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Face à la domination de Starlink, les géants européens des télécoms veulent faire front commun

Contre la domination de Starlink, la riposte européenne se prépare plus ou moins discrètement. Selon le site Politico, des dirigeants publics et privés européens poussent quatre grands opérateurs européens, dont l’allemand Deutsche Telekom, le français Orange, le britannique Vodafone et l’espagnol Telefónica, à unir leurs forces contre Starlink, la société d’accès à Internet par satellite développée par Elon Musk.

Le projet a déjà été révélé par Bloomberg début septembre. Mais les discussions n’avaient alors abouti à aucune décision définitive. Un mois plus tard, le 12 octobre dernier, le site Politico affirme en outre que deux personnes au fait des échanges les lui ont confirmées. « Nous étudions la question », a reconnu auprès du média Michaël Trabbia, directeur exécutif d’Orange. « En tant que groupe leader et innovant dans les télécoms, nous souhaitons pouvoir proposer ce service à nos clients. Nous ne voulons pas qu’un seul acteur domine le marché ».

« Encourager les fournisseurs européens »

Tout l’enjeu pour les quatre géants européens est d’accéder au marché du service « direct-to-device », à travers la bande MSS 2 GHz. Cette technologie permet la connexion directe entre un satellite dans l’espace et un smartphone, sans passer par une antenne terrestre. Un secteur où Starlink tend à devenir le leader mondial.

Depuis 2008, l’Union européenne a confié à deux opérateurs américains, Viasat et EchoStar, l’exclusivité d’exploitation de la bande de fréquences satellitaires dite 2 GHz. Mais ces licences expirent en mai 2027 et Bruxelles entend modifier leur attribution. Fin septembre, la Commission européenne, à travers une proposition de règlement, a ainsi soumis un découpage de l’exploitation de la bande 2 GHz en trois parts. Le premier irait aux usages gouvernementaux et militaires, confié à un opérateur européen. Un deuxième tiers serait réservé à des opérateurs commerciaux contrôlés par des Européens, afin de « promouvoir l’autonomie stratégique et d’encourager les fournisseurs européens », souligne une note sur le site du parlement. Enfin, le dernier tiers serait ouvert à tous, sous conditions de sécurité. Les quatre opérateurs européens, dont le français Orange fait partie, viseraient ainsi la part réservée aux Européens.

En France, l’Elysée soutient ouvertement la démarche. Le 10 septembre, au sommet international sur l’espace à Paris, Emmanuel Macron a invité opérateurs et industriels à « constituer, sans attendre, une alliance européenne du ‘Direct to Device' ».

Rapport de force inégal

Pour SpaceX, l’enjeu est important. Au Parlement européen, Angelika Winzig, rapporteure du texte, et d’autres élus ont déposé des amendements pour relever encore les barrières à l’entrée des acteurs non européens, rapporte Politico. « Nous ne pouvons pas céder le contrôle total des communications satellitaires européennes à des entreprises non européennes », a estimé l’eurodéputé Renew Michał Kobosko.

Depuis, il semble que SpaceX ait intensifié son lobbying à Bruxelles. Dans une note de quatre pages consultée par le site Politico, l’entreprise affirme avoir « fait plus pour atteindre les objectifs de connectivité de la Commission européenne que n’importe quel autre opérateur de satellites ». La société avertit en outre que le projet européen pourrait provoquer des problèmes d’interférences à l’échelle mondiale, « y compris pour des services d’urgence comme ceux utilisés en Ukraine ».

Le front européen reste toutefois partagé. Deutsche Telekom a déjà signé avec Starlink pour lancer le mobile par satellite en 2028 dans dix pays européens, rappelle le site 01net. Le rapport de force reste toutefois très inégal. Alors que Starlink compte déjà plus de 10 000 satellites actifs, IRIS², la future constellation spatiale de l’Union européenne en prévoit 348 d’ici à son lancement opérationnel en 2029.

Blocage du fonctionnement militaire en Ukraine

Ce mercredi 14 octobre, des responsables ukrainiens ont par ailleurs affirmé que SpaceX a limité les opérations de Starlink, perturbant ainsi ses activités militaires. Une information qui, si elle se confirme, pourrait peser dans le débat européen. Selon plusieurs responsables ukrainiens cités par l’agence de presse britannique Reuters, SpaceX a bloqué le fonctionnement de la version militaire de Starlink au-delà de 160 km/h. « Nos forces de défense n’ont reçu aucun avertissement concernant cette limitation, ce qui a entraîné la perturbation de plusieurs missions », a écrit Serhiy Beskrestnov, conseiller du président Volodymyr Zelensky sur Telegram.

« D’après nos observations, en vol, la connexion pouvait se couper pendant 10 à 20 secondes à des vitesses de seulement 110 à 120 km/h. Les drones continuaient de se déplacer, mais ces interruptions rendaient leur contrôle plus difficile », indique un communiqué de presse transmis à Reuters. Cette mesure intervient alors que Washington fait pression sur Kiev pour qu’elle mette fin aux frappes contre les raffineries de pétrole russes. Depuis sa mise en service en Ukraine au début de l’invasion russe en 2022, Starlink est devenu essentiel aux communications sur le champ de bataille ukrainien, les unités utilisant son Internet par satellite pour communiquer entre elles. Face aux multiples revirements de la diplomatie américaine, les Européens pourraient bien accélérer le confinement du marché des communications par satellites à un ou plusieurs opérateurs européens.

Début 2025, L’Express a déjà raconté les premières menaces du président américain Donald Trump de priver l’Ukraine de la technologie Starlink, démontrant que la dépendance européenne aux technologies américaines l’expose à subir de fortes pressions et l’affaiblit politiquement.



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Author : Célia Cuordifede

Publish date : 2026-10-14 13:05:00

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