des déchets, elle est davantage considérée comme un acteur de l’énergie en Pologne. Non sans raison : le géant y est le plus grand opérateur de réseaux de chaleur. Il dessert environ trois millions d’habitants, dont plus de la moitié des résidents de Poznań. La cinquième ville du pays lui sert d’ailleurs de vitrine pour la décarbonation de ses activités en Europe centrale.

Fin novembre, Veolia y a inauguré une centrale de « cogénération », que L’Express a visitée. Avec cette installation, qui lui a coûté 250 millions d’euros, l’entreprise compte se passer totalement du charbon pour le chauffage d’ici la fin de la décennie. « Ce projet, c’est 6 500 wagons de ce combustible en moins par an », pointe Luiz Hanania, directeur du groupe dans le pays. Le gaz prendra le relais dans un premier temps, complété par de la biomasse et la récupération de la « chaleur fatale » de la fonderie Volkswagen et d’un data center voisins. Veolia se tournera ensuite vers la géothermie pour sevrer le système de tout élément fossile à horizon 2050.

« Au lieu de vendre ou fermer nos centrales à charbon, nous avons préféré les transformer », explique Estelle Brachlianoff, la directrice générale de Veolia. Le groupe croit dur comme fer au potentiel des réseaux de chauffage urbain, identifiés comme un levier de croissance. Depuis 2018, il a déjà déboursé 700 millions d’euros, sur une enveloppe totale d’1,6 milliard, pour moderniser des centrales en Pologne, Allemagne, Hongrie et République tchèque. Ces fonds engagés visent aussi à consolider sa présence dans la région. « En Europe centrale et de l’Est, toutes les villes, même les plus petites, sont dotées de réseaux de chaleur, analyse Clémence de Pommereau. On s’attend à ce que ce marché y soit très dynamique au cours des prochaines années. »

Mais pour mener à bien sa transition, la Pologne doit encore relever de nombreux défis. Les réseaux modernisés et capables d’éliminer progressivement l’utilisation de charbon sont minoritaires. « Les investissements dans des technologies innovantes restent limités », constate Forum Energii, qui pointe le besoin de financements stables et de long terme. « Il y a globalement peu de subventions publiques, malgré un cap réglementaire qui ne bouge pas », admet Estelle Brachlianoff. Si le pays ne dispose pas d’équivalent du Fonds Chaleur français, divers systèmes de soutien s’en rapprochent. Auxquelles s’ajoutent plusieurs enveloppes financières européennes.

Chaque réseau de chaleur étant spécifique, les opérateurs doivent trouver le modèle économique adapté. A Poznań, Veolia a obtenu de la municipalité une augmentation de tarif et un contrat courant sur dix-sept ans. En plus de la chaleur, les turbines de la centrale de cogénération produiront également de l’électricité. Le groupe s’assurera ainsi un complément de revenu en la revendant sur le réseau national. « La chaleur, c’est le royaume des petits ruisseaux qui font les grandes rivières », décrit la patronne française. Suffisant pour que la Pologne fasse tomber de nouveaux records en 2026 ?



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Author : Baptiste Langlois

Publish date : 2026-01-05 06:45:00

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