Il y a encore cinq ou six ans, Lawen Redar n’aurait jamais osé exprimer l’idée que l’immigration constitue une menace réelle pour le « modèle démocratique suédois ». Elle aurait été qualifiée de « raciste », voire de « fasciste ». Evidemment, elle n’est ni l’un ni l’autre : fille d’immigrés kurdes ayant fui la dictature iranienne dans les années 1980, cette trentenaire du parti social-démocrate a la foi égalitariste chevillée au corps. Figure montante du paysage politique – certains la voient déjà, un jour, cheffe de gouvernement –, cette députée de 36 ans est aussi la porte-parole du parti de centre gauche pour les questions d’immigration et d’intégration. Un sujet brûlant dans un pays où un habitant sur cinq est né hors des frontières.
L’ironie est que, historiquement, la social-démocratie scandinave n’est pas particulièrement favorable à l’ouverture des frontières
Lawen Redar, députée suédoise
Après la défaite électorale de la gauche voilà quatre ans, Magdalena Andersson, cheffe des sociaux-démocrates, crée onze groupes de travail (sur l’emploi, la fiscalité, l’emploi, l’environnement, la politique pénale, etc.) et lui confie celui sur l’immigration. Un an plus tard, après avoir creusé le sujet, Lawen Redar rend son rapport. Il est décoiffant. Intitulé « L’émergence de sociétés parallèles », il décrit ce que tout le monde sait mais que personne, à gauche, n’ose formuler : le modèle de la social-démocratie suédoise est débordé par l’immigration. Depuis une trentaine d’années, le royaume s’est en effet transformé en un archipel de banlieues ghettos où monte l’islamisme, prolifèrent les mosquées clandestines, se développent des polices de la morale islamique… « Quelqu’un a l’intention de faire quelque chose ? Oui, moi ! », s’enflamme cette trentenaire déterminée, qui a grandi en banlieue.
La Suède compte 290 municipalités. « Mais les ghettos se concentrent dans 27 d’entre elles, lit-on dans son rapport. Dans la plupart de ces villes, la population d’origine étrangère dépasse 70 %. A Rinkeby, près de Stockholm, c’est même 92 %. Dans 550 écoles suédoises, soit environ un établissement sur dix, les élèves d’origine étrangère représentent 50 % à 99 % des élèves. » Dans les rues de ces quartiers, il n’est pas rare de croiser des fillettes voilées.
De 8 à 10,6 millions d’habitants
Tout cela résulte d’une politique tiers-mondiste engagée dans les années 1970 par le Premier ministre social-démocrate Olof Palme (1927-1986), alors désireux de positionner la Suède comme une « grande puissance morale » sur l’échiquier mondial. Après les réfugiés politiques des dictatures latino-américaines, son pays offre l’asile aux déplacés de tous les conflits : Iran-Irak, Somalie-Erythrée, Bosnie, Afghanistan et, à nouveau, Irak. En 2015, un gouvernement de centre droit qui, lui aussi, se veut exemplaire, ouvre grand les portes aux réfugiés syriens. Au total, en raison de sa politique d’accueil, la Suède est passée de 8 à 10,6 millions d’habitants en cinquante ans.
« L’ironie est que, historiquement, la social-démocratie scandinave, créée dans les années 1930, n’est pas particulièrement favorable à l’ouverture des frontières, rembobine la députée Lawen Redar, qui reçoit L’Express au Riksdag (le Parlement), qui domine les eaux de Stockholm. Au contraire, ses fondateurs savaient bien que tout excès de chômage et de déséquilibre économique pouvait fragiliser l’Etat-providence et la démocratie. » Affilié au parti social-démocrate, le puissant syndicat LO (75 % des Suédois sont syndiqués), dont la mission est de défendre les intérêts de ses adhérents, a toujours été opposé à ces politiques d’immigration débridée. « Mais il se taisait, par crainte d’être accusé de s’aligner sur l’extrême droite, laquelle, pendant ce temps-là, prospérait », regrette encore l’élue.
Mais la situation évolue. A l’instar de la Première ministre sociale-démocrate du Danemark, Mette Frederiksen, Magdalena Andersson promet de « revenir aux racines de la social-démocratie » en s’appuyant sur les 86 mesures proposées par Lawen Redar. « Première décision : fermer le robinet de l’immigration pendant au moins quinze ans, explique cette dernière. Dans le même temps, il faut déghettoïser la Suède en redirigeant les primo-arrivants vers d’autres communes, notamment vers le nord du pays qui a besoin de main-d’œuvre. Nous allons aussi rénover l’habitat, raser certains HLM, en reconstruire d’autres, aménager des parcs, rendre les quartiers plus attractifs, réintroduire une police de proximité, saisir les biens des narcotrafiquants. » L’apprentissage de la langue est une autre priorité. « Dans les crèches et les écoles primaires, il y a aujourd’hui des employés qui ne maîtrisent pas le suédois », indique encore la députée de Stockholm.
Parmi ses propositions, Lawen Redar avance une idée choc : permettre aux enfants de 14 ans l’accès au marché de l’emploi. « Plutôt que de faire deux semaines de stage en entreprise en classe de troisième, mieux vaut autoriser ces adolescents à effectuer un vrai travail rémunéré pendant trois heures par semaine. Ils pourraient gagner près de 5 000 couronnes (450 euros) par mois. Cela en dissuaderait certains de se mettre au service de gangs criminels. » Plusieurs municipalités sociales-démocrates ont déjà mis en œuvre ce dispositif, en collaboration avec les organisations patronales et les syndicats. « Cela fonctionne très bien, assure Lawen Redar. Si nous revenons aux affaires, nous développerons la possibilité de travailler dès l’âge de 14 ans. »
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Author : Axel Gyldén
Publish date : 2026-09-08 03:45:00
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