Volodymyr Zelensky, la présidente de la Moldavie Maia Sandu, le cardinal Parolin, mais aussi le chanteur du groupe U2 Bono, et José Andrés, fondateur de l’ONG « World Central Kitchen… Tous ont reçu à Strasbourg, ce mardi 19 mai, l’Ordre européen du Mérite pour leur « contribution significative à l’intégration et aux valeurs de l’UE ». En tout, cette première promotion compte vingt lauréats, tandis que l’ancien chef du mouvement Solidarność Lech Walesa et l’ex-chancelière Angela Merkel ont été nommés membres d’honneur.
« L’Europe ne nous a pas été donnée, elle s’est construite traité après traité, crise après crise, grâce à des personnes qui ont préféré la solidarité à la division et la coopération à l’intérêt personnel (…) Car l’Europe ne perdure que tant que chaque génération choisit de la défendre », a déclaré, en ouverture de la cérémonie, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. L’Express en a profité pour lui poser quelques questions.
L’Express : Cette première promotion compte peu de jeunes Européen(ne)s qui ont choisi de rester sur notre continent pour développer des business critiques (fabrication de puces, technologies de défense ou spatiales) qui sont au cœur des enjeux mondiaux. Peut-on espérer que ce prix récompensera aussi, dans ses prochaines éditions, les jeunes générations ?
Cette distinction a été lancée à l’occasion du 75e anniversaire de la Déclaration Schuman, il y avait donc dès sa constitution une forte dimension historique. Aucune distinction de ce type n’était décernée jusqu’alors pour célébrer le long chemin qui nous a conduits jusqu’à l’Europe que nous connaissons aujourd’hui. Instaurer l’Ordre européen du Mérite, c’est réaffirmer notre identité commune, à l’heure où les défis se multiplient.
Ce chemin n’aurait pas été possible sans ses bâtisseurs – des personnalités politiques comme Angela Merkel, Lech Walesa, Javier Solana [NDLR : ex-secrétaire général de l’Otan et ancien Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE] ou Jean-Claude Trichet, mais aussi des hommes et des femmes qui font vivre l’identité européenne dans leur domaine : un groupe comme U2, dont l’action humanitaire, l’écho mondial de leur chanson engagée et leur rôle dans la réconciliation irlandaise sont indéniables ; un grand champion [NDLR : de basket] comme Giannis Antetokounmpo, qui symbolise une Europe moderne faite d’opportunités et de mobilité sociale, ou José Ramon Andrés, qui utilise la gastronomie comme vecteur de transformation sociale. Je ne doute pas que les prochaines promotions seront également le reflet de cette diversité, tout européenne – y compris pour honorer les jeunes générations qui construisent l’Europe de demain.
Ce prix célèbre les personnalités qui défendent les valeurs européennes. Dans quelle mesure la montée des populismes et des extrêmes droites radicales européens compromet-elle ces valeurs ? Et cette « radicalisation » montante du Parlement rend-elle votre rôle de présidente plus complexe ?
Je suis profondément attachée aux valeurs européennes en tant que présidente du Parlement européen, mais aussi en tant que citoyenne. C’est l’essence même de l’Ordre européen du Mérite : célébrer celles et ceux qui défendent et promeuvent la paix, la démocratie et la dignité humaine, et inspirent d’autres à faire de même. Je ne partage pas l’expression de « radicalisation » du Parlement européen. Les majorités ont évolué, mais le centre pro-européen reste solidement ancré. Les citoyens nous demandent que l’Europe agisse et soit forte – qu’elle les protège et leur permette d’entreprendre et d’innover, et qu’elle cesse de légiférer là où ce n’est pas utile. C’est précisément ce à quoi nous nous attelons dans cette législature.
Comment voyez-vous l’Europe dans vingt ans ? Aura-t-elle réussi à se prémunir des « prédateurs » et à préserver ses valeurs ?
L’histoire de la construction européenne nous montre que c’est dans ces moments de crise que l’Europe se renforce et avance. Et je suis convaincue que l’Europe n’a d’autre choix que de réussir – le contexte international actuel nous le rappelle chaque jour. Nous devons croire en nos atouts – économiques, diplomatiques, humains – et assumer pleinement notre projet de puissance et d’indépendance. Je le dis sans naïveté.
L’Europe a prouvé qu’elle sait prendre ses responsabilités : face à l’agression russe, nous n’avons ni faibli ni hésité. Distinguer aujourd’hui Volodymyr Zelensky et Maia Sandu au sein de l’Ordre européen du Mérite s’inscrit dans cet engagement et rappelle aussi le rôle des grandes figures de notre voisinage qui ont résolument ancré le destin de leurs pays sur la voie européenne. C’est en croyant à ce que nous sommes que nous poursuivrons le projet lancé par les bâtisseurs de notre maison commune.
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Author : Charles Haquet
Publish date : 2026-05-19 15:00:00
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