Le 21 septembre, au lycée Saint-Exupéry à Créteil, des élèves bloquent leur établissement pour dénoncer des postes d’enseignants non pourvus, des classes surchargées et des bâtiments délabrés. En quelques jours, la contestation gagne l’Ile-de-France, puis Lyon, Marseille, Lille et Strasbourg ; le 1er octobre, plus d’un millier de lycées sont touchés, selon le ministère de l’Intérieur. Mais à mesure que le mouvement s’étend, un autre symbole s’invite devant les grilles. Le drapeau palestinien flotte aux côtés des pancartes réclamant des professeurs. Pourtant, la cause palestinienne ne figure dans aucune des revendications officielles des organisations lycéennes. Au-delà des raisons du blocage, une question s’impose donc : la présence de ce drapeau relève-t-elle du hasard, d’un élan spontané de solidarité, ou une idéologie est-elle à l’œuvre derrière ces mobilisations ?
Lors des ateliers d’écriture que j’anime dans des lycées d’Ile-de-France, je pose souvent la même question aux élèves : pour quelle cause seriez-vous prêts à manifester ? Avant le 7 Octobre, les réponses tournaient presque toujours autour de deux engagements : le féminisme, dans le sillage du mouvement MeToo, et l’écologie. Depuis, ces deux causes ont été supplantées par une seule : la Palestine. Dans chaque classe, au moins un élève la cite. La Palestine est devenue, pour une partie de ces jeunes, le symbole d’un monde musulman victime d’un complot occidental et capitaliste. Elle s’inscrit dans une vision binaire, banalisée par les réseaux sociaux, où la Palestine incarne le bien face au mal. « Plus conscients que les dirigeants » a publié Rima Hassan, le 1er octobre, sur X en commentant une photo où des élèves brandissent le drapeau palestinien.
Plus conscients que les dirigeants. ❤️ pic.twitter.com/p7EWDvaPgH
— Rima Hassan (@RimaHas) September 30, 2026
A Carpentras, dans le Vaucluse, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre, derrière l’un de ces drapeaux, un feu autour duquel des élèves scandent : « On a brûlé Israël ! C’est qui les juifs ? On les piétine ! ».
Mélenchon en tête dans les classes
Sur les réseaux sociaux, où les jeunes puisent leurs modèles d’engagement, la Palestine occupe une place centrale dans les comptes des figures de La France insoumise. Rima Hassan, suivie par 460 000 personnes, affiche sur son profil une carte réunissant l’ensemble du territoire de l’Etat hébreu et des territoires palestiniens, accompagnée par le drapeau palestinien. Sébastien Delogu, suivi par près d’un demi-million d’abonnés, s’est fait connaître en brandissant ce drapeau à l’Assemblée nationale. La Palestine est également au cœur des prises de parole de Mathilde Panot, suivie par 1,3 million de personnes, comme de celles de Louis Boyard, qui en compte 1,8 million. Ces deux derniers se sont d’ailleurs rendus sur place pour soutenir le blocage des lycées.
Certaines revendications de ces manifestations sont pourtant légitimes : manque de professeurs, postes non pourvus, absences non remplacées, bâtiments délabrés. Mais la présence du drapeau palestinien vide ce mouvement de son sens. Aujourd’hui, on voit ce drapeau accompagné d’incendies et de violences, tandis que les revendications centrales passent au second plan. Il s’agit d’une récupération politique, qui s’inscrit elle-même dans une stratégie bien plus large : celle de La France insoumise. Devant des lycéens, le député LFI Maxime Laisney a ainsi déclaré : « Mes collègues de La France insoumise et moi resterons à vos côtés… Nous préparons l’alternative pour 2027, rejoignez-nous. » La Palestine est ainsi devenue un levier électoral pour LFI. Rima Hassan l’a d’ailleurs assumé fin août, en affirmant que la question palestinienne « va être centrale pendant cette année de présidentielle. Et elle doit aussi demeurer une priorité absolue. » Dans cette stratégie, une partie des lycéens qui manifestent ont déjà 18 ans ou les auront l’an prochain, et voteront pour la première fois.
Entre 2020 et 2026, lors de mes ateliers d’écriture, je posais régulièrement cette question aux élèves : « Si vous aviez le droit de vote, pour qui voteriez-vous ? » Mélenchon arrivait toujours en tête, pour des raisons variées : parce qu’il « protège les musulmans » ou les « migrants », ou parce qu’il « défend les ouvriers ». Mais depuis le 7 Octobre, une nouvelle réponse s’est ajoutée aux autres : « parce qu’il soutient la Palestine ».
*Ecrivain et journaliste, Omar Youssef Souleimane vient de publier Les Héritiers de la haine (Plon). Il est l’auteur du best-seller Les Complices du mal (Plon).
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Publish date : 2026-10-02 14:00:00
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