L’ancien directeur général de la santé, une des fonctions les plus importantes de l’Etat en matière sanitaire, vient d’annoncer qu’il se tournait vers le privé. En posant son bureau chez Zoī, cette start-up aux allures de villa de milliardaire à deux pas de la place Vendôme, Jérôme Salomon rejoint le cercle de plus en plus large des ex-serviteurs de la patrie partis défendre des intérêts bien plus restreints que ceux du bien commun.
Avec un tel choix, Jérôme Salomon participe, bon gré mal gré, à abîmer le système de santé publique, à bout de souffle depuis la crise sanitaire, où cet épidémiologiste de formation était pourtant aux avant-postes.
Zoī, 2000 m2 d’infrastructures médicales dernier cri, de spa, de piscines, de satin et de miroirs que L’Express avait pu visiter en 2023, n’est pas seulement une entreprise de luxe, tournée vers le profit. Les examens qu’elle propose – une trentaine de tests ultra-poussés censés prédire les pathologies avant même qu’elles arrivent et aider à ralentir le vieillissement – consacrent une médecine de l’exclusion à destination du plus offrant. En l’occurrence celui qui peut débourser plus de 300 euros par mois, pour des dépistages allant bien au-delà de ce qui est recommandé par les autorités sanitaires.
Plutôt Narcisse qu’Hippocrate
Avant lui, Olivier Véran avait déjà opté pour une trajectoire similaire, du ministère de la Santé à la chirurgie esthétique, pratique plus proche de Narcisse que d’Hippocrate. Alors que l’élu de Grenoble avait regretté le manque de médecins durant la crise sanitaire, il choisissait de participer à la saignée, quittant le cheptel pour les pâturages bien plus verts de ces consultations, souvent très rémunératrices. Sous les critiques, il avait dû renoncer.
Arrivera-t-il la même chose à Jérôme Salomon, lui qui après avoir incarné le décompte des morts de la crise sanitaire avait œuvré pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), institution toute tournée vers le bien commun ? Quoi qu’il en soit, que ce médecin en chef, critiqué pour sa gestion des stocks de masque durant le Covid-19, vire de bord en dit long sur la déliquescence du système de santé publique. Pire, ce choix pourrait bien participer, de fait, à cannibaliser un peu plus la solidarité nationale : que se passerait-il, si les tests de Zoī – qui dépassent largement ce qu’il est considéré comme utile par les médecins – conduisaient à faire émerger une alerte chez un patient ?
La réponse, les médecins des hôpitaux parisiens ne la connaissent que trop bien : le patient devrait alors subir des vérifications plus poussées, des IRM, des biopsies, des consultations spécialisées… Aussi luxueuse que soit Zoī, tout ne peut pas être réalisé par l’entreprise, et le peut-être-futur-malade finirait par devoir subir des examens et des soins pris en charge par la collectivité. Le tout, pour confirmer ou infirmer la présence d’une potentielle pathologie qu’il n’a en réalité peut-être pas : une grande partie des tests pratiquée chez Zoī ne sont pas suffisamment robustes pour une utilisation clinique, assènent les spécialistes.
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Author : Antoine Beau
Publish date : 2026-01-08 13:05:00
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