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Menace russe : plusieurs polices européennes se séparent d’un logiciel soupçonné de liens avec Moscou

Une technologie d’investigation numérique russe utilisée par des agences de sécurité… européennes. Plusieurs forces de l’ordre en Europe cesseront d’utiliser les logiciels d’Oxygen Forensics, une société de surveillance numérique accusée d’avoir dissimulé ses liens avec la Russie. Cette annonce fait suite aux révélations de Politico expliquant que ses outils avaient été vendus à des services de sécurité à travers le continent.

La Direction nationale de la lutte contre la corruption (DNA) de Roumanie a ainsi déclaré à Politico qu’elle avait engagé des procédures pour résilier son contrat avec le logiciel, alors utilisé pour extraire et analyser les données des téléphones portables dans le cadre d’enquêtes criminelles.

« À la lumière des informations récemment rendues publiques sur la société qui produit ce logiciel, la Direction nationale de la lutte contre la corruption a lancé les procédures nécessaires pour mettre fin aux obligations contractuelles concernant ce produit », a déclaré la DNA au média américain.

Une technologie implantée en Europe

La police d’Etat lettone a également suspendu son utilisation du logiciel, le temps d’évaluer dans quelle mesure cette technologie pouvait continuer à être utilisée. La police a expliqué que ses agents s’appuyaient auparavant sur cet outil pour extraire et analyser des données électroniques. Elle a néanmoins souligné que son emploi « était sous contrôle strict ». Au Royaume-Uni, la police métropolitaine de Londres a aussi suspendu son utilisation, le temps de procéder à un examen complet du logiciel.

Oxygen Forensics était par ailleurs présent dans l’écosystème de plusieurs projets européens consacrés aux enquêtes numériques. Entre 2014 et 2016, par exemple, l’entreprise avait été consultée dans le cadre d’EVIDENCE, un projet doté de plus de 1,9 million d’euros de financements européens. Celui-ci réunissait notamment Europol, Eurojust et l’unité de criminalistique numérique de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). La société apparaît également dans INSPECTr, un projet financé par Horizon 2020 visant à faciliter la collecte et l’analyse de preuves numériques par les services de police européens.

Des liens avec le FSB

L’ampleur de son utilisation à l’échelle du continent, révélée par Politico, explique la célérité des mesures prises par les différentes forces de l’ordre européennes. Une réaction qui intervient dans un contexte de relations particulièrement tendues entre Bruxelles et Moscou. Dans son enquête, le média en ligne reprend notamment des informations du ministère américain de la Justice (DOJ), révélant que les logiciels d’Oxygen Forensics étaient développés et supervisés depuis la Russie par une équipe dirigée par le ressortissant russe Oleg Sergueïevitch Davydov. Des éléments qui contrastent avec les informations officielles présentant la société comme étant dirigée par Lee Reiber, un Américain de 55 ans originaire de Boise, dans l’Idaho.

Et les liens avec la Russie ne s’arrêtent pas là. Toujours selon les procureurs américains, les cinq ressortissants russes qui contrôlaient Oxygen Forensics détenaient également une société russe appelée MKO Systems, anciennement connue sous le nom d’Oxygen Software. Cette entreprise commercialisait en Russie une technologie similaire à celle vendue aux agences européennes, auprès de plusieurs services de sécurité russes, dont le FSB, le service de renseignement intérieur. Le Comité d’enquête russe et le ministère de l’Intérieur figuraient également parmi ses clients.

Deux dirigeants arrêtés

D’après le DOJ, après l’imposition des sanctions contre la Russie en 2022, consécutive au déclenchement de la guerre en Ukraine, les propriétaires russes d’Oxygen ont dissimulé leur contrôle de l’entreprise ainsi que la poursuite du développement de ses logiciels en Russie.

La plainte du ministère américain de la Justice ne prétend pas que les logiciels d’Oxygen contenaient un code malveillant, ni que l’entreprise s’en serait servie pour accéder sans autorisation aux systèmes ou aux données de ses clients. Les enquêteurs américains ont néanmoins saisi les comptes bancaires de la société, 57 noms de domaine et d’autres infrastructures informatiques, qu’ils considèrent comme ayant servi à mettre en œuvre les agissements présumés. Oleg Sergueïevitch Davydov a, quant à lui, été arrêté dimanche à l’aéroport londonien d’Heathrow alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Istanbul. Le directeur d’Oxygen Forensics, Lee Reiber, a lui aussi été arrêté aux Etats-Unis.



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Publish date : 2026-10-01 11:29:00

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