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John Cornyn rompt avec Donald Trump : la revanche d’un sénateur qui n’a plus rien à perdre

Il a longtemps été un proche soutien du président américain, au point de vouloir rebaptiser l’une des principales autoroutes du pays du nom de Donald Trump. Mais après avoir perdu la primaire républicaine au Texas face à Ken Paxton, le candidat adoubé par le président, le sénateur John Cornyn utilise désormais les derniers mois de son mandat pour défier ouvertement la Maison-Blanche.

« Vous n’avez encore rien vu », a ainsi lancé l’élu de 74 ans aux journalistes la semaine dernière, après avoir obtenu de l’administration Trump qu’elle débloque plusieurs milliards de dollars destinés au financement américain du programme de lutte contre le sida en Afrique. Cette fois, c’est la nomination de Todd Blanche, le candidat désigné par Donald Trump pour le poste d’Attorney General (l’équivalent du ministre de la Justice), que John Cornyn menace de bloquer.

Jeudi 6 août, la commission judiciaire du Sénat doit en effet examiner la candidature de Todd Blanche. Membre de cette commission, John Cornyn a d’ores et déjà prévenu qu’il pourrait voter contre, aux côtés d’un autre sénateur républicain, Thom Tillis. Tous deux réclament que le ministère de la Justice s’engage à revoir un accord conclu entre Donald Trump et l’administration fiscale.

Les deux élus demandent également l’abandon définitif d’un fonds controversé de 1,8 milliard de dollars, destiné à indemniser des personnes s’estimant victimes de poursuites judiciaires politiquement motivées. Ses détracteurs craignent que cet argent ne soit reversé à des personnes ayant participé à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.

Mercredi 29 juillet, John Cornyn a reporté une rencontre avec Todd Blanche, estimant que le ministère de la Justice n’avait toujours pas répondu à ses demandes. Après avoir déjà annulé un premier rendez-vous en début de semaine, il a fixé un ultimatum à l’administration : « peut-être pensent-ils que je vais finir par céder ou rentrer dans le rang, mais ils se trompent. Ils feraient mieux de prendre la situation au sérieux. Le temps est presque écoulé », a-t-il surenchéri.

D’ancien fidèle à opposant

Le revirement est d’autant plus frappant que John Cornyn figurait encore récemment parmi les républicains les plus loyaux envers Donald Trump. Mais c’était sans compter le soutien de ce dernier à un autre candidat lors des primaires pour le Sénat : le procureur général du Texas, Ken Paxton. Battu, celui qui a été quatre fois sénateur ne semble plus rien avoir à perdre. « La loyauté est une voie à double sens », a ainsi répondu John Cornyn à des journalistes, à la question de savoir s’il soutiendrait désormais les choix de l’administration Trump.

« À moins de six mois de son départ du Sénat, Cornyn est devenu l’une des figures centrales de ce que les élus du Capitole surnomment désormais ‘les élus YOLO’, un groupe de parlementaires arrivant en fin de carrière politique et qui se sentent désormais libérés des contraintes électorales. Leur devise : ‘You Only Live Once’ [On ne vit qu’une fois] », résume le Wall Street Journal.

Majorité vulnérable

Cette fronde intervient alors que la majorité républicaine est particulièrement étroite au Sénat. Pour être confirmé, Todd Blanche doit d’abord obtenir le feu vert de la commission judiciaire avant un vote en séance plénière. Or, la défection d’un seul sénateur républicain pourrait suffire à bloquer une nomination dès la commission. Le sénateur Thom Tillis, lui aussi désigné par la presse comme faisant partie du club des « YOLO », et aussi membre de la commission judiciaire, a indiqué qu’il pourrait suspendre son vote en absence d’un compromis avec le ministère de la Justice.

Ce n’est pas la première fois que les deux hommes utilisent leur pouvoir de blocage. La semaine dernière, John Cornyn avait ainsi conditionné son soutien à deux nominations diplomatiques – Kari Lake comme ambassadrice en Jamaïque et Doug Mastriano comme ambassadeur en Slovaquie – au déblocage de dix milliards de dollars destinés au programme de lutte contre le Sida dans le monde.

Pour rappel, l’administration Trump avait cherché à réduire ce programme après le démantèlement de l’USAID et dans le cadre de sa politique de baisse de l’aide étrangère. Mais le Congrès, pourtant contrôlé par les Républicains, avait refusé de procéder à ces coupes budgétaires. Pour John Cornyn, il était « inacceptable » que l’administration conserve toujours des fonds débloqués par le Congrès.

Malaise chez les Républicains

Pour le New York Times, « le fait que Cornyn soit prêt à tenir tête au président à un moment où la popularité de Donald Trump s’érode et où un nombre croissant de sénateurs républicains expriment leur frustration est significatif » et pourrait exprimer un malaise plus général dans leur camp.

La sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski a par exemple indiqué avoir soulevé les mêmes questions auprès de Todd Blanche, notamment sur le fonds de 1,8 milliard de dollars et sur les protections accordées au président dans le cadre de son accord avec l’administration fiscale.

Toutefois, peu d’élus émettent de critiques publiquement, ne souhaitant pas mettre en péril leur carrière politique au sein du parti Républicain, au contraire des sénateurs en fin de carrière. Cette affaire « confirme une réalité devenue caractéristique de l’ère Trump : les républicains du Congrès avalent régulièrement leurs réserves (…) n’osant véritablement agir qu’au moment où ils s’apprêtent eux-mêmes à quitter la scène politique », en conclut le journal new-yorkais.



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Publish date : 2026-08-02 13:16:00

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