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Un campus, combien ça rapporte ? Le poids économique insoupçonné des universités pour les territoires

Du professeur salarié de l’école au restaurateur voisin, en passant par le propriétaire qui loue un appartement aux étudiants et à l’entreprise qui s’appuie sur la main-d’œuvre d’élèves en apprentissage… Quel est l’impact financier des établissements d’enseignement supérieur sur l’économie locale ? « Nos 26 campus implantés dans toute la France accompagnent des entreprises locales et bénéficient aux territoires. Il était donc logique que nous nous penchions sur cette question », explique Jean-Marc Ogier, directeur général de Cesi Ecole d’ingénieurs. Selon une étude menée par le cabinet Utopies et publiée au printemps, l’activité du groupe génère près d’un milliard d’euros de PIB chaque année et soutient 36 000 emplois en France. De quoi inciter certains élus à mettre la main au portefeuille. L’investissement de la région Normandie dans le campus de Rouen, en 2020, aurait ainsi généré en cinq ans une richesse trente fois supérieure à la mise initiale, soit près de 100 millions d’euros.

Bon nombre d’écoles font leurs comptes et brandissent ce type d’études chiffrées, véritables outils de communication stratégiques. « Elles nous permettent de démontrer aux collectivités qu’il est avantageux de miser sur nous », reconnaît Jean-Marc Ogier. A l’heure où la recherche de nouvelles pistes de financement s’impose comme une priorité pour les établissements, l’argument pèse d’autant plus. Kedge Business School met, elle aussi, en avant son label BSIS (Business school impact system) qui mesure l’impact des grandes écoles de management sur leurs lieux d’implantation. A Bordeaux, les retombées financières de son campus dépassent 663 millions d’euros. A Marseille, 468 millions d’euros. Les deux sites soutiendraient quelque 5 000 emplois.

Autant de bénéfices que les universités ont tardé à faire valoir. Dans un rapport de 2023, la Cour des comptes préconisait la mise en place d’ »un cadre méthodologique commun afin d’apprécier les impacts économiques, sociaux et environnementaux des universités et de calculer le retour sur investissement de leur présence sur les territoires ». Deux ans plus tard, en décembre 2025, les économistes Yannick L’Horty et Laetitia Challe, apportaient de premiers éléments de réponse dans le cadre du programme In Situ, mené auprès de six établissements : CY Cergy Paris Université, Université Clermont-Auvergne, Université Gustave-Eiffel, Nantes Université, Université de Pau et des Pays de l’Adour, Université de Lille. Selon ces travaux, ils génèrent au total, chaque année, près de 4 milliards d’euros d’activité et contribuent à faire vivre plus de 80 000 emplois.

« L’université est un atout pour le tissu local »

« L’intérêt était de disposer d’arguments objectifs et scientifiques pour démontrer que l’université est un atout pour le tissu local. Nos activités de recherche favorisent l’innovation technologique, notre écosystème stimule la création de start-up et nous multiplions les partenariats avec les entreprises locales », énumère Carine Bernault, présidente de Nantes Université. Tout en précisant que « cette aide ne compensera jamais le désengagement de l’Etat », celle-ci se félicite de la participation croissante des collectivités à leurs projets. Exemple emblématique, le nouveau campus santé qui doit ouvrir ses portes en 2031 à Nantes : « Son coût, qui s’élève à près de 300 millions d’euros, est financé en grande partie par la région et la métropole », poursuit Carine Bernault.

Autre enseignement de l’étude in situ : un étudiant en apprentissage, parce qu’il est rémunéré, a un impact économique plus de quatre fois supérieur à celui d’un étudiant en formation classique. Outre la région concernée, tout le monde y gagne. « Les jeunes, qui bénéficient d’un salaire ; l’entreprise, qui peut éprouver les compétences de son collaborateur avant, éventuellement, de le recruter ; et l’université, qui diversifie ainsi son offre de formation », confirme Laurent Bordes, président de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, qui compte 1 200 alternants parmi ses 13 500 étudiants.

Pour les villes moyennes, l’installation d’antennes universitaires ou d’écoles revêt un enjeu encore plus crucial que pour les grandes cités universitaires, comme Lille ou Toulouse, dont le pouvoir d’attraction est déjà bien établi. « On sait que c’est l’afflux de jeunes qui fait la vitalité d’un territoire, non seulement parce qu’ils consomment, mais aussi parce qu’ils constituent une potentielle future main-d’œuvre qualifiée », explique François Grosdidier, maire de Metz et président de l’Association des villes universitaires de France. « L’enjeu consiste donc à les attirer en leur proposant des offres de formation, si possible en adéquation avec les secteurs d’activités locaux. Car, s’ils ne trouvent pas d’emploi à l’issue de leur cursus, ils repartiront ailleurs », poursuit-il.

Baisse de la population étudiante

La situation risque toutefois de se tendre avec la baisse de la population étudiante attendue à partir de 2033. Dans les bassins de vie où les effectifs seront amenés à diminuer, certains sites universitaires pourraient voir leur modèle fragilisé. « Bon nombre d’entre eux vont donc devoir opérer des arbitrages stratégiques : faut-il proposer un éventail de formations aussi large que possible pour répondre aux besoins locaux, quitte à en assumer le coût ? Ou réduire les dépenses en se concentrant sur certaines spécialités susceptibles d’attirer des étudiants venus d’ailleurs ? », interroge Gilles Roussel, ancien président de la Conférence des présidents d’université.

L’argument de l’ancrage territorial peine à convaincre ceux qui plaident plutôt pour le développement de grands pôles d’enseignement supérieur dans les métropoles, jugés davantage à même de renforcer la recherche et de rivaliser avec leurs concurrents dans les classements internationaux que les petites antennes universitaires. « Les deux modèles sont compatibles et il n’y a pas de raison de les opposer, estime pour sa part l’économiste Laurent Batsch, ancien président de l’université Paris-Dauphine. Un étudiant peut tout aussi bien effectuer ses deux premières années de droit à Périgueux, près de chez lui et dans une faculté à taille humaine, avant de poursuivre en troisième année de licence ou en master à Bordeaux. » François Grosdidier abonde : « On a longtemps considéré que la concentration de la recherche favorisait l’excellence. Mais depuis l’arrivée d’Internet, qui permet aux chercheurs de travailler en réseau à distance, ce n’est plus vrai ».

La multiplication des offres d’enseignement supérieur de proximité présente un autre atout majeur : favoriser l’égalité des chances. « C’est mathématique : plus on s’éloigne des grands centres universitaires, moins nombreux sont les bacheliers qui poursuivent des études. Une raison de plus pour sortir de ce modèle de concentration », insiste François Grosdidier. « Certaines familles n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants étudier loin de chez elles. Avoir une école d’ingénieur à proximité permet d’éviter les frais de logement ou de transport », illustre Jean-Marc Ogier. Un point essentiel, trop souvent oublié pour mesurer les bienfaits de ces établissements du supérieur dans les territoires.



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Author : Amandine Hirou

Publish date : 2026-08-18 05:45:00

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