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Club de golf, Boeing, cloche… Que faut-il offrir à Donald Trump ?

Club de golf, Boeing, cloche… Que faut-il offrir à Donald Trump ?

Dans l’imaginaire collectif, les cadeaux diplomatiques relèvent du folklore des relations internationales. S’y intéresser permettrait tout au plus de briller en diner mondain – par exemple, en racontant comment le bébé chameau offert en 2013 par les autorités maliennes à François Hollande a fini par être dégusté en tajine par la famille chargée de le garder en attendant qu’il soit rapatrié en France. Mais pour le diplomate britannique Paul Brummell, le sujet n’a rien d’anecdotique. Dans son passionnant Diplomatic Gifts : A History in Fifty Presents (Hurst Publishers, 2022), l’actuel Haut-Commissaire britannique à l’île Maurice exhume cinquante histoires de cadeaux diplomatiques, et démontre qu’ils ont de tout temps rempli une fonction sociale et politique majeure. Dès le XIVe siècle av. J. -C., les lettres d’Amarna, dans l’Egypte ancienne, témoignaient de leur importance. Gravées sur des tablettes d’argile en cunéiforme akkadien, ces lettres ont conservé la correspondance entre les pharaons et les autres grands souverains. « Ce qui m’a beaucoup frappé, confie Paul Brummell, c’est la place centrale qu’occupent les cadeaux diplomatiques dans ces documents ».

Faire le bon cadeau

Mais qu’est-ce qu’un cadeau réussi ? Selon le spécialiste, la capacité à susciter de l’émerveillement prédomine : « historiquement, ceux qui offrent des cadeaux diplomatiques recherchent un effet ‘waouh' ». Raison pour laquelle les animaux exotiques sont parmi les cadeaux les plus prisés. A l’époque des grandes découvertes par exemple, les Portugais ont offert au pape nouvellement élu un éléphant de quatre ans ramené d’Inde. Une manière pour Manuel Ier de mettre en avant les succès des expéditions portugaises et d’obtenir un certain nombre de faveurs, comme la reconnaissance du fait que les îles aux épices relevaient de la sphère portugaise plutôt qu’espagnole. Léon X, connu pour entretenir une ménagerie d’animaux exotiques au Vatican, en fut ravi. Aujourd’hui encore, les animaux exotiques restent une valeur sûre. L’exemple le plus connu est celui de la « diplomatie du panda » de la Chine, pratique vieille de plus d’un millénaire et remise au goût du jour par Mao Zedong à la fin des années 1950.

Pour Paul Brummell, une autre manière d’impressionner peut passer par le fait d’exhiber ses prouesses technologiques : « un cadeau qui repose sur une technologie inconnue dans le pays destinataire a un double avantage. D’abord, il a toutes les chances d’être apprécié et d’émerveiller car c’est quelque chose d’entièrement nouveau pour celui qui le reçoit. Ensuite, il permet au donneur de faire passer un message implicite sur sa supériorité technologique ». En 757, l’empire byzantin a ainsi offert un orgue au roi des Francs, Pépin le Bref. Selon certains historiens, ce présent aurait même contribué à réintroduire l’instrument en Europe occidentale, où la technologie, connue dans l’Antiquité, se serait perdue entre-temps. « Des exemples similaires, comme le télescope en argent doré offert en 1613 par le roi Jacques Ier d’Angleterre au Shogun du Japon Tokugawa Ieyasu, montrent que les cadeaux diplomatiques pouvaient jouer un rôle très puissant dans la circulation des technologies et des idées ».

L’ombre de la corruption

Reste qu’aujourd’hui, les cadeaux diplomatiques n’occupent plus une place aussi centrale. Leur valeur, notamment, aurait considérablement diminué. « Les chefs d’Etat actuels s’offrent certes de beaux objets, mais d’une valeur assez modeste », précise Paul Brummell. Les Premiers ministres australiens ont ainsi pris l’habitude d’offrir aux dirigeants qu’ils rencontrent des bottes R.M. Williams, célèbre marque australienne. Des chaussures de qualité, sans doute, mais qui n’ont plus grand-chose à voir avec les soixante esclaves, 4 000 pièces de porcelaine, 150 sacs de musc et l’éléphant offert en 1353 par le sultan rassoulide du Yémen, al-Mujahid Ali, au mamelouk d’Egypte al-Salih Salih.

