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« Ce sont les images qui font campagne pour elle » : Marine Le Pen, la stratégie de la stature

Derrière Marine Le Pen, un large drapeau de la France flotte devant sa bibliothèque garnie d’ouvrages floutés. Sa robe d’avocate, suspendue à un ceintre, dépasse à moitié du champ. C’est depuis son bureau du nouveau siège du RN, dans le XVIe arrondissement parisien, que la candidate a enregistré cette courte vidéo, publiée dimanche à 18h, dans laquelle elle réagit aux nombreux débordements violents qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre. Elle déplore les « destructions et les pillages perpétrés par une alliance entre des groupes de casseurs politisés et des délinquants issus de la banlieue ». « Ces images nous font mal et nous blessent, poursuit-elle. Parce que derrière chaque bâtiment détruit il y a une part de notre histoire et des édifices qui, quelles que soient nos opinions, nous rassemblent. » Le contexte, brûlant, offre à Marine Le Pen un cadre idéal pour brandir son récit.

Celui d’une candidate à la présidentielle qui proposerait l’unique chemin pour échapper au chaos provoqué par la macronie et à celui souhaité (selon elle) par La France insoumise, son principal adversaire. Illustration imagée : un montage vidéo circule sur les profils des élus RN. On y voit Emmanuel Macron, face à Marine Le Pen lors du débat du second tour de l’élection présidentielle en 2017. « Vous allez créer la guerre civile si vous faites ça, je vous le dis en toute honnêteté », assène le futur président. La vidéo se poursuit par les images de bâtiments incendiés, de vitrines vandalisées, et se termine avec un visuel, montrant notamment Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu et Gabriel Attal, ciglés « Le parti du chaos ».

« Pas besoin d’en faire trop »

Marine Le Pen, candidate du rassemblement, garante de l’ordre, mais aussi porteuse d’espoir, donne ainsi quelques conseils de méthode. « Présider, ce n’est pas pérorer mais entendre et comprendre pour agir. Aucun pouvoir ne peut décider qu’en République dans une démocratie vivante c’est le peuple qui est souverain. » Un slogan neuf vient même draper sa nouvelle stature présidentielle : la Renaissance. Elle l’explicite, le 15 octobre, sur le plateau de CNEWS. « J’ai mis cette campagne sous l’aune de la Renaissance. Nous sommes dans une période de pré-Renaissance, où existent des obscurantismes, des changements technologiques majeurs, et où il est nécessaire de défendre le beau, le grand, la création et le progrès. »

L’idée, sortie du chapeau par son conseiller spécial et beau-frère Philippe Olivier, n’est pas une nouveauté. Marine Le Pen a théorisé l’intérêt qu’elle avait de proposer un projet « d’espoir » pour cette élection présidentielle. Loin des perspectives sombres de guerre civile prônées par Eric Zemmour, en gommant notamment les éléments les plus abrasifs de son discours, évitant les prises de position trop clivantes et confiant la gestion des sujets sensibles (sur les questions sociétales notamment) aux référendums. Un discours édulcoré, parfois même sur ses propres sujets. Elle-même l’assure souvent à ses collaborateurs : « Pas besoin d’en faire trop, les gens savent très bien ce qu’on pense sur l’immigration. » Ce dimanche, elle se contente d’une mention à la question migratoire : « Nous payons des décennies de renoncement, d’immigration anarchique dont chacun voit les conséquences dans tous les domaines », assure-t-elle, avant de promettre une voie « de l’autorité et de la sécurité, de la démocratie et de la souveraineté, de l’espérance et de la renaissance ».

Dans un long entretien accordé, le 14 octobre, au Financial Times, exercice inhabituel pour la frontiste dans un journal britannique de référence pour les milieux d’affaires, elle décline une nouvelle fois ce projet « d’apaisement ». « Je pense qu’on peut y échapper [NDLR : à cette crise], avec précisément la trajectoire que nous avons présentée aux Français, qui est une trajectoire en même temps, je crois, rassurante, sérieuse, et qui n’a pas l’inconvénient de celle de certains de mes adversaires, qui consiste à donner un coup de barre trop brutal, qui pourrait avoir des effets [de déclencher] une récession qui bloquerait en fait l’économie du pays. »

Jordan Bardella décline la méthode

La stratégie a été théorisée en interne : la victoire frontiste s’inscrirait dans « le sens de l’histoire ». Le mieux étant l’ennemi du bien, la meilleure des méthodes serait de se laisser porter par les événements plutôt que de prendre des risques. « Marine Le Pen fait le service minimum, ce sont les images qui font campagne pour elle, commente un cadre du bloc central. Pas besoin d’être agrégé de sciences politiques pour savoir que Le Pen va encore engranger et cela sera difficile pour exister dans le bloc central. La seule présence de Le Pen induit des non-dits : elle n’a pas besoin de parler d’immigration, il suffit de montrer sa tête pour que les gens comprennent. L’immigration et la sécurité, cela fait cinquante ans que ce parti fait campagne sur cela. »

A Marine Le Pen « la stature, le tempo, la trajectoire », se gargarise son entourage, et à Jordan Bardella de décliner la méthode, « l’opérationnel ». Ce dernier tenait, ce lundi, une conférence de presse au siège du parti. Derrière son pupitre, siglé « Face au chaos, la France en ordre », le président du parti d’extrême droite a fustigé « l’armée du crime dont les banlieues constituent un véritable réservoir ». Il a ensuite décliné les propositions du RN en réponse aux violences. Parmi elles, la volonté de mettre en place un « sursaut pénal », comprenant l’établissement de « peines minimales », l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans pour permettre des peines immédiates ou la suspension des allocations familiales aux familles de délinquants récidivistes.

« Je pense qu’on a perdu la présidentielle ce week-end, se lamente un ministre. Plus rien ne retient les Français. Notre argument c’était de dire qu’avec le RN ce serait pire, ce serait le chaos. Mais c’est déjà le cas ! Les gens se disent qu’ils n’ont plus rien à perdre. » Au RN, on se réjouit à demi-mot. « On ne va pas se réjouir de voir le pays à feu et à sang, lâche un conseiller. Mais les gens voient que le RN a une légitimité sur les questions sécuritaires et migratoires, et ils sont d’accord avec ce qu’on propose. Ça se résoudra en 2027. »



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-10-19 15:15:00

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