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Crise des migrants : l’appel de Ceuta à l’UE pour garder sa frontière avec le Maroc

Le maire-président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, convaincu que le Maroc a manigancé l’irruption de dizaines de milliers de jeunes migrants cet été dans la ville espagnole, sur la côte marocaine de la Méditerranée, est venu mardi 8 septembre à Bruxelles lancer un dramatique appel à l’aide à l’Union européenne. L’enclave qu’il préside et celle voisine de Melilla sont « au bord de l’effondrement » en raison des harcèlements répétés de Rabat, a-t-il averti.

Contredisant frontalement le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui se refuse à dénoncer explicitement les autorités marocaines, Vivas a fondé son accusation sur trois raisons : d’abord, il est impossible que tant de personnes venues de tout le territoire marocain (80 000 selon lui, 72 000 selon le ministère espagnol de l’Intérieur) se mobilisent simultanément sans que les autorités du royaume ne s’en aperçoivent.

Ensuite, des rapports de la police espagnole et des images diffusées sur les réseaux sociaux ont démontré que des policiers marocains avaient laissé passer, parfois même escorté, des migrants jusqu’à la frontière. Enfin, l’affaire a des précédents, puisque en 2021 notamment, plusieurs milliers de migrants avaient franchi illégalement la frontière pour pénétrer à Ceuta. La crise suivait le même scénario, avec un relâchement soudain des contrôles marocains ; elle donnait lieu aux mêmes soupçons de pression géopolitique délibérée de la part de Rabat (affaire du Sahara occidental à l’époque, relations avec l’Algérie aujourd’hui) ; elle exposait au grand jour la même vulnérabilité de Ceuta face au chantage migratoire.

« Par action ou par omission, le Maroc a joué un rôle déterminant dans les événements », a accusé Vivas. Il a affirmé que depuis 25 ans qu’il dirigeait Ceuta, il avait toujours constaté « l’hostilité » des autorités marocaines qui œuvrent à « déstabiliser » les présides espagnols, seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain. « On ne peut pas maintenir une coopération avec l’UE si on ne respecte pas ses frontières », a–t il lancé. Il a déploré les « conséquences dramatiques » de l’action, avec au moins 100 migrants morts noyés en essayant de rallier l’enclave à la nage.

Pedro Sanchez « pas à la hauteur des événements »

Juan Jesus Vivas a pressé l’UE d’envoyer une aide financière et des moyens humains pour aider Ceuta et Melilla à sécuriser leurs installations frontalières, ainsi qu’une assistance humanitaire pour aider à gérer les milliers de migrants encore à Ceuta. Au moins 5 000 sont toujours là, dont plus de 1 800 mineurs, a-t-il avancé. Le gouvernement Sanchez « n’a pas été à la hauteur des événements a accusé le maire-président, qui appartient au Parti populaire, principale formation d’opposition au gouvernement socialiste de Madrid.

Pedro Sanchez a attendu plus d’un mois pour s’expliquer sur sa gestion de la crise devant le Parlement espagnol, jeudi dernier. Il a soutenu qu’en l’absence de « preuve solide », il ne pouvait pas condamner le Maroc, qu’il a présenté par ailleurs comme un « allié de confiance » de l’Espagne. La veille pourtant, un rapport de police espagnol constatait que des policiers marocains avaient « guidé activement » les migrants vers Ceuta. Le gouvernement espagnol a préféré mettre en cause les mafias de passeurs de migrants ainsi que de fausses informations répandues délibérément sur les réseaux sociaux, selon lui, par la Russie et Israël.

En 2021, le Maroc avait reconnu avoir sciemment laissé passer des migrants pour exprimer son mécontentement contre Madrid qui avait accueilli dans un hôpital Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui, pour y être soigné du Covid, sans avoir averti les autorités marocaines. La ministre espagnole de la Défense de l’époque, Margarita Robles, avait accusé le Maroc de « chantage ». Quelques mois plus tard pourtant, le gouvernement Sanchez reconnaissait le plan de Rabat pour accorder au Sahara occidental un statut d’autonomie sous souveraineté marocaine était “la base la plus sérieuse, réaliste et crédible” pour résoudre le différend algéro-marocain. Deux ans plus tard, la France emboîtait le pas au Maroc. Cette évolution a-t-elle encouragé Rabat à répéter l’opération, à une échelle supérieure, afin de faire pression à nouveau sur Madrid, à la suite de son récent rapprochement avec l’Algérie sur fond d’accords gaziers ?

Rabat a catégoriquement nié le soupçon. Juan Jesus Vivas, lui, ne croit pas à la sincérité du démenti. « Ils ont réussi à porter un coup très dur à Ceuta » a-t-il affirmé. « Il faut maintenant se donner les moyens d’empêcher que cela se reproduise. L’Espagne ne peut pas l’accepter, et l’Europe non plus ».



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Author : Luc de Barochez

Publish date : 2026-09-08 15:12:00

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