Des services secrets à la résidence surveillée. La cheffe des services de renseignement albanais (SHISH), Vlora Hyseni, s’est rendue aux autorités mardi 22 septembre, après qu’un mandat d’arrêt a été émis par le parquet spécial contre la corruption et le crime organisé (SPAK). Avec elle, l’ancien chef de la police d’État, Ilir Proda, révoqué plus tôt cette année, a également comparu mardi pour la même affaire.
Les procureurs ont déclaré que Hyseni était soupçonnée de divulguer des informations classifiées à des personnes non autorisées dans le cadre d’une affaire de corruption au sein de l’Agence nationale de la société de l’information (AKSHI). Cette agence, placée directement sous la supervision du Premier ministre, Edi Rama, vise à piloter une grande partie de la transformation numérique en cours en Albanie. Un projet phare du programme de modernisation de l’État porté par Rama depuis son arrivée au pouvoir en 2013.
Des liens qui intriguent
Les soupçons qui pèsent sur Vlora Hyseni découlent de ses liens avec Ergys Agasi ; un homme d’affaires influent déjà arrêté dans le dossier AKSHI, notamment soupçonné d’être au centre d’un réseau lié à des irrégularités dans les marchés publics de l’agence. D’après le parquet, Hyseni et Agasi auraient entretenu des contacts dépassant le cadre professionnel. Selon BalkanWeb, le dossier du SPAK contient des communications dans lesquelles Vlora Hyseni aurait informé Agasi de ses déplacements et de ses rendez-vous professionnels, notamment de rencontres avec Edi Rama et le directeur de la police. Elle aurait également partagé des informations concernant de possibles nominations politiques.
Ce n’est pas la première fois que Vlora Hyseni se retrouve au cœur de soupçons liés à la divulgation d’informations confidentielles. Déjà en 2021, elle avait été révoquée de son poste de vice-directrice de l’Agence de renseignement du Kosovo. Les raisons officielles de son renvoi n’avaient alors pas été rendues publiques. Des médias avaient toutefois rapporté des soupçons de fuite d’informations, certains évoquant de possibles liens avec la Serbie, ce que Hyseni avait contesté.
Deux ans plus tard, son parcours au Kosovo revenait dans le débat au moment de sa nomination à la tête du SHISH, en 2023. L’opposition albanaise avait notamment questionné ce choix, en s’interrogeant sur les circonstances de son départ des services de renseignement kosovars.
Une nouvelle épreuve pour Rama
Mardi soir, le président albanais Bajram Begaj a décrété, sur proposition du Premier ministre, le limogeage de Vlora Hyseni de son poste de directrice des services de renseignement de l’État. « Chacun est présumé innocent jusqu’au verdict final, mais nul n’est au-dessus des lois, en aucune circonstance ni pour aucune raison », a réagi Edi Rama sur X. Peu après, celui-ci a signé une ordonnance déléguant provisoirement les compétences administratives du directeur du renseignement d’État au directeur du département des opérations, Elvis Lila.
Cette affaire constitue un nouveau revers pour le gouvernement Rama. En février 2026, le Premier ministre avait déjà dû se séparer de sa vice-Première ministre Belinda Balluku, visée par une enquête du SPAK sur des soupçons d’irrégularités dans l’attribution de marchés publics. De leur côté, les responsables de l’Union européenne ont déclaré à Reuters qu’ils examinaient de près la gestion des affaires de corruption par Rama et que la lutte de l’Albanie contre la criminalité et la corruption était essentielle à la candidature du pays des Balkans à rejoindre le bloc d’ici 2030.
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Publish date : 2026-09-24 12:39:00
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