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Des virus créés par l’IA : une avancée porteuse d’espoir qui suscite aussi des inquiétudes

C’est une première qui pourrait marquer un tournant dans la biologie de synthèse. Des chercheurs américains sont parvenus à utiliser une intelligence artificielle générative pour concevoir des génomes complets donnant naissance à 16 virus synthétiques capables d’infecter exclusivement des bactéries. Une avancée scientifique majeure, porteuse d’espoirs pour la médecine, mais qui soulève également des interrogations sur les risques de détournement de ces technologies.

Comme l’explique la BBC, c’est la première fois qu’une IA parvient à concevoir un génome complet capable de donner naissance à un virus fonctionnel. Jusqu’à présent, l’intelligence artificielle avait déjà été utilisée pour accélérer la découverte de nouveaux antibiotiques. Mais concevoir un virus viable représente toutefois un défi d’une tout autre ampleur. « Il s’agit d’une nouvelle étape dans le degré de complexité accessible à l’IA générative (…). Nous explorions là un territoire inédit », souligne Brian Hie, professeur adjoint à l’université de Stanford, interrogé par la chaîne britannique.

Les modèles d’IA à l’origine des nouveaux génomes viraux, baptisés Evo1 et Evo2, ont été entraînés à partir de données génétiques provenant de 2 millions de bactériophages. Ces virus infectant uniquement les bactéries, sans infecter les cellules humaines, sont utilisés depuis plusieurs années pour lutter contre certaines infections bactériennes résistantes aux antibiotiques. Concrètement, l’IA a généré des milliers de génomes potentiels. Les chercheurs en ont retenu 302, avant de les synthétiser en laboratoire. Introduits dans des bactéries, ces génomes ont permis la production de nouveaux bactériophages. Finalement, 16 se sont révélés viables et capables d’éliminer des bactéries E. coli, devenues résistantes aux bactériophages naturels. Selon la BBC, lorsque les premières zones claires, signe que les virus détruisaient les bactéries, sont apparues sur les boîtes de Petri, l’équipe a laissé éclater sa joie et quelques applaudissements.

Un génome très réduit

Les chercheurs, cités par la radio britannique, estiment que cette capacité à concevoir rapidement de nouveaux génomes adaptés à des bactéries spécifiques pourrait transformer la phagothérapie (soit le fait d’injecter dans l’organisme des virus capables de venir à bout des bactéries résistantes) et enrichir les outils thérapeutiques disponibles. Mais cette réussite reste encadrée. Les virus créés ne présentent aucune menace pour l’être humain. Leur génome est d’ailleurs extrêmement réduit : environ 5 400 paires de bases, contre près de 500 000 pour la plus petite cellule vivante et trois milliards pour le génome humain, rappelle la BBC.

Cependant, des inquiétudes persistent. Et pour cause : une intelligence artificielle entraînée sur le code génétique de bactéries dangereuses pourrait par exemple servir à concevoir des virus encore plus virulents. Les scientifiques à l’origine de cette innovation ont eux mêmes reconnu dans un article de la revue Science que leurs travaux soulevaient d' »importantes questions urgentes en matière de biosécurité », et ont exhorté les autres chercheurs qui conçoivent des génomes entiers à « consulter des professionnels de la sécurité tout au long du projet ».

Dans les colonnes de L’Express, Aurélia Nguyen, experte au sein de la Cepi, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, rappelait il y a quelques mois que l’intelligence artificielle pourrait, en théorie, être détournée : « Ce qui permet de neutraliser un agent microbien pourrait, entre de mauvaises mains, servir à en concevoir un. […] Les avancées de l’IA s’accélèrent à un rythme tel que nous devons nous y préparer dès maintenant », soulignait-elle, tout en précisant que la création délibérée d’un virus dangereux est interdite et demeure aujourd’hui hypothétique.

Ce que change réellement l’IA, expliquait-elle encore, c’est la vitesse d’analyse des génomes et la capacité à tester un très grand nombre de séquences, une révolution notamment pour le développement de vaccins. Cette première mondiale illustre toute l’ambivalence de l’intelligence artificielle appliquée à la biologie : une technologie capable de faire émerger de nouveaux traitements contre les bactéries résistantes, mais qui oblige également les scientifiques à réfléchir dès aujourd’hui aux garde-fous nécessaires pour éviter tout usage malveillant.



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Author : Audrey Parmentier

Publish date : 2026-08-07 14:25:00

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