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Venezuela : pourquoi Donald Trump a tourné le dos à l’opposante et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Venezuela : pourquoi Donald Trump a tourné le dos à l’opposante et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado

Trois jours après l’enlèvement spectaculaire et l’incarcération aux Etats-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro, les questions autour de sa succession à la tête du pays émergent. Lundi 5 janvier, la vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment devant l’Assemblée nationale vénézuélienne. Elle a été officiellement investie présidente par intérim pour une période de 90 jours renouvelables, “à regret”, a-t-elle dit, affichant sa loyauté au président déchu.

Son investiture a été actée avec le feu vert des Etats-Unis et du président américain Donald Trump. Le journal espagnol El País souligne toutefois que Delcy Rodríguez, âgée de 56 ans, est un pilier du régime chaviste, ajoutant qu’elle a prêté serment devant un Parlement « dominé par une écrasante majorité chaviste, élu lors d’élections entachées d’accusations de fraude » et présidé par son propre frère, Jorge Rodríguez. « Tout change, et pourtant rien ne change », ironise le journal madrilène.

Rapport de la CIA

Pourtant, l’opposante et lauréate du prix Nobel de la paix 2025 Maria Corina Machado, s’est manifestée pour la tenue d’une élection démocratique et rapide. « Je prévois de revenir au Venezuela dès que possible », a déclaré l’avocate et ancienne députée âgée de 58 ans, dans une interview à la chaîne Fox News ce mardi 6 janvier. Mais l’hypothèse a été écartée par les autorités américaines et Donald Trump, qui a exclu lundi, dans une interview à la chaîne NBC, la tenue d’élections libres dans le pays dans les trente prochains jours. Quand bien même l’opposante en exil à Nicolas Maduro avait dédié son prix Nobel de la paix au président américain en octobre dernier et rendu plusieurs hommages à son action ces derniers mois.

« Je pense qu’il serait très difficile pour elle d’être la leader », a déclaré le président américain à bord de son avion Air Force One, tout juste quelques heures après la capture de Nicolas Maduro dimanche. Et d’ajouter : « Elle (s’agissant de Maria Corina Machado) n’a pas le soutien au sein du pays, ou le respect au sein du pays. C’est une femme très gentille, mais elle n’a pas le respect ». Selon la presse américaine, dont le Wall Street Journal, les propos du locataire de la Maison-Blanche s’appuieraient entre autres sur un rapport de la CIA, non daté, qui indique que les forces loyalistes proches de Maduro seraient les mieux placées pour diriger le pays en cas de départ du leader, contrairement à l’opposition qui pourrait « déstabiliser le pays ». « Depuis toujours, Donald Trump est convaincu que la stabilité à court terme au Venezuela ne peut être maintenue que si le remplacement de Maduro a le soutien des forces armées du pays et d’autres élites », écrit The Wall Street Journal. « Pour l’instant au moins », Delcy Rodríguez bénéficie du « soutien des bastions chavistes au sein de son gouvernement et du président américain, Donald Trump, qui a déclaré [ce week-end] qu’elle collaborerait avec Washington pour rendre sa grandeur au Venezuela », relève de son côté le media économique américain Bloomberg. Après avoir dans un premier temps fustigé l' »enlèvement » de Nicolas Maduro et un comportement colonial des Etats-Unis, Delcy Rodríguez a adopté dimanche un ton nettement plus conciliant en appelant aux relations équilibrées et respectueuses entre Caracas et Washington.

« Le pétrole, pas la promotion de la démocratie »

Au fil des mois, alors que l’assaut pour capturer Nicolas Maduro se préparait, l’argumentaire de la CIA et de hauts fonctionnaires dont le secrétaire d’Etat Marco Rubio, qui a déclaré que si les Etats-Unis essayaient de soutenir l’opposition cela pourrait déstabiliser davantage le pays et nécessiter une présence militaire plus robuste à l’intérieur du pays, ont fini d’achever la décision de Donald Trump, rapporte encore The New York Times. « Pour Donald Trump, au Venezuela l’accent est mis sur le pétrole, pas sur la promotion de la démocratie », poursuit sans ambages le quotidien new-yorkais. Et pour cause : l’accès au pétrole vénézuélien était l’un des principaux objectifs de l’opération menée dans la nuit de vendredi à samedi par les forces spéciales américaines, a reconnu Donald Trump, dont l’administration prévoit de rencontrer dans le courant de la semaine des dirigeants de compagnies pétrolières américaines.

En outre, au-delà de ces considérations sur la stabilité du pays, plusieurs médias américains rapportent un refroidissement des relations entre l’administration Trump et Maria Corina Machado ces derniers mois. Elle-même a reconnu auprès de Fox News qu’elle n’avait plus parlé à Donald Trump depuis le 10 octobre dernier, jour de l’attribution de son Nobel.

D’autres questions sur l’après-Maduro et le contrôle « à distance » du pays par Washington restent toutefois sans réponse. Alors que Donald Trump n’a pas exclu de frapper à nouveau le Venezuela s’il ne se pliait pas à ses exigences, le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a écarté l’hypothèse de l’envoi de troupes américaines ou d’une occupation du pays par les Etats-Unis, lundi soir à l’issue d’un « briefing » entre les élus du Congrès, le secrétaire d’Etat Marco Rubio et le chef du Pentagone Pete Hegseth.



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Publish date : 2026-01-06 18:02:00

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