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Affaire Epstein : comment Jack Lang a été rattrapé par sa proximité avec le prédateur sexuel

Affaire Epstein : comment Jack Lang a été rattrapé par sa proximité avec le prédateur sexuel

Sur cette photo datée de mars 2019, la cour du Louvre est ensoleillée. Devant la pyramide en verre qui trône en son cœur, Jack Lang pose tout sourire, le visage éclairé par une chaude lumière de fin d’hiver. À ses côtés sur le cliché ? L’Américain Jeffrey Epstein, lunettes de soleil sur le nez, mains jointes devant lui et air impassible. Nous sommes quelques mois seulement avant l’arrestation de l’autre côté de l’Atlantique de ce financier aux réseaux tentaculaires. Le 6 juillet 2019, la justice américaine l’incarcère pour des accusations de trafic sexuel de grande ampleur. Jeffrey Epstein aurait mis en place un énorme système d’exploitation de mineures et de très jeunes femmes, aidé par sa compagne, Ghislaine Maxwell. À peine un mois plus tard, en août, il est retrouvé mort en prison. L’enquête conclut à un suicide.

Présenté par Woody Allen

L’image de l’ex-ministre de la Culture en compagnie du prédateur sexuel a été dévoilée par la déclassification de plus de trois millions de fichiers liés à la vie de Jeffrey Epstein par le ministère de la Justice américain, vendredi 30 janvier. Des révélations réalisées au nom de la « transparence », selon l’institution, et auxquelles Donald Trump n’était que moyennement favorable, ayant lui-même fréquenté durant plusieurs années l’homme d’affaires new-yorkais. Sphère politique, milieu des affaires, monde culturel… Ce dernier possédait des connaissances dans tous les domaines et mettait un point d’honneur à cultiver sa renommée auprès de ses interlocuteurs. Avec une telle ambition, Jeffrey Epstein a donc rencontré nombre de personnalités, y compris en France. Et certaines, avec plus ou moins de proximité.

Depuis la mise en ligne de cette masse d’informations, dont une partie est toujours caviardée, les articles de presse s’enchaînent pour démontrer les liens du financier avec plusieurs célébrités. Qui savait quoi ? Ces connaissances avaient-elles des soupçons sur de potentiels crimes sexuels de Jeffrey Epstein ? Dans la plupart des cas, impossible de le déterminer avec certitude sur la base de ces nouveaux éléments. Mais la publication des correspondances privées ou professionnelles au sein d’un amas de données qui comprend aussi des images ou vidéos directement liées à l’affaire alimente le trouble. Bien entendu, le nom d’une personne citée dans ces dossiers n’indique pas forcément qu’elle se faisait complice du trafic sexuel du businessman.

Il n’empêche : les figures mentionnées sont contraintes de s’expliquer sur la nature de leurs réels liens avec Jeffrey Epstein. Jack Lang en fait partie. Son nom est cité 685 fois dans ces nouveaux documents. La plupart d’entre eux ? Des courriels, souvent envoyés avant ou pendant la venue du multimillionnaire à Paris, où ce dernier possédait un appartement dans les beaux quartiers. Sur BFMTV mardi, l’ex-socialiste a raconté avoir rencontré Jeffrey Epstein « il y a une quinzaine d’années » lors d’un dîner. Le réalisateur américain Woody Allen – qui fait lui-même l’objet d’accusations d’agression sexuelle de la part de sa fille adoptive Dylan Farrow – aurait alors fait les présentations entre les deux hommes, qui sympathisent. S’ensuit alors une longue série d’e-mails cordiaux, dans lesquels il est généralement question de caler des rendez-vous lors des venues à Paris de l’Américain.

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Riad à Marrakech et financement d’un long-métrage

Aucun courriel à caractère sexuel échangé par le duo n’a été retrouvé dans cette somme de documents. La question est davantage de savoir si Jack Lang pouvait être au courant des agissements du mécène américain. L’actuel président de l’Institut du monde arabe (IMA) assure avoir toujours ignoré cette situation et dit être « tombé des nues » lorsqu’il a découvert la vérité. Avant leur rencontre, Jeffrey Epstein avait pourtant été déjà condamné en 2008 à 18 mois de prison aux États-Unis pour avoir fréquenté des prostituées mineures, au terme d’une procédure judiciaire où des accusations de trafic sexuel avaient déjà émergé. « Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire », justifie de son côté Jack Lang, expliquant n’avoir pas eu connaissance de cette peine.

