Il est des bains de foule plus riches de sens que d’autres. La déambulation du président Emmanuel Macron et du Premier ministre polonais Donald Tusk dans les rues de la vieille ville de Gdansk, le 20 avril, sous un doux soleil baltique, marquera l’histoire des relations franco-polonaises. Il y a un an, en paraphant le traité de Nancy, les deux hommes rapprochaient les deux pays. En ce printemps, bras dessus bras dessous, les deux leaders ont affiché une entente au zénith, bénie par Lech Walesa, le héros de Solidarnosc. En tout cas, cette complicité tranche avec les relations quelque peu fraîches du chef de l’Elysée avec le chancelier allemand Friedrich Merz ou la présidente du conseil italien Giorgia Meloni…
« Depuis le Brexit, la France est la seule grande puissance européenne », estime l’influent député libéral polonais Ryszard Petru. Car la tempête Trump provoque aussi des remous sur la Vistule. Déjà confronté à la menace de Vladimir Poutine, le pays le plus atlantiste de l’Europe s’interroge sur l’avenir de sa sécurité. La guerre à haute intensité continue à sévir à ses portes et les menaces hybrides s’accumulent, à coups de sabotages, piratages et autres provocations sur son sol.
La révolution diplomatique polonaise
La Pologne s’adonne à son tour au « en même temps ». Elle ne peut froisser le protecteur américain, qui déploie dix mille soldats sur son territoire. Le pays met tout en œuvre pour maintenir l’Otan dans le giron de Washington, au moment même où le locataire de la Maison-Blanche multiplie les coups de boutoir contre le pacte atlantique. Par la force des choses, la Pologne ne peut plus s’en remettre aveuglément à son grand allié historique.
Du côté de Varsovie, c’est donc une véritable révolution copernicienne que doit opérer la diplomatie polonaise. Ce glissement prudent résonne avec une opinion publique de plus en plus critique à l’égard de l’administration « America First ». De l’humiliation du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux insultes contre le pape Léon XIV, sans oublier ses menaces contre la souveraineté du Danemark : aujourd’hui, 60 % des Polonais considèrent la politique de Donald Trump comme néfaste pour leur pays.
Dans ce contexte, la France apparaît comme le partenaire idéal. La proposition lancée par Emmanuel Macron d’une « dissuasion nucléaire avancée » trouve un large écho dans le pays, l’un des huit en Europe à qui le président français propose la participation à des exercices conjoints. Sur les enjeux de souveraineté alimentaire et agricole également, les deux pays ont fait front commun pour défaire l’accord UE-Mercosur, sans succès.
La « trajectoire ascendante et solide » du modèle polonais
Paris espère bien convertir ce rapprochement bilatéral en contrats d’envergure. En juin, Airbus a déjà vendu quatre-vingt-quatre appareils à la compagnie aérienne polonaise LOT, Thales Alenia Space avance dans le domaine satellitaire, et EDF déposera à la fin de l’année ou début 2027 son offre pour le projet de deuxième centrale nucléaire.
Côté polonais, si on se réjouit de cette lune de miel, on réclame un vrai partage des gratifications dans le couple. Varsovie fait valoir son expérience dans la lutte contre la désinformation et les cyberattaques, ses capacités logistiques, son rôle dans la protection des frontières européennes, et son formidable développement économique. Le cliché du « plombier polonais » n’est plus qu’un mauvais souvenir : place aux ingénieurs, data scientist, et autres chercheurs.
Facilité par la libre entreprise et la simplification administrative, l’essor polonais (4 % de croissance du PIB) a de quoi faire pâlir d’envie la France. Les groupes français implantés en Pologne, d’Auchan à EDF, de Saint-Gobain à TotalEnergies, étaient présents en nombre au dix-huitième Congrès Économique Européen de Katowice, dont L’Express était partenaire à l’occasion de son lancement dans le pays.
Le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Pologne (CCIFP), Valéry Gaucherand, également à la tête de L’Oréal Polska et Pays Baltes, se réjouit de la « trajectoire ascendante et solide » du modèle polonais. Même si l’effondrement démographique inquiète : 1,03 enfant par femme, soit le plus faible taux de fécondité d’Europe.
L’histoire de l’amitié franco-polonaise n’a jamais été un long fleuve tranquille, mais « cette fois-ci la relation est plus équilibrée », se félicite le maire centriste de Varsovie, Rafal Trzaskowski. « La Pologne devient un partenaire d’égal à égal », poursuit-il. Le nouveau souffle franco-polonais repose toutefois sur la volonté de deux leaders pro-européens, Emmanuel Macron et Donald Tusk. En 2027, les deux pays renouvelleront leur exécutif. Les Polonais voteront pour leurs députés tandis que les Français éliront un nouveau président de la République. Un nouveau test pour le couple, scruté de près par les Européens.
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Author : Sébastien Le Fol, Adam Hsakou
Publish date : 2026-04-27 03:45:00
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