« Désormais, plus personne ne peut garantir l’avenir de Merz », titre le quotidien allemand Der Spiegel. « C’est une soirée catastrophique que les chrétiens-démocrates allemands ont vécue ce dimanche », remarque Le Temps, en Suisse. Au lendemain des élections régionales à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le chancelier allemand Friedrich Merz, arrivé au pouvoir en mai 2025 seulement, se retrouve plus fragilisé que jamais.
La CDU a subi deux lourdes défaites : dans le nord-est du pays, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivé largement en tête, tandis qu’à Berlin, c’est la gauche de Die Linke qui s’est imposée. Ces résultats interviennent deux semaines seulement après le choc du scrutin en Saxe-Anhalt, dans l’Est du pays, où l’AfD avait obtenu plus de 40 % des voix.
Une double défaite pour la CDU
En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le fief d’Angela Merkel, l’AfD a remporté pour la première fois les élections régionales. La CDU, elle, s’effondre à 4,9 %, sous la barre des 5 % nécessaires pour entrer au Parlement régional. « C’est la première fois de l’histoire que la CDU ne parvient pas à obtenir de représentation parlementaire dans un Land allemand », depuis la création du parti en 1949, note le quotidien espagnol El País.
À Berlin, la défaite de la CDU (qui dirigeait la région avec le SPD) est tout aussi spectaculaire, même si elle prend une autre forme. « Un symbole d’autant plus fort que cette fois, c’est le parti de gauche radicale, Die Linke, avec sa populaire candidate Elif Eralp, qui arrive en tête », écrivait Le Temps, dimanche soir.
Le score de Die Linke « devrait suffire pour y former une alliance de gauche (…) avec une femme issue de l’immigration [turque] à sa tête », indique TAZ die tageszeitung. De quoi confirmer « la réputation de Berlin comme laboratoire du progressisme » dans le pays, souligne le journal de gauche.
« Situation critique »
Face à cette série de revers, Friedrich Merz a néanmoins choisi de rester en place. Le chancelier a reconnu, dimanche, que le résultat était un « désastre », tout en affirmant qu’il entendait poursuivre son mandat et ses réformes. Il a tenté de sauver la face, en vain : « Le fait que Merz ait qualifié de ‘respectable’ le score estimé à 19 % obtenu par la CDU aux élections régionales de Berlin en dit long sur la situation critique du parti », relève le Financial Times.
« L’analyse à chaud de Merz, faite quelques instants après la publication des sondages de sortie des urnes dimanche soir, semblait être une tentative de désamorcer une éventuelle rébellion de la CDU […] Quelle patience son parti et l’opinion publique allemande lui accorderont-ils ? », poursuit le quotidien britannique.
Crise au sein de la CDU
Pourquoi un tel décrochage ? Friedrich Merz dirige depuis mai 2025 une coalition avec le SPD et défend un programme de réformes économiques et sociales, destiné à relancer l’économie allemande. Mais ses appels à des réformes structurelles passent mal dans un contexte de suppressions d’emplois dans l’industrie et de forte inquiétude autour du pouvoir d’achat.
Le chancelier « a pris la tête de l’Allemagne en s’engageant à relancer une économie au point mort depuis des années, rappelle Euronews. « Toutefois, il n’est pas parvenu à redresser un moral national morose et a vu sa popularité personnelle s’effondrer. »
Le Telegraph insiste de son côté sur la personnalité du chancelier. « Les électeurs étant lassés de son style de management brusque et autoritaire, qui persiste même s’il n’arrive pas à enrayer la montée de l’AfD ni à tenir ses principales promesses électorales », écrit son correspondant à Berlin James Crisp. « Mais il reste désespérément déconnecté de la réalité […] Les électeurs sont bien plus préoccupés par le coût de la vie ».
Pas de consensus sur un remplaçant
Pour autant, une succession immédiate n’est pas à l’ordre du jour. « Ce qui a protégé Merz, c’est que les deux successeurs les plus prometteurs, le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Wüst, et le dirigeant de la CSU, Markus Söder, s’opposaient mutuellement », analyse Der Spiegel. Aucun des deux ne s’est publiquement porté candidat et aucun consensus n’émerge au sein de la CDU.
Au contraire, la semaine dernière, les huit ministres-présidents de Länder issus de la CDU avaient finalement apporté leur soutien à Friedrich Merz dans une lettre. Leur déclaration appelait à privilégier « l’action politique » et la « stabilité » plutôt que les débats sur les personnes. Mais « si de plus en plus de membres des associations locales et de district se retournent contre Merz, les premiers ministres des Etats pourraient se sentir contraints de retirer leur soutien temporaire et de le forcer à démissionner », prévient Der Spiegel.
Merz veut aller « jusqu’au bout »
« En s’engageant à se concentrer sur les réformes, Merz tente de gagner du temps face à son parti. Le limoger risquerait de compromettre un ensemble de réformes ambitieuses sur les retraites, les allocations chômage et le droit du travail », estime le Financial Times. « Est-ce de l’acharnement ou un sacrifice de la part d’un chancelier qui souhaite aller jusqu’au bout de sa mission pour le bien du pays ? », s’interroge pour sa part Le Temps.
Le moment est particulièrement délicat pour l’Allemagne et la stabilité européenne. Le pays joue un rôle central dans les négociations sur le prochain budget pluriannuel de l’Union et demeure l’un des principaux soutiens militaires de l’Ukraine. « La possibilité de destituer le chancelier […] serait désastreuse pour l’Allemagne et, par association, également pour l’Europe, qui a besoin de partenaires forts à l’heure de la guerre hybride avec la Russie, de la guerre en Iran, des perturbations économiques sur les marchés de l’énergie », note El País.
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Publish date : 2026-09-21 13:17:00
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