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Supermarchés français, crise au Japon : l’IA peut-elle nous sauver du tsunami cyber ?

De la France au Japon, le fléau cyber prend de l’ampleur. Après les piratages de la DGFIP et de l’Education nationale cet été, l’Hexagone a subi une attaque visant des supermarchés. Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Monoprix, E.Leclerc… Des centaines de magasins ont vu les thermomètres de leurs réfrigérateurs s’affoler. Le tout causant jusqu’à 200 000 euros de pertes aux sites de plus grande taille.

L’affaire a poussé Emmanuel Macron à convoquer ce 14 octobre un conseil de défense exceptionnel sur les grands enjeux de sécurité liés à l’IA. La France est loin d’être le seul pays touché. Aux Pays-Bas, des supermarchés de la chaîne Albert Heijn ont vu le fonctionnement de leurs entrepôts et la livraison de produits frais perturbés par un incident cyber. Quelques jours plus tôt, au Japon, le ministre du Numérique Toshiharu Furukawa évoquait une situation « particulièrement critique ».

Incidents cyber au Japon

Les incidents se multiplient sur l’Archipel et touchent des entreprises ayant pignon sur rue (Times Car, Lawson, etc), mais aussi des hôpitaux et la police, note le FT. Les autorités estiment que des dizaines de millions de données de citoyens se baladent dans la nature. Au point que le régulateur financier a dû demander aux banques japonaises de ne plus accepter le permis de conduire comme preuve d’identité pour ouvrir de nouveaux comptes.

L’IA, qui accomplit des prouesses dans le code, peut-elle nous sauver de ce tsunami ? Depuis quelques mois, les modèles sont devenus remarquablement performants dans le domaine cyber. Et peuvent scanner à la vitesse de l’éclair les systèmes informatiques afin d’en dévoiler les lacunes. « L’intelligence artificielle ne crée pas les failles, celles-ci étaient déjà là, souligne Vincent Luciani, président du cabinet de conseil Artefact spécialisé dans l’IA. Le coût de leur détection a en revanche fortement baissé. Il fallait auparavant une ingénierie lourde, du temps, de l’expertise. Aujourd’hui, quelques dollars suffisent. »

Course contre les hackers

Les entreprises doivent s’imposer cette radiographie avant que des attaquants ne le fassent pour elles. Le français Stoik observe ainsi une hausse des sinistres cyber sur son portefeuille d’assurés : leur fréquence annualisée est passée de 11,4 incidents pour 100 entreprises en 2025 à 15,4 en 2026 dans le commerce de gros et de détail. « Même les machines industrielles, appareils souvent trop niche pour que des hackers y consacrent des semaines, deviendront demain des cibles rentables », mettait en garde dès le mois d’août dans nos colonnes Frédéric Zink, vice-président exécutif au sein d’Orange Cyberdéfense. L’IA n’aide pas uniquement à repérer les failles, elle accélère aussi l’élaboration des correctifs et la détection des attaques en temps réel.

Pour se sortir de ce pétrin numérique, un sujet doit néanmoins être clarifié : qui doit se charger de ce chantier de sécurisation ? « Patcher » une faille n’est pas une action à bénéfice immédiat : cela peut ralentir le fonctionnement du système informatique. Entraîner des dysfonctionnements imprévus à d’autres endroits. Raison pour laquelle les concernés procrastinent.

Dans le cas des supermarchés français, le scénario qui s’est joué n’a pas étonné le moins du monde les experts cyber. Des entreprises comme Synaktiv, Claroty et le fabricant Danfoss lui-même avaient alerté sur de telles menaces. Exposer sur Internet des interfaces – comme celle utilisée pour la télémaintenance des frigos – a toujours été contraire aux bonnes pratiques.

Repousser les IA malveillantes

En entreprise, les responsables de la sécurité des systèmes d’information ont, à tort, longtemps été vus comme des fâcheux, des Cassandre, avec leur jargon impossible et leurs scénarios catastrophes peu plausibles. La probabilité de ces derniers explose aujourd’hui au même rythme que la cote de ces professionnels, qu’il faudra écouter religieusement.

D’autant qu’ils devront sécuriser tous les nouveaux usages liés à l’irruption des LLM dans le quotidien des salariés. Que fait-on avec ces IA ? A quelles données internes ont-elles accès ? Quelles actions leur sont permises ? Laisser aux agents IA une autonomie forte peut se révéler dangereux. On ne se souvient que trop bien de PocketOS qui au printemps dernier a vu sa base de production et ses sauvegardes effacées en quelques secondes par un agent écervelé. Qui, soumis à la question, a convenu avoir « enfreint toutes les règles qui lui avaient été données » et lui interdisaient de telles actions.

Ces arbitrages seront cependant cornéliens. Pour se protéger d’IA malveillantes, les entreprises devront sans doute parfois accepter de confier les rênes à un protecteur de même nature. Face à des attaques menées à vitesse surhumaine, un contrôleur humain dans la boucle, risque tout bonnement de ne pas réagir assez vite.



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Author : Anne Cagan

Publish date : 2026-10-15 14:30:00

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