« Mon teen-ager revient de sa première surprise-party. Il l’a trouvé super bath ! ». Je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, mais je vous le certifie : il fut une époque où cette phrase a été jugée « tendance ». Et si ce n’est plus le cas aujourd’hui (litote !), c’est pour une raison aussi simple que méconnue : il arrive aussi que les anglicismes vieillissent !
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Cela ne date pas d’hier, au demeurant, comme en témoignent ces termes en vogue au tournant des XIXe et XXe siècles. Personne, aujourd’hui, n’aurait l’idée de dire qu’il a circulé dans un railway (chemin de fer) ou dans un cab (fiacre ou voiture de louage). Aucun Parisien, aussi branché soit-il, ne se risquerait à déclarer qu’il a croisé une vamp dans un lift. Aucun écrivain n’affublerait ses personnages d’un smocking-jacket ni ne qualifierait de sportsman un homme élégant et athlétique, comme le faisait pourtant Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu (1). Il est vrai que l’anglomanie mondaine était alors à son apogée et qu’il était de bon ton, chez les aristocrates, de convier ses amis at home pour partager un five o’clock tea.
Ce mouvement se poursuit aujourd’hui, et cela pour de multiples raisons. L’évolution technologique, qui a mis fin aux walkmans (avec un « s » au pluriel, précise le Larousse). Les changements de mœurs, qui ont eu raison des snack-bars et de la high life. L’essence même de la mode qui, comme chacun sait, consiste à se démoder. L’acronyme Yolo (pour You Only Live Once – on ne vit qu’une fois), connut ainsi son heure de gloire au mitan des années 2010, grâce au succès d’une chanson du rappeur Drake. Mentionné 100 000 fois chaque mois sur Twitter en 2013, il est tombé aujourd’hui au-dessous du seuil des 10 000 citations. Et plus personne ne saurait caser dans une conversation know-how (« savoir-faire », entré puis sorti du Petit Robert).
Parfois, ce sont les efforts de francisation qui ont payé. Certes, on galéjerait en assurant que « bouteur » a terrassé bulldozer et « coussin gonflable », airbag… Il n’empêche : les commissions de terminologie, dont il est de bon ton de se moquer, ont quelques succès à revendiquer. Mountain bike n’a-t-il pas cédé la place à « VTT », shuttle à « navette » et care giver à « aidant » ?
Prenons garde toutefois aux erreurs d’analyse. D’une part, ce phénomène de vieillissement touche également des mots français : « piéter » (aller à pied), « désinviter » (annuler une invitation) et « Tuc » (travaux d’utilité collective) ne sont plus là pour en témoigner. Ensuite, certains anglicismes, loin de s’effacer, se sont au contraire installés de manière durable, comme casting, coach ou week-end. Enfin et surtout, la tendance de fond reste inquiétante. L’anglais représente désormais à lui seul environ 80 % des emprunts du français à l’ensemble des langues du monde (les quelque 7000 autres langues recensées sur la planète se partageant le reste…). Seul point rassurant, les jeunes générations sont à la fois celles qui recourent le plus à ces anglicismes éphémères et les premières à les abandonner (1).
Bon, sur ce, je dois vous laisser. On m’attend pour un five o’clock tea.
(1) Les anglicismes. Entre réalité linguistique et fait culturel, par Danielle Candel et John Humbley. Les Petits Guides de la langue française Le Monde.
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Le Cahier d’activités, 80 pages de jeux sur la langue française, par les linguistes atterrées. Editions de l’atelier.
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Author : Michel Feltin-Palas
Publish date : 2026-05-26 04:15:00
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