L’Express

Aux origines de la Bise, la première banque franco-polonaise

Aux origines de la Bise, la première banque franco-polonaise

L’Express du 23 septembre 1993

Faire la Bise à Varsovie

Tout commence comme un roman d’espionnage. Cette année-là, en 1979, Nathalie Bolgert a 19 ans. Elle s’apprête à passer ses vacances en Pologne et cherche à Paris des adresses d’auberges de jeunesse. Un émigré polonais lui donne quelques conseils et, après force précautions, lui confie un sac de livres à porter chez « des amis » à Varsovie. Les amis en question se nomment Jacek Kuron, Adam Michnik, etc. Quasi inconnus en Occident à l’époque, ils sont le noyau de la dissidence polonaise. Voilà l’adolescente plongée dans le bouillonnement du milieu intellectuel.

Dix ans plus tard, les mêmes sont aux leviers de commande de la Pologne nouvelle. Et la jeune Française, qui, entre-temps, a milité dans les associations de soutien à Solidarité et appris la langue de Milosz, se retrouve aujourd’hui, dans son bureau situé au sein de l’ancien siège du comité central du Parti communiste, la cheville ouvrière de la première banque franco-polonaise, la Bise.

Un établissement – au nom si doux – destiné à multiplier la création de PME pour freiner la montée du chômage. Car Kuron, devenu ministre du Travail, s’est souvenu de la jeune fille si prompte à s’enthousiasmer. Or cette dernière, sortie de Normale sup et munie d’une agrégation d’histoire, s’ennuie dans un cabinet parisien de conseil en stratégie. Aussi, lorsque Varsovie la contacte pour lui demander de monter le projet, elle n’hésite qu’un instant. Même si l’offre est folle. Comment monter une banque quand on n’a aucune connaissance du secteur ?

Quelques verres de Wyborowa aident à vaincre ses réticences. Elle se lance dans l’aventure et réunit une équipe franco-polonaise. Moyenne d’âge : 26 ans. Le directeur financier n’en a même que 25. Beaucoup de ferveur ; mais peu ou pas d’expérience. Et tout est à bâtir. Il faut former les cadres à l’économie de marché, recruter le directeur, etc. Deux ans après, l’établissement est pleinement opérationnel et à la veille d’une importante augmentation de capital. Et Nathalie, au premier plan, a réussi à concilier sa fidélité à l’engagement initial de ses années de militante – « sans [se] prendre quand même pour Mère Teresa » – et le plaisir d’une « activité pionnière ».

« Nous ne sommes qu’au début : il reste tant à faire – créer un fonds commun de placement, mettre en œuvre une vraie informatisation bancaire, ouvrir un réseau… » Au-delà de l’excitation de l’aventure personnelle, l’enjeu, aux yeux de cette intellectuelle, est aussi culturel. Pour la normalienne qui « penche à gauche », l’occasion est belle de défendre, face au capitalisme financier débridé à l’anglo-saxonne, un modèle de développement où l’Etat continue d’assurer la gestion collective de l’eau et de l’électricité et d’avoir une politique industrielle – « au fond, le modèle français du libéralisme ».



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Publish date : 2026-04-24 06:00:00

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