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Itamar Ben Gvir, le dangereux pyromane d’Israël : pourquoi il reste indispensable à Netanyahou

Itamar Ben Gvir, le dangereux pyromane d’Israël : pourquoi il reste indispensable à Netanyahou

Tout cela semble l’amuser follement. Il déambule tout sourire parmi des dizaines de militants d’une flottille pour Gaza agenouillés la tête contre le sol et les mains attachées dans le dos, et leur lance : « nous sommes les patrons ici  ». Pour achever de les narguer, il agite un immense drapeau d’Israël et fait jouer la Tikvah, l’hymne national. Itamar Ben Gvir a publié lui-même fin mai sur les réseaux cette vidéo où l’on voit aussi un policier israélien plaquer violemment à terre une jeune femme. « Vous avez sciemment causé du tort à notre Etat avec cette démonstration honteuse », s’est indigné sur X son collègue du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar.

Son attitude n’est « pas conforme aux valeurs et normes d’Israël », a critiqué le Premier ministre Benyamin Netanyahou. «  Il devrait être en prison en Israël  », s’est emporté le philosophe Alain Finkielkraut sur Cnews. En outre, plusieurs pays occidentaux ont convoqué leur ambassadeur israélien pour obtenir des explications. Et la France vient de lui interdire l’entrée sur son territoire.

Pas de quoi ébranler le remuant ministre de la Sécurité intérieure israélien. A la Knesset le lendemain de l’incident, il enfonce le clou et assume la brutalité de ses policiers, se disant « fier » d’avoir agi contre des « partisans du terrorisme ». Et d’ajouter : « Oui, il y aura toutes sortes de photos que Gideon Sa’ar n’apprécie pas, mais je pense qu’elles sont une grande source de fierté.  »

Il ne prend pas de risque politique

Ben Gvir peut d’autant plus facilement parader qu’il ne prend aucun risque politique. Malgré le scandale planétaire suscité par la vidéo de la flottille, il reste une pièce majeure dans le dispositif de Benyamin Netanyahou pour la campagne électorale qui s’annonce. Après dix-sept ans de règne quasi interrompu, le chef du gouvernement israélien a perdu l’essentiel de ses alliés modérés. Yaïr Lapid, patron du centre gauche et ministre des Finances de Netanyahou au milieu des années 2010, exclut désormais de gouverner avec lui.

Son ancien lieutenant, le russophone nationaliste Avigdor Lieberman, le déteste et le blâme en continu pour le fiasco du 7-Octobre. Son ex-directeur de cabinet, Naftali Bennett, tente de rassembler le camp anti-Bibi pour lui ravir pour de bon le fauteuil de Premier ministre (il l’avait brièvement détrôné en 2021). Hormis les partis religieux – qui lui donnent du fil à retordre sur le dossier explosif de l’enrôlement dans l’armée des orthodoxes -, seul Ben Gvir peut permettre au leader du Likoud de se maintenir au pouvoir.

« Le paradoxe de Netanyahou est qu’il a lui-même construit le bloc politique qui l’emprisonne aujourd’hui. Sans les sièges d’Otzma Yehudit (le parti de Ben Gvir), la droite n’a plus de majorité. Chaque provocation est calculée : le ministre de la Sécurité se renforce auprès de sa base tout en sachant que Netanyahou devra l’avaler pour survivre », note Amit Ségal, un célèbre éditorialiste proche de la droite israélienne.

Il exhibe l’emblème d’une Cadillac

Enfant terrible de la politique israélienne, Ben Gvir manie depuis toujours l’art de la provocation. Son premier coup d’éclat remonte à 1995. Il a dix-huit ans et déjà plusieurs années de militantisme au compteur, au sein du mouvement d’extrême droite Kach, fondé par le sulfureux rabbin Meir Kahane. Devant une caméra de télévision, le jeune Ben Gvir exhibe l’emblème d’une Cadillac, qu’il dit avoir arraché au capot de la voiture de Yitzhak Rabin, alors Premier ministre, et maudit par les nationalistes pour sa participation aux accords d’Oslo. « Si nous sommes arrivés à faire cela, nous pouvons arriver jusqu’à Rabin », fanfaronne-t-il. Quelques mois plus tard, Rabin est assassiné par un jeune ultranationaliste religieux.

La mauvaise blague de Ben Gvir – rediffusée à l’envi à la télévision -, le rend subitement célèbre et le classe durablement dans le camp des dangereux pyromanes. D’autant qu’il défend effrontément la mémoire de Baruch Goldstein, membre du parti Kach lui aussi, et auteur d’un attentat à l’arme automatique ayant causé la mort de vingt-neuf Palestiniens dans la mosquée du caveau des Patriarches à Hébron, en février 1994.

