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Blocage du détroit d’Ormuz : l’Iran cherche désespérément où stocker son pétrole

Blocage du détroit d’Ormuz : l’Iran cherche désespérément où stocker son pétrole

Depuis plusieurs semaines, les Etats-Unis qui tentent de ramener Téhéran à la table des négociations, ont imposé un blocus maritime sur le trafic à destination et en provenance des ports iraniens dans le détroit d’Ormuz. Une situation qui a divisé par quatre les exportations de pétrole iranien, au point que le pays croule sous le brut et ne sait plus où stocker ses réserves. La théocratie, qui pâtit déjà d’une lourde inflation, espère ne pas être contrainte de fermer les vannes, faute de place. Une mise à l’arrêt de la production pétrolière aurait de lourdes conséquences sur l’économie iranienne – déjà en berne – qui repose largement sur les exportations d’énergie. Téhéran, qui dispose de 18 % de réserves pétrolières mondiales et de 21,5 % de celles de gaz, perdrait 400 millions de dollars par jour.

« À situation désespérée, mesures désespérées »

Réhabilitation des sites abandonnés, utilisation de conteneurs de fortune, tentative d’acheminer le brut par voie ferrée vers la Chine… Tous les moyens sont bons dans cette course contre la montre. Sentant l’étau se resserrer, l’Iran aurait même commencé à utiliser des pétroliers vides pour stocker son excédent en mer, une méthode qui pourrait accueillir jusqu’à 15 millions de barils. Quant à l’exportation par rail, son efficacité reste incertaine. Les pays qui plébiscitent l’or noir iranien, généralement attirés par les tarifs compétitifs proposés par Téhéran, pourraient être refroidis par ces nouveaux coûts de transport.

« À situation désespérée, mesures désespérées », résume Erica Downs, spécialiste des politiques énergétiques chinoises à l’université Columbia, dans les colonnes du Wall Street Journal.

Si le délai exact avant d’atteindre la saturation reste incertain, plusieurs experts estiment que deux semaines suffiraient à remplir les infrastructures pétrolières du pays, relève le Wall Street Journal. De son côté, Donald Trump a affirmé dimanche que l’Iran ne disposait plus que de trois jours.

Avant le début du blocus, les stocks pétroliers terrestres iraniens étaient estimés à un peu plus de 44 millions de barils. Ils auraient augmenté de 4,6 millions pour atteindre près de 49 millions aujourd’hui, selon Kpler, une entreprise spécialisée dans l’analyse des flux de matières premières. L’entreprise estime par ailleurs que la capacité maximale de stockage du pays se situe entre 86 et 95 millions de barils. Toutefois, une dizaine de millions de ces barils sont localisés dans le nord du pays, les rendant difficilement accessibles et sécurisables.

Téhéran qui exportait en moyenne 2 millions de barils par jour avant le début de la guerre, serait tombé à 560 000 barils quotidiens entre le 14 et le 23 avril, selon les estimations du Wall Street Journal. Selon Kpler, l’Iran aurait même déjà commencé à réduire sa production. D’ici la mi-mai, et si le blocus se maintient, l’entreprise anticipe une division par deux de la production. Une situation d’autant plus dangereuse que l’arrêt d’un puits peut endommager durablement les champs pétroliers les plus anciens.

L’Iran peut « nous appeler »

Dans la durée, ce blocus pourrait pousser les dirigeants iraniens à retourner à la table des négociations, aujourd’hui au point mort. Ce samedi 25 avril, Donald Trump a annulé le déplacement prévu au Pakistan de son gendre Jared Kushner et de son envoyé spécial Steve Witkoff après le départ abrupt de la délégation iranienne d’Islamabad. « J’ai dit que nous n’allions plus faire » de négociations directes avec l’Iran, a tranché le président, le lendemain. Et d’ajouter « s’ils veulent parler, ils peuvent venir vers nous, ou ils peuvent nous appeler ».

Ainsi, pour recevoir le coup de fil, les Etats-Unis espèrent que l’industrie pétrolière iranienne cédera avant que Washington ne craque sous la pression des consommateurs mondiaux. Ce week-end, l’Iran a présenté aux médiateurs régionaux une nouvelle proposition : mettre fin à ses attaques dans le détroit d’Ormuz en échange d’un arrêt de la guerre et de la levée du blocus américain sur les ports iraniens. En contrepartie, Téhéran demande le report des discussions sur son programme nucléaire.



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Author : Asia Dayan

Publish date : 2026-04-28 19:42:00

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