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Déclin démographique : il faut choisir entre l’immigration et les robots, par Antoine Buéno

Déclin démographique : il faut choisir entre l’immigration et les robots, par Antoine Buéno

Il se passe quelque chose en matière démographique. Cette chose nouvelle n’a rien à voir avec les fondamentaux de la démographie nationale et mondiale. En effet, l’essoufflement de la natalité et le vieillissement de la population sont connus et modélisés de longue date. A l’échelle planétaire par exemple, les projections médianes de l’ONU se sont toujours révélées redoutablement exactes et précises.

En 1945, l’organisation mondiale prévoyait ainsi que nous serions 6 milliards à peupler la planète en l’an 2000. Le six-milliardième humain est effectivement né en octobre 1999. Les derniers chiffres disponibles ne nous font pas dévier de cette trajectoire médiane. Elle conduit la population mondiale à augmenter inexorablement jusqu’en 2080, pour dépasser les dix milliards contre un peu plus de huit actuellement, avant de refluer légèrement d’ici à la fin du siècle. Redécouvrir cette tendance à l’occasion de sa réactualisation annuelle ou tri-annuelle est devenu un marronnier médiatique, presque un rendez-vous saisonnier.

Du « réarmement » à l’inéluctabilité

Ce qui change aujourd’hui, ce ne sont donc pas les chiffres de la démographie, mais la manière dont ils sont appréhendés et commentés. C’est le ton qui évolue. Il y a peu encore, on ne pouvait réagir à l’amenuisement des naissances qu’en poussant des cris d’orfraie : catastrophe, cataclysme, extinction, apocalypse. Le seul mot d’ordre était celui du « réarmement démographique ». Or, des voix alternatives, de plus en plus nombreuses, se font maintenant entendre. Des voix qui changent totalement notre rapport à la problématique du vieillissement de la population. Des voix comme celles de Lynne Peebles qui, à l’issue d’une vaste étude sur la démographie mondiale publiée dans la revue Nature, préconise de passer d’une quête impossible de renversement de la tendance à une recherche de résilience face à l’inéluctabilité du phénomène.

En France, l’économiste Pauline Rossi propose dans un essai, Le Déclin démographique, une urgence économique ?, de ne plus considérer la baisse de la natalité et le vieillissement de la population comme une malédiction, mais de les accepter et de les accompagner. Certains vont même plus loin. Non seulement on ne peut pas lutter contre la dénatalité explique Thibault Prébay dans Démographie. La bombe tranquille, mais en plus il faut considérer cette dernière comme une chance écologique.

Ce dernier point de vue était déjà celui que l’auteur de ces lignes défendait il y a dix ans dans un essai au titre provocateur (Permis de procréer). Il s’agissait alors de rappeler un paradoxe oublié : c’est la peur inspirée par « l’explosion démographique », par la « bombe population », qui donna naissance à l’écologisme à la fin des années 1960. Aujourd’hui, l’écologie ne se soucie plus de démographie. Entre-temps, une peur a chassé l’autre, la peur de l’explosion démographique a cédé la place à la peur inverse, celle de l’implosion démographique.

Exit les mesures natalistes

Mais peut-être les voix susmentionnées préfigurent-elles une nouvelle révolution copernicienne sur le sujet. En constatant que le déclin démographique est déjà quasi universel, qu’il correspond à une tendance structurelle de la modernité, en abandonnant en conséquence le fantasme d’un retournement volontariste de la tendance, l’illusion d’une possible relance démographique, et en défendant l’adaptation, la résilience et même l’accueil du phénomène avec un certain enthousiasme, peut-être assiste-t-on à un nouveau décentrage de notre manière d’aborder le sujet. Peut-être parvenons-nous enfin à un âge de raison vis-à-vis de la décroissance démographique.

Un tel décentrement marquerait une rupture anthropologique, culturelle et philosophique. Mais il serait aussi lourd de conséquences concrètes. Car, s’il n’est plus question de contrecarrer la dénatalité, mais de s’y adapter, alors il faut revoir de fond en comble nombre de politiques publiques. Exit toutes les mesures natalistes. A une époque de disette budgétaire, cela devrait plutôt être accueilli comme une bonne nouvelle. Quelques ordres de grandeur pour s’en convaincre : le quotient familial appliqué à l’impôt sur le revenu représente environ 15 milliards d’euros par an, les avantages familiaux liés à la retraite représentent environ 35 milliards d’euros par an et les allocations familiales 56 milliards d’euros par an. En tout donc, plus de 100 milliards par an. C’est considérable. Evidemment, il ne serait pas question de tout supprimer car ces aides ont une double visée, à la fois sociale et démographique. Mais rien que recentrer les dispositifs sur leur seule composante redistributive permettrait de dégager de juteuses marges budgétaires.

Par ailleurs, accepter le caractère inéluctable du déclin démographique impose de remplacer le système de retraite par répartition par un système par capitalisation.

Débat national

Enfin, regarder en face notre réalité démographique devrait susciter un débat national relatif aux choix fondamentaux à faire pour y répondre. Schématiquement, nous ne pourrons actionner que deux leviers pour s’adapter à la dénatalité et au vieillissement de la population : l’immigration et l’automatisation. Plus d’immigrés et/ou plus de robots, telles sont les deux seules solutions structurelles au problème. Sachant que toutes les nations y auront recours dans des dosages différents.

Pour ne citer que deux exemples, le Japon, traditionnellement allergique à l’immigration, a essentiellement choisi les robots. De son côté, l’Allemagne d’Angela Merkel a choisi l’immigration et les robots. L’Allemagne est en effet l’un des pays développés à avoir accueilli la plus forte immigration au cours des dernières décennies et c’est également l’un des pays dont le taux d’équipement robotique est le plus élevé au monde. Deux paramètres devraient peser lourd dans ce débat. Primo, l’essoufflement de la natalité et le vieillissement de la population sont des phénomènes mondiaux à l’exception notable d’un seul continent, l’Afrique. Donc, demain, seule l’Afrique pourra jouer le rôle de vivier migratoire planétaire.

Secundo, l’arrivée à maturité commerciale du robot humanoïde devrait peser lourdement dans le débat. Nous pourrions demain avoir à choisir entre des millions d’humanoïdes et des millions d’Africains. La bonne nouvelle, c’est que nous aurons prochainement un grand débat national à l’occasion de l’élection présidentielle de 2027. Espérons, sans se bercer d’illusions, que ce choix sociétal fondamental, celui de l’immigration et des robots, puisse y avoir droit de cité.

*Essayiste et prospectiviste, Antoine Buéno est notamment l’auteur de Faut-il une dictature verte ? et Futur, notre avenir de A à Z (Flammarion).



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Publish date : 2026-05-31 10:30:00

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