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Guerre en Iran : pourquoi la Chine pourrait être l’une des grandes gagnantes du conflit

Guerre en Iran : pourquoi la Chine pourrait être l’une des grandes gagnantes du conflit

Les apparences sont parfois trompeuses. Pour de nombreux observateurs, la Chine fait partie des grands perdants de la guerre en Iran. Il faut dire que sur le plan énergétique, le pays semble avoir pris un coup. Il est de loin le premier client du pétrole iranien, puisqu’il achète à des prix décotés entre 80 et 90 % de toute la production venant de Téhéran. De plus,selon le cabinet Kpler, 55 % de l’or noir et 32 % du gaz naturel liquéfié (GNL) que la Chine importe transite par le détroit d’Ormuz, où la circulation est désormais très restreinte.

Mais est-ce vraiment suffisant pour fragiliser le géant asiatique ? On peut en douter, tant Pékin peaufine sa stratégie de domination et de résilience depuis de nombreuses années. Pour se protéger, le gouvernement de Xi Jinping a déjà ordonné aux raffineurs de réduire les exportations de produits pétroliers afin de conserver cette ressource pour le marché intérieur. Il peut aussi compter sur un immense stock stratégique constitué de longue date : autour de 1,4 milliard barils de pétrole. Soit davantage que tous les pays membre de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) réunis… De quoi voir venir avant d’entrer véritablement dans le dur.

« Pour la Chine, ce n’est qu’une crise passagère. Elle s’est préparée depuis de nombreuses années à ce genre de scénario », assure Emmanuel Hache, adjoint scientifique à IFP Energies nouvelles et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). D’une part grâce à la diversification de ses approvisionnements en pétrole et en gaz. Et d’autre part avec sa stratégie d’électrification. « Cette guerre devrait logiquement accélérer le processus de décarbonation dans plusieurs parties du monde, poursuit l’économiste. Or, la Chine est le premier investisseur mondial dans les technologies bas-carbone, ainsi que le manufacturier numéro un de panneaux solaires et de batteries pour l’étranger. Donc s’il y a bien un effort dans ce sens, la Chine sera in fine la grande gagnante. »

« Un partenaire commercial plus fiable que les Etats-Unis »

Un avis partagé par Erica Downs, chercheuse au Center on Global Energy Policy à l’Université de Columbia (Etats-Unis). « Le conflit confirme la pertinence de tout ce qu’a fait Pékin au cours des deux dernières décennies pour renforcer sa sécurité énergétique », explique-t-elle à L’Express. ​​En forçant des pays à revoir leurs priorités face à la volatilité des marchés, la guerre renforcerait même la position dominante de la Chine sur les technologies propres. « Cette dépendance pourrait désormais paraître moins problématique à la lumière des perturbations actuelles sur les flux de pétrole et de GNL », ajoute l’experte.

Au-delà des questions d’énergie, le conflit contribue à installer l’image d’une Chine constante face à un Donald Trump imprévisible. « Plus la guerre en Iran sera longue, surtout si elle entraîne une implication plus profonde des États-Unis, plus Pékin aura la possibilité de se présenter au monde comme une superpuissance relativement stable et pacifique », écrit James Kynge, chercheur spécialiste de la Chine à Chatham House, dans une récente note. « Je ne serais pas surprise que de nombreux pays la considèrent comme un partenaire commercial plus fiable que Washington », reconnaît Erica Downs. « C’est précisément la volonté de Xi Jinping : ériger son modèle en exemple à suivre, en dépit du régime politique, abonde Emmanuel Hache. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la Chine sont deux puissances qui fonctionnent de manière inversée. Les premiers visent le court terme quand les seconds réfléchissent dans la durée. »

Ces approches contraires ont été cruellement résumées dans le Washington Post par l’éditorialiste Max Boot. « Alors que Trump bombardait divers pays, imposait des droits de douane, décourageait les étudiants étrangers de venir aux États-Unis et réduisait les financements de la recherche, Pékin, lui, réalisait des investissements massifs destinés à dominer les industries du futur. » Derrière les effets immédiats générés par la guerre, la position de la Chine, en bonne voie pour devenir le premier électro-Etat de la planète, apparaît bien plus solide que certains ne l’imaginent.



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Author : Baptiste Langlois

Publish date : 2026-03-14 11:00:00

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