Le sourire est contagieux chez les frontistes, ce samedi. Réunis à Orléans, pour leur XIXe Congrès, les élus du Rassemblement national sont hilares. Deux bus du collectif Solidarités sans-papiers, venus manifester contre la présence du parti d’extrême droite, ont été arrêtés sur une aire d’autoroute, à quelques kilomètres, et font l’objet d’un contrôle par les services de la Police aux frontières et de l’immigration. « Vous voyez, on n’est même pas encore au pouvoir qu’on produit déjà des effets ! », s’esclaffe un député. Ce week-end, le RN lance officiellement sa campagne, et consacre ses deux têtes d’affiche. Au programme : la réélection, attendue, de Jordan Bardella à la tête du parti, samedi. Et le premier discours de candidate de Marine Le Pen, censé donner la tonalité de sa campagne, dimanche.
La sécurité de l’événement a été renforcée en raison de l’appel massif à manifester lancé par plusieurs organisations syndicales et politiques. Samedi matin, le Congrès frontiste s’ouvre sous tension, alors que quelque 13 000 manifestants (selon la préfecture) se regroupent dans les rues d’Orléans. Le contexte rend même le service de sécurité un peu nerveux. A l’entrée de l’événement, on passe une main dans le dos des femmes, pour « vérifier si vous avez un soutif ». Justification d’un agent du DPS (le service d’ordre du RN) : « C’est à cause des FEMEN, si vous n’en portez pas, je ne vous laisserai pas rentrer. » Quelques heures plus tard, les agents du même service prendront eux-mêmes l’initiative de sortir violemment de la salle les journalistes de Médiapart, hués par la foule (le service de presse est intervenu pour leur permettre de réintégrer l’événement après leur avoir présenté ses excuses).
De nouvelles instances marinistes
15 heures. Les résultats de l’élection du président du parti (à laquelle seul Jordan Bardella a candidaté) tombent. L’eurodéputé est réélu, consacré avec 98,98% des voix, et plus de 75 000 votants. Sous les applaudissements des quelques milliers de militants venus partager ce moment démocratique, le président du parti livre la nouvelle composition de l’appareil frontiste pour les mois de campagne à venir. Un peu de mouvement au sein du Bureaux exécutif, le très stratégique organe décisionnaire du parti. Bonne pioche pour les proches de Marine Le Pen. Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme gagne sa place. Bruno Bilde, ami intime de la patronne, qui avait été mis au ban il y a quatre ans réintègre, lui, cette importante instance.
Pas de chance, en revanche, pour Gilles Pennelle, ancien directeur stratégique tenu pour responsable de l’échec du plan Matignon, poussé vers la sortie. Idem pour Sébastien Chenu, médiatique vice-président de l’Assemblée nationale, qui avait connu quelques bisbilles avec le président du parti. Disgrâce en demi-teinte, toutefois, puisqu’il prendra la suite de Marine Le Pen à la tête du groupe RN à l’Assemblée – et a, par ailleurs, provoqué un léger agacement chez cette dernière en lui grillant la politesse de l’annonce. Deux nouveaux venus viennent grossir les rangs du Bureau exécutif : le député de Moselle Alexandre Loubet, et celui des Vosges Gaëtan Dussausaye. Deux trentenaires qui connaissent bien Jordan Bardella, mais dont la fidélité va aussi à Marine Le Pen. Pas de réelle entrée « bardelliste’, donc, au « burex ».
Les bardellistes repêchés
Les très proches du président, eux, ne bénéficient pas d’une promotion interne. Le chef s’est contenté de les repêcher pour siéger au Conseil national, sorte de Parlement interne du parti qui permet de sonder la popularité des élus. Charles-Henri Gallois (lequel ne bénéficiait pas de l’ancienneté suffisante pour se présenter), son conseiller économique, François Paradol, son directeur de cabinet, Pierre-Romain Thionnet, son ami et collègue au Parlement européen, rejoignent donc les rangs des « cooptés ». Pour le reste, les instances du Rassemblement national version 2027 font la part belle aux marinistes. Y compris le Conseil national, dont les premiers élus sont Jean-Philippe Tanguy, le maire de Perpignan Louis Aliot, Sébastien Chenu, le député de l’Yonne Julien Odoul, la députée du Var Laure Lavalette et la sœur de la patronne Marie-Caroline Le Pen.
Marine Le Pen, d’ailleurs, est très optimiste. C’est elle qui le dit. « C’est nouveau, parce qu’on n’a plus de combat à mener sur le constat, c’est fini, tout le monde est d’accord », assure-t-elle en privé. Dans les sondages, la candidate RN est aujourd’hui donnée gagnante au second tour dans toutes les configurations. Depuis les violences qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre, le parti assure avoir enregistré 5000 nouvelles adhésions (un chiffre invérifiable). Le RN revendique aujourd’hui 160 000 adhérents statutaires (comprenant ceux qui ne sont pas à jour de cotisation), contre 36 000 en 2022.
« Le combat est acquis, on n’a plus la nécessité de prendre une partie de notre temps politique pour expliquer la situation dans laquelle on est. On doit maintenant rassembler sur nos solutions », soutient la candidate. Plus que tout, Marine Le Pen tient à rassurer. Rassurer sur le fait, comme elle a pris l’habitude de le répéter « qu’aucun droit ne sera enlevé aux Français » : « Bien sûr qu’il faut qu’on rassure les Français issus de l’immigration, rappelle-t-elle encore en privé. Y compris les étrangers qui travaillent dans notre pays. J’aurai l’occasion de le faire pendant la campagne. »
Des militants de l’UEJF et des journalistes violentés
Dimanche, pourtant, un nouvel incident est venu perturber l’intervention de Jordan Bardella. Des militants de l’Union des étudiants juifs de France, présents dans la salle, ont tenté de brandir une banderole « pour rappeler l’antisémitisme et le racisme de ce parti », revendique l’association. Les militants ont été violemment exfiltrés par le service d’ordre. Un journaliste de Mediapart, présent sur place pour filmer la scène, a lui aussi été violemment pris à partie, sorti de la salle par le DPS. « Retourne dans ton sale bled », lui a lâché une militante présente dans la salle, au moment de son exfiltration.
Quelques minutes plus tard, sur scène, dans un Zénith plein à craquer (le RN revendique 8500 participants), Marine Le Pen détaille son projet politique, placé sous le signe de la « Renaissance ». Un concept mis au point avec son beau-frère et conseiller spécial Philippe Olivier, qui entend créer un parallèle entre l’époque actuelle et celle qui précéda la Renaissance : « Des guerres et épidémies, une société sclérosée, une crise économique qui couve, l’obscurantisme et la croyance absolue dans des dogmes qu’il lui était interdit de contester, liste la candidate dans son discours. Et puis… L’imprimerie qui libéra la parole, le savoir, l’audace de penser […] de nouvelles manières de construire, une nouvelle conception du pouvoir ». Pendant près d’une heure, sous des applaudissements nourris, la candidate RN appelle à tourner le dos aux nouveaux « obscurantismes » représentés par LFI, l’islamisme, ou l’écologie punitive. Elle fait l’éloge de l’homme enraciné, et celui du « beau », qui « conduit au bien-être et au bien ». Dans les rangs frontistes, la victoire ne fait plus de doute. « »On va gagner, assure un cadre. Ce qu’il faut, c’est ne pas commettre de faux pas. » Il reste six mois.
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Author : Par Marylou Magal, à Orléans
Publish date : 2026-10-25 18:43:00
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