C’est l’information du jour : en début d’après-midi, l’Académie Goncourt a publié un communiqué annonçant qu’elle retire de sa première liste le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir (Grasset). Il ne leur pas été difficile de trouver des arguments : « Ce choix est dicté par la volonté de préserver l’intégrité du prix Goncourt, celle de l’Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes. » Quelle urgence y avait-il à enlever Orélien ? Pierre Assouline a expliqué sur le plateau de C à vous que, sans cela, C’était ça ou mourir serait entré dans la course pour le Goncourt des lycéens. Ces derniers auraient-ils primé Orélien, manière de faire un pied de nez générationnel pro IA ? C’était peu probable, mais dans le doute… Dans son communiqué, de manière un brin paternaliste, le jury du Goncourt adresse malgré tout aux lycéens appelés à voter « un message clair », « qui affirme que nous ne cautionnons ni d’adoubons d’une façon ou d’une autre la création de textes générés avec l’aide de l’IA ».
Certains dans le milieu littéraire ne lâchent pas le morceau. Toujours sur Instagram, on peut lire ce post improbable (écrit hier) sur le compte du romancier Yasmina Khadra : « Lorsque la beauté d’un texte réveille la bête immonde. Comme toujours, le talent exaspère ceux qui en sont dépourvus et le succès rend fous ceux qui n’en ont pas. Lisez massivement ce roman pour rendre justice à son auteur et pour renvoyer ses détracteurs dans leurs abysses. »
Près de 50 000 exemplaires vendus
Si on laisse de côté tous les débats passionnants qu’ouvre l’affaire Orélien et qu’on se concentre juste sur les ventes de livres, une question se pose : les lecteurs prendront-ils le parti de Yasmina Khadra (et des complotistes) ou se rangeront-ils du côté plus raisonnable de l’Académie Goncourt (qui, n’en déplaise à Yasmina Khadra, a peu à voir avec la « bête immonde ») ? A ce jour, Orélien est toujours numéro 1 dans la catégorie romans. Il sort d’une excellente semaine et approche des 50 000 exemplaires. On peut envisager que, avec l’effet de curiosité, le livre se vendra très bien encore quelques jours. Mais les libraires vont-ils continuer de le soutenir ? Un autre phénomène pourrait se produire. On sait que le marché de l’occasion est en pleine expansion. Des lecteurs se sentant floués ne vont-ils par revendre leur exemplaire sur les plateformes (Leboncoin, Momox, Vinted…) ? Les deux semaines qui viennent seront décisives…
© / L’Express
Pendant ce temps-là, dans la catégorie essais, Sarah Knafo explose toujours les compteurs : elle dépasse les 160 000 exemplaires et peut envisager sereinement la barre des 200 000 (soit le score de Gisèle Pelicot). Derrière elle, on note deux entrées : celle du comédien Guillaume de Tonquédec, 3e avec un livre sur ses parents, Ta mère et moi (Stock) ; et celle de Philippe Besson, 6e avec son beau récit autobiographique dont nous avions parlé dès cet été, La Première Phrase du premier livre (Julliard). Du côté des romans, le cas Orélien éclipse l’excellent démarrage d’Agnès Martin-Lugand, 2e avec Retour à Folegandros (Michel Lafon).
On retrouve ensuite tous les vainqueurs de la rentrée, avec (dans l’ordre) Amélie Nothomb, Anne Godard, Philippe Jaenada, François-Henri Désérable, Lilia Hassaine, Yannick Haenel et Sonia Devillers. Ils ne l’avoueront pas publiquement, mais certains d’entre eux ont dû ouvrir le champagne cette semaine en voyant tomber la nouvelle idole Orélien, qui commençait à devenir dangereux dans la course au Goncourt. Comme quoi rien n’est jamais écrit d’avance (même avec l’aide de l’IA).
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-09-25 15:15:00
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