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Midterms : au Kansas, le candidat trumpiste en mode panique


Célèbre pour ses grandes plaines, son agriculture (le blé, surtout) et ses tornades, le Kansas, qui se situe à l’exact centre géographique des Etats-Unis, n’a pas envoyé de sénateur démocrate à Washington depuis presque un siècle – c’était en 1932. La réélection du sortant trumpiste Roger Marshall lors des « midterms » du 3 novembre semblait donc se présenter comme une banale formalité dans cet Etat de 3 millions d’âmes où Donald Trump a battu Kamala Harris à plates coutures voilà deux ans, avec 16 points d’avance. Mais ici comme au Texas (où le candidat démocrate James Talarico pourrait également l’emporter dans un Etat traditionnellement républicain), rien ne se passe comme prévu.

Grâce à la formidable campagne d’Adam Hamilton, un pasteur méthodiste, le Parti démocrate semble être en mesure de renverser la table et d’accomplir un exploit électoral face à son adversaire peu enthousiasmant : le sortant Roger Marshall, « Maga » (Make America Great Again). Sur la défensive, ce dernier fait l’objet de vilaines accusations concernant ses pratiques lorsqu’il était médecin. Gynécologue obstétricien, il a, via ses avocats, poursuivi en justice 700 patientes à revenus modestes qu’il facturait à crédit (avec des intérêts de 18%) et qui étaient en retard dans leurs paiements. Parmi elles, 81 ont été arrêtées et parfois menottées devant leurs enfants alors que, dans certains cas, elles étaient enceintes !

Le Kansas

Le sénateur sortant n’est guère aidé par l’impopularité de Donald Trump due à guerre en Iran et la hausse subséquente du prix du diesel (+77 %), qui impacte méchamment les agriculteurs du Kansas. Signe des temps : l’association locale des éleveurs de bétail s’est abstenue, pour la première fois depuis des lustres, d’apporter son soutien au candidat républicain. Ces producteurs locaux sont en outre vent debout contre la baisse des droits de douane sur les importations de viande de bœuf annoncée en août par Donald Trump qui, en vue des élections, veut rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs en diminuant le prix de la viande à l’échelle nationale.

Le candidat démocrate Adam Hamilton lors du débat sénatorial américain à la foire d'Etat du Kansas à Hutchinson, le 12 septembre 2026.Le candidat démocrate Adam Hamilton lors du débat sénatorial américain à la foire d’Etat du Kansas à Hutchinson, le 12 septembre 2026.

Avec Adam Hamilton, à l’inverse, le Parti démocrate semble avoir trouvé le candidat idéal pour réussir (peut-être) une percée en terre « Maga ». Ancien républicain devenu démocrate au printemps dernier, ce pasteur évangélique est le fondateur de la plus grande megachurch (méga églises) du Kansas, qu’il a créée en 1990 alors qu’il avait 25 ans : l’Eglise méthodiste unie de la Résurrection, basée à Kansas City. Excellent orateur, modéré dans ses prises de position, il représente le courant raisonnable, centriste et majoritaire du Parti démocrate, qui contraste avec les figures du courant issu des rangs des Socialistes démocrates d’Amérique, tels le maire de New York Zohran Mamdani, Abdul El-Sayed, candidat sénatorial dans le Michigan ou encore l’élue new-yorkaise à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez, alias « AOC ».

Un démocrate à la fois conservateur et progressiste

Adam Hamilton se présente à la fois comme un conservateur et un progressiste. Conservateur en économie, parce qu’il s’oppose à la surrégulation et à l’intervention de l’Etat qui entravent les entreprises privées. Et progressiste, aussi, puisqu’il se montre par exemple empathique sur la question du mariage gay et lesbien qu’il approuve depuis le milieu des années 2010. « Il serait impossible de représenter le Kansas sous l’étiquette des Socialistes démocrates d’Amérique », a récemment déclaré celui qui se présente comme un candidat œcuménique capable de rassembler démocrates, républicains et indépendants, comme il le fait dans son église.

