L’Express

Redécoupages électoraux aux Etats-Unis : les républicains pris à leur propre piège

Redécoupages électoraux aux Etats-Unis : les républicains pris à leur propre piège

L’idée n’était peut-être pas si brillante. Depuis qu’elle a encouragé le Texas à procéder à un redécoupage de ses circonscritpions électorales, de façon à assurer aux républicains un gain potentiel de cinq sièges à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat en novembre, l’administration Trump essuie une série de déconvenues qui ressemble fort à un retour de bâton. Dans la foulée du redécoupage texan, le gouverneur de Californie Gavin Newsom a riposté par une réforme qui doit assurer cinq sièges aux démocrates – proposition approuvée en novembre par référendum par les électeurs de l’Etat. Ceux de Virginie ont fait de même mardi dernier, et approuvé avec une marge étroite (51,5 %) une refonte électorale qui devrait voir 10 des 11 sièges de l’Etat tomber dans l’escarcelle démocrate. De quoi semer le doute chez certains cadres du grand old party, tel le député du Nebraska Don Bacon, qui a déclaré au Wall Street Journal : « Nous aurions dû avoir trois ou quatre coups d’avance. Nous aurions dû savoir qu’il y aurait une réaction face à la décision du Texas. Nous en paierons le prix en novembre. »

Antagonisme croissant

Cette pratique qui peut sembler curieuse de ce côté de l’Atlantique porte un nom, le gerrymandering, du nom de son « créateur » Elbridge Gerry, au début du XIXe siècle. Elle a connu une nouvelle vigueur au cours des dernières années, démocrates et républicains s’accusant d’avoir été les premiers à la remettre au goût du jour, et elle semble désormais utilisée en amont de chaque échéance électorale, témoignant de l’antagonisme croissant entre les deux partis, et partant, de la profonde polarisation de la vie politique américaine.

Les gains de cette campagne pour les midterms de novembre prochain font l’objet d’analyses divergentes. Les républicains devraient gagner un ou deux sièges dans l’Ohio, et deux dans le Missouri et en Caroline du Nord, portant le total à huit avec les cinq du Texas. A noter que dans l’Indiana, les sénateurs républicains de l’Etat ont refusé d’adopter une réforme similaire qui aurait supprimé les deux sièges détenus par les démocrates ; l’administration Trump a promis de leur faire rendre gorge aux prochaines élections… Le grand artisan de cette campagne, James Blair, chef de cabinet adjoint de Donald Trump, se montre pour sa part plutôt optimiste, comme il le déclarait cette semaine sur CNN : « Si ce processus de redécoupage électoral continue sur cette lancée, les républicains en retireront un léger avantage. » Un avis loin d’être partagé par les observateurs, qui estiment que les démocrates pourraient gagner jusqu’à quatre sièges des seules conséquences de ces redécoupages. Ari Fleischer, l’ancien attaché de presse de George W. Bush, semble aller dans ce sens : « Si le Texas n’avait pas pris les devants, on peut imaginer que les républicains seraient aujourd’hui dans une meilleure situation. En somme, ils ont cherché la bagarre et ils l’ont perdue. »

« Destruction mutuelle assurée »

Les tribunaux vont, une nouvelle fois, jouer un rôle primordial, et forcément politique. En Virginie, un juge de première instance saisi par les républicains au lendemain du référendum perdu a invalidé le redécoupage électoral proposé par les démocrates – l’affaire sera tranchée par la juridiction suprême de cet Etat. La Cour suprême, elle, doit se prononcer début juin sur un point fondamental : la légalité d’un redécoupage fondé sur des critères raciaux, tel qu’il a été notamment pratiqué par les républicains dans l’Etat de Louisiane afin de minimiser le vote de la population afro-américaine, ou dans celui de New York par les démocrates, pour des raisons inverses…

En attendant, la Floride a annoncé vouloir procéder à son tour à un redécoupage électoral, qui devrait – ou non – offrir d’un à trois sièges aux républicains. Une course sans fin aux airs de boîte de Pandore, dont le député républicain Mike Lawler a dit qu’elle constituait une « destruction mutuelle assurée » pour les deux partis et « l’antithèse même de la démocratie représentative ». On ne saurait mieux dire.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/redecoupages-electoraux-aux-etats-unis-les-republicains-pris-a-leur-propre-piege-MSFIZJVK45HJPM22QRO2K3V5FU/

Author :

Publish date : 2026-04-25 10:05:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Quitter la version mobile