Combien seront-ils, ce samedi 30 mai, à écouter Gabriel Attal à la Porte de Versailles ? Qui sera là, surtout ? Le premier meeting présidentiel du candidat Renaissance est encore pétri d’incertitudes. Autour du Secrétaire général du parti, on annonce d’une soixantaine de députés au grand raout pour « montrer que la famille est au rendez-vous. » Au-delà de ce rassemblement, les cadres de Renaissance – ministres ou députés – ne se bousculent pas encore pour défendre la candidature de l’ancien Premier ministre.
Une forme d’attentisme gagne encore ces élus, phénomène également observable chez LR au sujet de la candidature de Bruno Retailleau. Edouard Philippe est mieux loti : le leader d’Horizons a créé en 2021 une formation à sa gloire et à sa botte, destinée à le porter à l’Elysée.
Un ministre Renaissance s’amuse de cette prudence générale. « Il suffit de dire qu’Attal est le candidat légitime de notre parti. Ce formidable élément de langage n’est insultant pour personne. » Laurent Wauquiez ne s’y trompe pas. Le président des députés LR utilise cette formule au sujet de son rival Bruno Retailleau. Une manière de reconnaître la légitimité statutaire d’une ambition, sans émettre sur elle de jugement politique trop valorisant.
Pragmatisme politique
De quoi cette prudence est-elle le nom ? Gabriel Attal et Bruno Retailleau ont évidemment des contempteurs internes, guère enthousiastes à l’idée d’applaudir au premier rang de leur meeting. La ministre Renaissance Aurore Bergé ne porte pas l’ancien Premier ministre dans son cœur, quand le Vendéen est en froid avec Jean-François Copé. Rien de nouveau sous la Ve République.
Mais l’attentisme dépasse le simple cercle de l’inimitié. Le pragmatisme étreint de nombreux élus, d’abord soucieux d’éviter un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella. Tels ces 90 signataires d’une tribune appelant à une candidature unique de la droite et du centre, qui ne s’appesantissent pas sur l’identité de l’heureux élu. « Si, en septembre, Retailleau me dit que son 10 % dans les sondages va devenir 18, je lui dirai qu’il rêve », note l’un d’eux, pourtant soutien officiel de l’ancien ministre de l’Intérieur.
Manque d’enthousiasme interne
Les doutes saisissent l’ex-socle commun, à l’aube de l’élection présidentielle. Personne ne peut aujourd’hui garantir qu’il existera un bulletin Attal, Retailleau ou même Philippe au premier tour de scrutin. De nombreux élus observent les variations sondagières et attendent que l’opinion publique fasse son choix entre ces trois prétendants. Là, il sera temps de prendre position. Ce réalisme démontre la difficulté des trois impétrants à créer, en ce printemps 2026, un large enthousiasme interne autour de leur candidature. Le temps du compagnonnage politique a vécu. L’affect des années Chirac a laissé place à un réalisme plus froid.
Les partis politiques se sont affaiblis, leur chef n’est plus un leader naturel. Dans un espace politique aussi fragmenté que poreux idéologiquement, chacun s’autorise des petites infidélités. Ainsi, la codirectrice de campagne d’Edouard Philippe, Marie Guévenoux, revendique toujours son appartenance à Renaissance. Les candidats, eux, ne prennent pas ombrage de cette patience. Gabriel Attal aime dire qu’il n’est pas le « gardien du temple » quand Bruno Retailleau juge que les anciens chapeaux à plumes de LR ne sont pas pourvoyeurs en voix. Une ministre analyse : « Des soutiens qui vont compter il n’y en a pas tant que ça. Philippe ne parle pas aux députés macronistes parce qu’il n’en a rien à faire et, fondamentalement, ce n’est pas ça qui fait l’élection. »
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-05-29 06:00:00
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