J’admets ne pas tout comprendre au sujet des transgenres

Adam Hamilton

Interrogé par la chaîne ABC sur la question des personnes transgenres, il se pose en humaniste. « Je ne pense pas qu’elles doivent participer aux compétitions sportives féminines, répond-il. Car, même si certaines personnes peuvent elles-mêmes se percevoir différemment, il n’existe en fait que deux genres biologiques différents. » « Cependant, le président Donald Trump cible ces personnes alors même qu’elles sont déjà discriminées dans leur vie quotidienne : il fait croire aux Américains qu’elles représentent un danger pour eux », déplore-t-il. Et de conclure : « J’admets ne pas tout comprendre au sujet trans mais je sais une chose : nous devons aimer notre prochain. » Cette tempérance passe bien dans l’Etat natal du président Dwight Eisenhower, du jazzman Charlie Parker et du footballeur américain Travis Kelce (mari de la chanteuse Taylor Swift) où la religiosité se conjugue avec une certaine ouverture d’esprit. Ainsi en 2002, à la surprise générale, les électeurs ont rejeté par référendum un projet d’amendement qui visait à interdire le droit à l’IVG dans la Constitution du Kansas.

Face à la percée dans les sondages d’Adam Hamilton, c’est le branle-bas de combat chez les républicains. Désormais, le démocrate devance Roger Marshall d’un point ou deux dans plusieurs sondages. Certes, ces enquêtes d’opinion se situent dans la marge d’erreur et ne constituent pas une garantie de victoire pour lui. Mais le fait que les instituts placent le Kansas dans la catégorie « violet » (résultat incertain) au lieu de « rouge » (victoire républicaine garantie) constitue déjà un événement. Ce qui témoigne de la fébrilité du camp trumpiste, désormais inquiet de voir l’Etat virer au « bleu » (démocrate).

Superman, lui aussi, a grandi au Kansas

Jusqu’à présent, le candidat « Maga » Roger Marshall s’était quasiment abstenu de faire campagne, échaudé par les huées qu’il avait subies l’année dernière lors d’une rare apparition publique. Le voici reparti au contact des électeurs pour tenter d’inverser la dynamique. Le vice-président J.D. Vance est venue battre la campagne au Kansas le mois dernier et Donald Trump, à son tour, vient à la rescousse cette semaine dans l’Etat de Superman (dans le « comics » américain, Clark, alias Superman, a passé son enfance et sa jeunesse à Smallville, au Kansas). En mode panique, John Thune, le leader des républicains au Sénat a, lui, redirigé 14 millions de dollars, originellement alloué au candidat de Caroline du Nord, en faveur de Roger Marshall.

De son côté, le démocrate Adam Hamilton, surfe sur la gronde anti-Trump qui court des profondeurs du pays en transformant le scrutin en un référendum sur le bilan du président Maga : « Etes vous satisfait de ce qui se passe à Washington? », interroge Adam Hamilton au fil de ses meetings et rencontres, tout en accusant son adversaire d’être incapable de défendre les intérêts du Kansas en faisant contrepoids à Donald Trump. Et à chaque instant, il dégaine son arme secrète, en citant des passages entiers de la Bible, de manière à rassurer un électorat local pour qui ce nouveau venu en politique est un inconnu.

« A en croire les sondages, les républicains se préparent à une très mauvaise année électorale, pire encore que ce que l’on imaginait voilà quelques semaines, observe Dan Balz, journaliste politique chevronné qui a fait la plupart de sa carrière au Washington Post. Nous savions depuis le début que les trumpistes risquaient de perdre la chambre des représentants ; il n’est pas impossible que le sénat leur échappe également. » Le parti de Donald Trump contrôle aujourd’hui 53 sièges sur 100. Le camp démocrate doit donc remporter quatre sièges afin de reconquérir la majorité. Or six Etats sont potentiellement gagnables pour le parti de Joe Biden et Kamala Harris : le Kansas, le Texas, le Maine, l’Ohio, l’Iowa et l’Alaska.

Les inconnues de « l’effet Bradley »

Reste à savoir si Adam Hamilton et les autres candidats de son parti ne seront pas victimes de « l’effet Bradley ». Après avoir été donné largement gagnant par les instituts de sondages, le premier maire afro-américain de Los Angeles avait perdu l’élection au poste de gouverneur de Californie en 1982. Après coup, les sondeurs avaient découvert que les sondés affirmaient qu’ils voteraient pour le candidat noir, dont ils n’aimaient pas la politique, de peur de passer pour raciste. Depuis lors, l' »effet Bradley » désigne l’écart entre les intentions de vote déclarées et les votes réels. Ainsi, il pourrait exister un « vote caché » en faveur de Donald Trump dû aux lecteurs qui n’oseraient pas dire qu’ils soutiennent encore le locataire de la Maison-Blanche. Comme l’ont mesuré Hillary Clinton et Kamala Harris en 2016 et en 2024, la science des sondages reste une science inexacte.



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Author : Axel Gyldén

Publish date : 2026-10-19 05:00:00

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