En guise de sanction, le gouvernement de l’époque interdit à Ben Gvir de servir dans Tsahal. Le département du Shin Beth chargé de lutter contre le terrorisme juif le suit à la trace. Les médias le dépeignent sous les traits d’un Hitler en puissance. Ravi des passions qu’il déchaîne, Ben Gvir trace sa route. Au cours des années 2000, il devient le grand frère et le porte-parole des « jeunes des collines », ces adolescents radicalisés qui fondent des petites implantations sauvages au cœur de la Cisjordanie et cassent du Palestinien à la moindre occasion.

Il défend les radicaux israéliens

En prenant de l’âge, Ben Gvir cesse de se cantonner au rôle d’histrion médiatique. Il réussit l’examen du barreau et défend les radicaux israéliens. Parallèlement, à la Knesset, il devient assistant parlementaire d’un député kahaniste, puis se hisse à la tête du parti ultranationaliste Otzma Yéhudit, littéralement « puissance juive ». On le retrouve alors sur les chantiers de construction pour exiger l’emploi exclusif de la main-d’œuvre juive et le renvoi des ouvriers arabes. A la gay pride de Jérusalem pour dénoncer la propagande LGBT. Et même devant une salle de mariage pour livrer à la vindicte publique un couple mixte judéo-arabe sur le point de convoler en justes noces.

Durant l’été 2011, l’avocat convoque les caméras de télévision pour une provocation au goût douteux dont il a le secret. Il recrute une quarantaine d’immigrés clandestins soudanais dans les quartiers sud de Tel-Aviv, les convoie en car et leur paie l’entrée dans la piscine la plus snob de la ville : le club Gordon, situé au bord de mer, aux pieds des grands hôtels. Pendant que les Soudanais s’en donnent à cœur joie dans le bassin olympique devant des habitués terriblement embarrassés, Ben Gvir répète, hilare, « Ne soyez pas racistes, il n’y a aucune raison que vous ne profitiez pas vous aussi des clandestins des quartiers sud ! ». L’opération, qui visait à dénoncer l’hypocrisie des belles âmes bourgeoises, fait mouche. Le populiste élargit sa clientèle et rallie à sa cause une partie de la classe moyenne traditionaliste, convaincue du laxisme de l’Etat face à l’immigration et l’insécurité.

Au mitan de la quarantaine, l’agitateur entre dans la cour des grands. Il conduit la liste de son parti aux élections de novembre 2022 et fait campagne au cœur du « deuxième Israël », ces villes et quartiers périphériques, majoritairement sépharades et très marqués à droite. Ben Gvir promet notamment de délier les mains des policiers et des soldats entravés par des lois et des usages qui protègent selon lui les criminels et les terroristes. Dans un pays où un citoyen sur deux sert dans l’armée et où chacun connaît une victime d’attentat, son discours porte bien au-delà des cercles traditionnels de l’extrême droite. Il séduit particulièrement la jeunesse des milieux populaires, décomplexée sur la question palestinienne. « Vas-y Itamar, fous-leur une bonne raclée aux Arabes ! », lui lancent ses supporters lors de bains de foule.

« Un ministre désastreux »

Allié au sioniste religieux Bezalel Smotrich, Ben Gvir fait entrer quatorze députés à la Knesset. Un record absolu pour l’extrême droite, qui lui permet d’obtenir le prestigieux portefeuille de la Sécurité intérieure. Une fois aux affaires, il multiplie les déclarations fracassantes, mais les résultats ne suivent pas. Il avait promis de juguler la criminalité dans les localités arabes d’Israël : elle bat des records. En Galilée et dans le désert du Néguev, commerçants et agriculteurs continuent de subir le racket de bandes organisées. Quant à la baisse des attentats, elle relève davantage de l’intensification des opérations militaires en Cisjordanie que de l’action de son ministère. « C’est le ministre le plus désastreux de l’histoire de l’Etat d’Israël  », cingle Gilad Kariv, un député travailliste.

Ses partisans soulignent que Ben Gvir a réussi à imposer le rétablissement de la peine de mort pour les Palestiniens impliqués dans des attentats terroristes et la distribution de dizaines de milliers d’armes aux particuliers. Ils saluent aussi ses démonstrations de force sur le Mont du Temple (l’esplanade des Mosquées) où, désormais, les Juifs prient ouvertement, sous la surveillance de la police. Mais le grand soir nationaliste n’a pas eu lieu. « A droite, on ne le dit pas trop fort mais tout le pense : Ben Gvir c’est beaucoup de blabla et très peu de résultats », confie une militante de son camp.

Imperméable aux critiques, le ministre continue de croire en sa bonne étoile. La Cour suprême vient de refuser son limogeage exigé par la conseillère juridique du gouvernement. Les sondages décrivent une société israélienne dérivant irrémédiablement vers la droite et une radicalisation de la jeunesse. Et Netanyahou ne peut pas se passer de lui.



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Publish date : 2026-06-08 05:30:00

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