À défaut de savoir faire des avances, Edouard Philippe a au moins du recul sur lui-même. En novembre, le candidat à la présidentielle rencontre le patron des députés Les Républicains Laurent Wauquiez pour discuter de l’idée d’une primaire à droite. Compte tenu du passif compliqué entre les deux hommes, l’entrevue n’allait pas de soi. D’autant qu’en matière de « small talk » – en bon français, l’art de papoter – l’un a une fâcheuse tendance à détester forcer sa nature. « J’ai vu Wauquiez pendant une heure en tête à tête pour la première fois depuis des années, c’est dire si je fais preuve de bonne volonté ! », badinera quelques jours plus tard le maire du Havre.
Et encore. Il semble plus simple pour Edouard Philippe de s’entretenir avec des adversaires politiques que d’entretenir l’écosystème dont il aura besoin pour parvenir à la fonction suprême. Combien de députés, de ministres, d’élus se cherchant encore un champion pour 2027 se disent un brin décontenancés par son manque d’initiative. Son manque de chaleur humaine. Des mois de silence, des SMS sans réponse… Si, à la longue, ils ne s’étaient pas acclimatés au tempérament du Normand, plusieurs figures de la droite pourraient s’étonner de recevoir infiniment plus de messages, de sollicitations de rendez-vous ou de déjeuners de la part d’un Gabriel Attal tout feu tout flamme avec lequel, pourtant, ils sont bien moins alignés sur les idées.
« Ce sont des enfants qui veulent être chouchoutés, c’est ridicule », grince un soutien du candidat déclaré. Ou, tout aussi probable : de potentiels alliés qui ne demandent qu’à être convaincus que ce chef n’est pas fait que pour cheffer, comme il aime tant le répéter et le démontrer au sein de son parti, mais aussi pour fédérer. Même certains bons camarades d’antan s’agacent. Marc Fesneau est de ceux-là. L’ancien ministre de Philippe (aux Relations avec le Parlement) au cours du premier quinquennat avait pourtant des atomes crochus avec son patron de l’époque. Ce beau roman d’amitié qui commençait entre le juppéiste et le bayrouiste faisait même grincer quelques dents au sein l’état-major du MoDem. Les temps changent. Celui qui est désormais président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée a glissé, devant des amis, cette aigre confidence : « Édouard ne sait pas draguer, il ne sait pas entretenir les choses. Mes députés ont obtenu davantage de déjeuners et de rendez-vous avec Bernard Cazeneuve qu’avec lui. »
Qui aime bien, châtie bien
Si ce n’est pas encore un handicap, ce n’est en revanche un secret pour personne autour du maire du Havre. « C’est vrai qu’Edouard est pudique. C’est vrai qu’Édouard n’est pas Gérald Darmanin, sans doute le plus bluffant dans le traitement individuel des uns et des autres, glisse l’un des lieutenants de l’ancien Premier ministre. Édouard n’est pas hyper pro dans ce domaine, mais il y a du changement : il progresse, il fait de plus en plus de textos persos… » Parfois, ce ne sont pas les petites attentions personnelles qui pèchent, mais les stratégies locales. Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin en sourit encore.
En octobre 2024, la 34e convention d’Intercommunalités de France se tient au Havre. Martin, président LR (« suspendu » du parti depuis son entrée au gouvernement) du Grand Chalon (Saône-et-Loire) et de l’association, se souvient d’un Edouard Philippe « topissime » : il s’attarde trois soirs de rang avec les élus, serre des pinces, boit des canons… L’atmosphère est propice aux rapprochements. On fait comprendre à Sébastien Martin qu’il aurait naturellement toute sa place au sein de la maison Horizons. Quelques mois plus tard, le courtisé voit un opposant interne, qu’il avait lui-même évincé de son exécutif, être nommé à la tête du comité municipal Horizons de Chalon-sur-Saône. Comment dit-on, déjà ? Qui aime bien, châtie bien ?
Silence tactique
Au sein du parti Horizons, on explique que ce manque de considération n’est pas entièrement lié au manque d’allant du patron, mais également à sa stratégie de campagne. Trois ralliements de poids à quatre mois du scrutin valent mieux que trente petits débauchages perlés sur trois ans. Sans oublier qu’un transfert se paie : il est trop tôt pour lancer les gros appâts, il faudra du stock quand les gros poissons – Jean-François Copé, Valérie Pécresse, Gérald Darmanin… – devront être ferrés. « Le mercato commence maintenant, tranche-t-on dans l’entourage du candidat à l’Élysée. Jusque-là, notre obsession était de créer un parti et d’acheter notre autonomie, pas d’aller braconner sur des terres amies. »
Quand bien même. Il ne faudrait pas que la pudeur, voire la paresse, soit vue comme un manque d’ardeur. Un membre du gouvernement issu de la droite, allergique aux positions de Bruno Retailleau, doit prendre quelques secondes avant de se prononcer sur cet ex de Matignon dont il n’a pas de nouvelles : « Sarko disait que la victoire se donne à ceux qui en ont le plus envie. Edouard, il n’a pas envie. Il fait partie de ceux qui voudraient présider sans passer par la case candidat, la case campagne. Après, s’il est le mieux placé à l’arrivée, oui, je le soutiendrai… » Comment résister à tant d’enthousiasme. Une campagne présidentielle est aussi une affaire de tripes : si celles du Havrais ont, dit-il, « un goût d’eau salée », gare à ce que celles de ses futurs soutiens ne soient pas amères au moment où il faudra aller à la guerre.
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Author : Erwan Bruckert
Publish date : 2026-04-26 10:00:00
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