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Guerre des étoiles : l’Europe sans Elon Musk ! Par Jean-François Copé

Alors que l’extrême gauche tente, par la violence, de confisquer le débat présidentiel, les défis que notre pays devra relever continuent de s’accumuler, notamment en matière de défense et de souveraineté. La guerre en Ukraine nous en a livré un nouvel exemple. Le 14 octobre, des restrictions appliquées sans préavis (et rétablies depuis) par Starlink, ont perturbé les missions des drones ukrainiens, notamment ceux qui interceptent les appareils russes. La filiale de Space X s’appuie sur 11 000 satellites en orbite basse pour fournir un accès à Internet jusque dans les zones dévastées, indépendamment des réseaux terrestres locaux. Un atout stratégique pour l’armée ukrainienne qu’Elon Musk qualifiait dès mars 2025 d’ »épine dorsale de l’armée ukrainienne ». On mesure alors le pouvoir de son propriétaire : celui d’affaiblir selon son bon vouloir l’une des plus puissantes armées d’Europe.

En réalité, le problème dépasse de très loin le cas ukrainien. Cette dépendance menace directement notre souveraineté car trois facteurs se cumulent : la profondeur du contrôle exercé par SpaceX, l’étendue des usages de son réseau et l’impact d’une interruption. La profondeur, d’abord. SpaceX maîtrise les principaux maillons du service, des fusées aux satellites, jusqu’aux terminaux et au fonctionnement du réseau. La comparaison avec l’IA, désormais familière à de nombreux Français, permet de saisir cette concentration. En effet, malgré le poids de quelques grands groupes dans ce secteur, plusieurs acteurs interviennent dans la chaîne de valeur de l’IA : les uns conçoivent ou fabriquent les puces, les autres exploitent les centres de données ou développent les modèles. Avec Starlink et les communications satellitaires, l’utilisateur dépend d’un système complet placé sous le contrôle d’un seul et même groupe.

L’étendue des usages ensuite. Starlink relie aussi bien des exploitations agricoles et des sites industriels isolés que des navires, des écoles ou des centres de santé. En 2025, des écoles au Ghana comme des centres de santé au Nunavut, dans l’Arctique canadien, y recouraient déjà. Dans les zones reculées, où les réseaux terrestres sont insuffisants, un même opérateur peut ainsi devenir indispensable pour l’activité économique comme pour le fonctionnement des services publics. L’impact d’une interruption enfin : une décision prise à distance peut compromettre une opération militaire ou interrompre des activités vitales. Surtout, la dépendance ne s’arrête pas à l’achat des équipements : le fournisseur garde la main sur le réseau tout au long de son utilisation.

Une priorité stratégique

Il faut donc élargir notre conception de la souveraineté qui peut désormais non seulement être remise en cause par d’autres Etats mais aussi par un seul homme. Voilà pourquoi l’Europe doit faire de la maîtrise de ses communications une priorité stratégique. Elle dispose pour cela du projet Iris : une constellation de satellites de communication dont les premiers lancements sont annoncés pour 2029. La France doit mobiliser ses partenaires pour en garantir le financement sur plusieurs années et tenir le calendrier de déploiement. Préparons aussi dès maintenant son intégration aux communications de nos armées et de nos services publics pour leur permettre de rester connectés en cas de crise, grâce à un réseau dont nous maîtrisons les conditions d’accès. Il faut expliquer aux Européens pourquoi cette infrastructure les concerne, mais aussi mobiliser les entreprises qui peuvent contribuer à la construire. Cela suppose de leur donner les moyens d’innover et de grandir. Les méthodes sont connues, il est temps de les appliquer. Accompagnons nos industriels de la recherche à la première usine. Faisons aboutir l’union de l’épargne et de l’investissement pour qu’elles puissent se financer à l’échelle du continent. Mobilisons les capitaux de long terme.

La guerre des étoiles n’est plus de la science-fiction. Elle a quitté les studios d’Hollywood mais pas la Californie. A l’Europe d’écrire la suite pour que notre avenir ne se joue pas tout entier dans les empires technologiques de la Silicon Valley.



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Author : Par Jean-François Copé, ancien ministre, maire (LR) de Meaux

Publish date : 2026-10-26 15:00:00

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