L’ancien ministre met en avant la capacité de Jeffrey Epstein à créer facilement de nouveaux contacts dans les sphères de pouvoir. Lors de sa mise en relation avec lui, l’homme d’affaires « fréquentait alors le Tout-Paris », a indiqué en début de semaine Jack Lang auprès de l’AFP. « Il nous avait séduits par son érudition, sa culture, sa curiosité intellectuelle. » Invité un peu plus tard sur RTL, l’ex-responsable a précisé sa pensée. « [Je dois] être un naïf, un ignorant », a-t-il pointé. « Je fais confiance et je continuerai à faire confiance aux gens que je rencontre ici et là quand ils apportent de l’intelligence, du talent, de la lumière et de la générosité. » Tout en se distanciant des faits avérés contre Jeffrey Epstein : « Mais, en même temps, je condamnerai avec véhémence tous ceux qui se livrent à des actes monstrueux comme ceux qu’il a accomplis aux États-Unis. »

Au-delà de ces messages personnels, les derniers fichiers révélés montrent aussi que Jack Lang a tenté de jouer l’entremetteur dans la vente d’un bien immobilier appartenant à une connaissance, qui aurait pu intéresser Jeffrey Epstein. Le prix de cette demeure, un riad à Marrakech, est estimé à « 5,4 millions d’euros, offshore », écrit l’ancien ministre de l’Éducation nationale à son interlocuteur dans un courriel. « La maison, je ne l’ai jamais vue, le document probablement je ne l’ai pas lu », se défend aujourd’hui Jack Lang, auprès de France Télévisions. Dans la même veine, Mediapart a révélé jeudi que Tracfin, les services français de renseignement financier, avait déjà mené une enquête sur un mystérieux virement offshore de 50 000 euros réalisé par Jeffrey Epstein sur demande de Jack Lang. Pourquoi avait-il besoin de ces fonds ? « Serge Moati, un très grand cinéaste français, souhaite réaliser un film sur mon travail qui sera diffusé au cinéma », explique dans un des mails déclassifiés l’ex-député PS. « Ta contribution serait évidemment décisive. » Le long-métrage n’est finalement jamais sorti dans les salles obscures.

La fille de Jack Lang elle aussi en pleine tempête

Au-delà de Jack Lang lui-même, les conversations de sa fille, Caroline Lang, avec Jeffrey Epstein ont aussi été mises au jour lors de la publication de ces dossiers. Jusque-là déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, elle a depuis les révélations démissionné de son poste. Toujours selon Mediapart, cette professionnelle du cinéma avait fondé en 2016 une société offshore aux Îles vierges américaines avec le financier américain. L’objectif de cette structure : « favoriser l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes », souligne aujourd’hui Caroline Lang. Si elle détient 50 % des parts de la société, elle affirme n’avoir pas touché de revenus liés à celle-ci. « Tous les fonds provenaient de Jeffrey », a-t-elle indiqué auprès du média d’investigation.

Outre ce volet financier, un voyage à Miami réalisé en 2014 par Caroline Lang et ses deux filles dans une maison appartenant à Jeffrey Epstein interpelle. Tout comme un testament signé par ce dernier deux jours avant sa mort et lui octroyant 5 millions de dollars… mais dont personne, selon elle, ne lui a fait part à l’époque. Elle promet en tout cas n’avoir rien su du pedigree criminel du mécène. « Un jour, il y a longtemps, il m’avait dit : ‘Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler’, alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures (…) en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru », a-t-elle développé, toujours sur Mediapart.

Convoqué au Quai d’Orsay

Quoi qu’il en soit, l’ensemble de ces éléments met Jack Lang dans une position très délicate. Comme annoncé par plusieurs médias jeudi soir, l’homme de 86 ans a été convoqué en urgence par le ministère des Affaires étrangères. L’Élysée estime qu’il devrait « penser à l’institution de l’IMA », musée parisien dont il est à la tête depuis 2013. En 2023, Emmanuel Macron l’avait renommé en tant que président de l’Institut pour un quatrième mandat.

Dans le camp politique, plusieurs figures ont appelé clairement à sa démission, comme le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure.  » À ce stade, rien n’implique Jack Lang dans les scandales sexuels », a-t-il exposé sur franceinfo. Mais, ajoute-t-il, « ce qui d’ores et déjà heurte, c’est la façon dont il évoque aujourd’hui l’affaire. (…) Jeffrey Epstein n’était pas un homme charmant, il était un pédocriminel et notre bienveillance doit être réservée aux victimes. » Pour l’ancienne candidate à la présidentielle socialiste Ségolène Royal, « sa démission devrait aller de soi », a-t-elle affirmé au Parisien. Démissionner ? À un an de la fin de son mandat, Jack Lang n’y pense pas. « Je me sens blanc comme neige », assure l’ex-ministre de la Culture.



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Publish date : 2026-02-06 08:20:00

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