Pour Paul Brummell, l’explication principale réside dans l’aversion croissante de nos sociétés pour la corruption politique : « les dirigeants et diplomates d’aujourd’hui sont très attentifs au risque que ces cadeaux puissent apparaître aux yeux du public comme des pots de vin ». La question s’est posée dès l’émergence des premières démocraties libérales, et a occupé une place centrale dans les débats des Pères fondateurs aux Etats-Unis. La jeune république américaine a très tôt jugé nécessaire de se prémunir contre l’influence et le risque de corruption des vieilles monarchies européennes, en ajoutant à sa Constitution une clause qui prévoit qu’un cadeau d’un dirigeant étranger ne puisse être accepté sans l’approbation du Congrès. Aujourd’hui, c’est la loi de 1966 (Foreign Gifts and Decorations Act) qui s’applique. Le président et les responsables américains peuvent accepter les cadeaux dont la valeur est inférieure à un certain montant, ou ceux dont le refus risquerait de nuire aux relations étrangères des Etats-Unis. Cependant, ils ne peuvent être conservés à titre personnel et doivent être déposés à la National Archives and Records Administration.

Mais avec des présidents moins soucieux de déontologie, les cadeaux diplomatiques continuent à faire leur effet. Nul ne sera surpris d’apprendre que Donald Trump, très soucieux des relations interpersonnelles entre dirigeants comme des rapports de force, leur accorde une attention toute particulière. « J’ai été très interpellé par le degré de réflexion investi dans les cadeaux qui lui ont été offerts », confirme Paul Brummell. Une déférence qui traduit une forme de respect, mais surtout la volonté de faire bonne impression, dans l’espoir d’améliorer les relations commerciales et sécuritaires de son pays avec les Etats-Unis. « Certains ont choisi la stratégie du cadeau très personnalisé », poursuit Paul Brummel, citant les exemples du Premier ministre écossais et du chancelier allemand qui lui ont offert des documents liés à ses ancêtres, originaires de ces deux régions. D’autres ont préféré miser sur son amour du golf. En mai 2025, Cyril Ramaphosa est arrivé à la Maison-Blanche muni d’un livre sur les meilleurs parcours d’Afrique du Sud, accompagné de Ernie Els et Retief Goosen, deux stars du golf sud-africain. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi lui a également offert un putter ayant appartenu à Shinzo Abe, qui entretenait de bonnes relations avec Donald Trump. Le geste a sans doute davantage plu au président américain que celui de Volodymyr Zelensky, qui a eu la même idée, mais y a ajouté un message très politique : le putter offert à Trump appartenait à un soldat ukrainien ayant perdu une jambe en combattant contre les Russes, et qui s’était tourné vers le golf dans le cadre de sa rééducation. « Mais l’un des cadeaux les plus réussis est certainement celui du roi Charles III », glisse Paul Brummell. Lors de sa visite récente à Washington, le monarque britannique a apporté avec lui la cloche du kiosque d’un sous-marin baptisé HMS Trump. « Le clin d’œil était très habile, car il flattait son égo tout en faisant subtilement référence à l’alliance entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Et comme ce sous-marin avait été basé en Australie, il évoque également le partenariat de sécurité plus récent entre les trois pays ».

En s’appuyant sur les travaux du sociologue français Marcel Mauss, grand théoricien du don, Paul Brummell insiste sur l’importance de la réciprocité. Ne pas respecter ce principe expose au risque de faux pas diplomatique. Barack Obama en avait fait l’amère expérience en 2009. Celui-ci avait reçu de son homologue britannique, Gordon Brown, un ensemble de cadeaux très élaborés, dont un porte-stylo taillé dans le bois de chêne du HMS Gannet (un navire de la Royal Navy engagé dans la lutte contre l’esclavage), ainsi qu’une édition originale de la biographie de Winston Churchill en sept volumes par Sir Martin Gilbert. En retour, Barack Obama avait offert… un coffret de vingt-cinq classiques du cinéma américain, parmi lesquels Citizen Kane et Star Wars. La presse avait alors dénoncé l’écart entre les deux cadeaux, soulignant au passage que les DVD n’étaient même pas lisibles sur des lecteurs britanniques. Si l’affaire avait embarrassé l’administration Obama, autant dire que Donald Trump ne se soucie pas de ce type de contraintes. Ainsi, après avoir reçu de la part du Qatar un Boeing 747-8 estimé à environ 400 millions de dollars, il a présenté ce cadeau comme un remerciement pour le rôle joué par les Etats-Unis dans la sécurité de la région. Pas besoin, dès lors, de prendre la peine d’offrir quoi que ce soit en retour.

Existe-t-il un présent parfait pour Donald Trump ? Pour Paul Brummel, « aucun des cadeaux offerts ne semblent avoir apporté aux donateurs de bénéfices durables sur le plan géopolitique ». En revanche, les démocrates siégeant à la commission de surveillance de la Chambre des représentants y voient une occasion d’accuser la première administration Trump de corruption, lui reprochant de ne pas avoir correctement enregistré certains objets. Preuve, s’il en fallait, que les cadeaux diplomatiques restent au cœur de la bataille politique.



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Author : Baptiste Gauthey

Publish date : 2026-06-07 06:45:00

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