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Des Etats-Unis à l’Europe, des attaques contre la science toujours plus inquiétantes : la mise en garde du Pr Alain Fischer

Depuis janvier 2025, le président Trump et son administration se sont lancés dans une campagne de démantèlement de l’aide internationale au développement et à la recherche en supprimant l’organisme Usaid et son budget de 43 milliards de dollars. Les attaques contre les universités, les organismes de recherche dont le NIH (National Institutes of Health) et les agences gouvernementales chargées de la santé publique se sont multipliées, notamment sous la forme de suppressions de postes (14 000 titulaires d’un doctorat en science ont perdu leur emploi), de coupures budgétaires et d’interdits. Les recherches sur le VIH, les vaccins à ARN messager, le genre ou encore l’inclusion ne sont plus financées. Les coupes auraient pu être encore plus sévères si le Congrès n’avait pas rétabli le budget des organismes de recherche. En parallèle, Robert F. Kennedy Jr, secrétaire à la Santé, a limogé les scientifiques jusque-là en charge des recommandations en matière de vaccination.

Mais ce n’était pas encore suffisant ! Voici que le bureau fédéral du management et du budget envisage de changer les règles d’attribution et d’utilisation des crédits de recherche. La mesure la plus spectaculaire stipule que tout projet scientifique sera revu par l’administration et donc soumis à une forme de censure politique avant d’être financé. C’est une remise en cause de la sacro-sainte évaluation par les pairs des projets de recherche, une immense brèche dans la liberté académique. Haro sur les sciences maudites par l’administration Trump : climat, sciences humaines et sociales, vaccins, genre, diversité, migrations, minorités… L’argent public doit être utilisé conformément aux priorités du président. Le journal Science n’hésite pas à titrer à ce propos qu’il s’agit d’une nouvelle « alerte rouge ». De plus, il est prévu de restreindre considérablement le financement des collaborations internationales.

Cerise sur le gâteau, ces crédits ne peuvent servir à couvrir les frais de publication des articles scientifiques, mesure susceptible de menacer l’indépendance des revues, notamment celles prônant une science ouverte. Une consultation – obligatoire du fait de la loi – est en cours avant une mise en œuvre éventuelle. Si ces mesures devaient être appliquées, elles auraient des effets dévastateurs sur l’innovation, la science et la recherche, a déclaré le Dr Georges C Benjamin, président de l’association de santé publique américaine. Nous assistons à l’incroyable fuite en avant de cette vision anti-élite et de ce fait anti-universitaire de l’administration Trump. A contrario les domaines qui plaisent, comme la physique quantique, l’intelligence artificielle ou la conquête spatiale (objectif Mars), sont (en partie) financés – sans parler des fantasmes transhumanistes de certains milliardaires.

Sommes-nous à l’abri de la propagation en Europe et en France d’une telle politique ? Ses admirateurs ne manquent pas en Europe. Dans son programme, le parti d’extrême droite allemand AfD s’attaque frontalement à la liberté académique en prévoyant de couper le financement de projets de recherche dans les domaines qui déplaisent. Ce parti est aux portes du pouvoir de plusieurs régions, au sein desquelles il pourrait appliquer cette politique du fait de l’organisation fédérale de l’Allemagne. En France, on a pu entendre proférer ces derniers mois, dans le contexte de recherche d’économies, des attaques contre le CNRS, notre principal organisme de recherche.

La même vision populiste inspirée par une vision libertarienne telle qu’elle sévit aux Etats-Unis pourrait s’inviter chez nous à l’issue des prochaines élections présidentielles. Cette menace vient se superposer à une situation médiocre du financement de la recherche publique en France, déjà très inférieur à celui de nos voisins, alors même que nos performances déclinent, comme le démontre le rapport récemment publié par l’Observatoire des sciences et techniques. Budget annuel et mesures complémentaires conduisent à son grignotage, alors même qu’apparaissent de nouvelles contraintes à l’obtention de crédits de l’agence nationale de la recherche. En deux mots, contextes international et national sont de moins en moins favorables pour la recherche scientifique.

Alain Fischer est professeur émérite au Collège de France et cofondateur de l’Institut des maladies génétiques (Imagine)



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Author : Alain Fischer

Publish date : 2026-09-13 07:30:00

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