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Comment la Russie et la Biélorussie utilisent les migrants comme « pions » pour déstabiliser l’Europe

On savait déjà que la Russie menait une guerre hybride contre l’Europe, à coups de survols de drones ou de cyberattaques. Mais à en croire le New York Times, sa campagne de déstabilisation ne s’arrêterait pas là. Moscou et son bras droit Minsk affréteraient, directement ou par l’intermédiaire de réseaux criminels, des vols charters pour faire venir des migrants sur leur sol, et les presseraient ensuite le long de la frontière avec la Lettonie, la Lituanie ou la Pologne, pour les faire entrer sur le sol européen.

Faire monter l’extrême droite pro-russe

Selon les autorités de certains Etats baltes, la Russie chercherait ainsi à renforcer les partis d’extrême droite pro-russes en Europe. « Moscou provoque ce type d’afflux pour faire entrer au Parlement des politiciens plus favorables à son égard », a déclaré au New York Times le général Guntis Pujats, chef des gardes-frontières de la Lettonie. Cette année, des milliers de migrants ont afflué vers la Lettonie, et plus de 11 000 ont été refoulés, des chiffres inimaginables il y a encore quelques années dans ce pays balte de moins de deux millions d’habitants.

Certains auraient même creusé des tunnels le long de la frontière pour se frayer un passage. « Les agents ont récemment découvert deux tunnels creusés sous la clôture frontalière : l’un mesurant environ 40 mètres et l’autre environ 20 mètres », a raconté au Times Vladimirs Sersts, le capitaine des gardes-frontières lettons, qui assure que la situation s’est dégradée en 2026. Des tunnels similaires ont également été découverts le long de la frontière biélorusse, en Lituanie voisine.

Déstabiliser l’Europe

Selon des responsables de la sécurité, qui y voient l’ombre de la Russie, cette instrumentalisation de l’immigration s’inscrit dans une stratégie plus large visant à semer la discorde en Europe. Avec un caractère toutefois plus insidieux que les autres opérations imputées au Kremlin. Mais les objectifs resteraient les mêmes : sanctionner les pays qui soutiennent l’Ukraine et mobiliser les ressources des forces de police, militaires et de sécurité, tout en évitant le déclenchement d’une guerre ouverte et en conservant la possibilité de nier toute implication.

Les autorités lettones ont récemment lancé l’opération « Loup-garou », destinée à endiguer l’afflux migratoire anticipé avant les élections prévues ce week-end. Dans le cadre de cette opération, l’armée et la garde nationale ont été mobilisées. Des pays alliés comme l’Estonie et la Finlande ont dépêché des gardes-frontières en renfort. Car depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le nombre de migrants se présentant à la frontière lettone n’a cessé d’augmenter. En 2021, près de 4 400 personnes ont été refoulées. En 2025, ce nombre avait presque triplé. Cette augmentation a contraint la Lettonie à fermer tous ses points de passage frontaliers avec la Biélorussie, à l’exception d’un seul.

La Biélorussie impliquée

Car les autorités sont convaincues que la Biélorussie, Etat policier allié de la Russie, est complice. En témoignent, disent elles, plusieurs vidéos montrant des foules de migrants rassemblés près de la clôture frontalière avec la Lettonie sans aucun contrôle des autorités biélorusses, chose que les citoyens biélorusses ne seraient jamais autorisés à faire. Selon plusieurs responsables lettons, les passeurs travailleraient pour des organisations criminelles qui, à leur tour, collaboreraient avec le service de renseignement biélorusse, qui porte toujours le nom de KGB.

Ces passeurs sont en théorie chargés de conduire les migrants – originaires de pays aussi divers que l’Erythrée, l’Afghanistan, l’Iran ou la Somalie – dans des pays plus à l’ouest de l’UE. Mais à en croire les témoignages recueillis par les autorités baltes, de nombreux migrants seraient manipulés par leurs passeurs, qui leur feraient croire qu’ils se trouvent en Allemagne lorsqu’ils arrivent en Lettonie.

« Un rideau d’acier sur l’Europe de l’Est »

Si le cas de la Lettonie fait beaucoup parler ces derniers temps, en réalité, la crise migratoire a débuté avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Déjà en 2021, des responsables européens ont accusé la Biélorussie d’instrumentaliser les migrants pour punir les pays frontaliers, notamment la Pologne, de leur soutien aux forces politiques biélorusses opposées à Alexandre Loukachenko. En cinq ans, la Biélorussie a poussé des dizaines de milliers de migrants aux portes de la Pologne, et piégé nombre d’entre eux dans une zone grise entre les deux frontières, rappelle le média polonais Notes from Poland.

Une crise qui pousse les pays frontaliers de la Russie et de la Biélorussie à renforcer la militarisation de leur frontière, constate pour sa part le Washington Post, qui écrit : « Un rideau d’acier s’est abattu dans toute l’Europe de l’Est. L’ancien rideau de fer visait à empêcher les peuples du bloc soviétique condamnés à la misère de passer à l’Ouest. Ce nouveau rideau est conçu pour empêcher les migrants du tiers-monde d’entrer − car ils sont devenus des pions fort pratiques pour Vladimir Poutine dans sa volonté de déstabiliser les pays libres qui ont le malheur d’être ses voisins. »



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Publish date : 2026-10-04 11:18:00

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