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Immigration : l’UE veut étendre l’action de Frontex au-delà de ses frontières

Nouveau tour de vis européen. A l’issue de la réunion hebdomadaire de la Commission européenne ce mardi 27 octobre, le Collège a présenté une réforme de l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex. L’objectif est revendiqué : faire de cette institution installée à Varsovie « l’acteur central de l’UE en matière de retour », a déclaré le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner. Pour ça, l’UE prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de l’Agence, mais surtout de lui octroyer de nouvelles prérogatives comme la possibilité d’intervenir dans un pays tiers.

Intervention extérieure

C’est notamment cette dernière annonce qui a suscité des réactions. Jusqu’à maintenant, les agents de Frontex pouvaient intervenir pour renvoyer des migrants en situation irrégulière présents sur le territoire d’un des pays de l’UE. Dans la réforme présentée ce mardi, il est prévu que l’agence puisse mener ces mêmes interventions « où que ce soit », précise Ursula von der Leyen. Autrement dit : même dans un pays hors de l’UE. Jusqu’ici, les agents n’avaient le droit, sur le sol étranger, que de patrouiller aux frontières.

Seules contraintes : le respect du droit international et un accord préalable avec le pays où l’intervention aura lieu. Des accords similaires existent déjà entre Frontex et plusieurs pays dont l’Albanie, la Serbie et la Macédoine du Nord. Selon les informations d’Euronews, l’UE serait actuellement en train de négocier cette disposition avec le Sénégal. Auprès de nos confrères, un responsable européen a déclaré : « Plus vous renvoyez de personnes avant [qu’elles arrivent en Europe], moins vous avez à en renvoyer après ».

Frontex pourrait aussi intervenir lors d’expulsions menées au sein des « plateformes de retour ». Ces infrastructures ont été autorisées par le droit européen le 1er octobre dernier. Elles permettront d’envoyer des migrants faisant l’objet d’une décision d’expulsion de la part d’un pays européen hors de l’UE, en attendant leur renvoi vers leur pays d’origine. Cinq pays européens dont le Danemark, l’Allemagne, la Grèce, l’Autriche et les Pays-Bas négocient actuellement la construction du premier centre qui devrait voir le jour en 2027. Le nom du pays d’accueil n’a pas encore été précisé.

La chercheuse au sein du groupe de réflexion Transnational Institute, Josephine Solanki, s’est exprimée lors d’un point de presse avant l’annonce de la réforme : « Ce n’est plus seulement une agence qui soutient les pays de l’UE à leurs frontières. […] C’est une agence d’expulsion, qui opère de plus en plus loin de la véritable frontière de l’Union européenne ». Tineke Strik, députée européenne néerlandaise du groupe de Gauche verte, a ajouté que « la Commission risque de transformer Frontex en une version européenne de l’ICE . »

Investissements financiers et humains

De son côté, l’Agence met en avant que les « frontières extérieures communes sont mises à l’épreuve par un environnement géopolitique et sécuritaire en mutation ». Magnus Brunner a ainsi rappelé le besoin de permettre à l’Agence « d’agir plus rapidement et de repérer les risques tôt, avant qu’un événement ne devienne une crise », faisant sans doute référence à la crise de Ceuta, survenue les 30 et 31 juillet 2026, et qui a laissé passer plus de 72 000 personnes en Espagne.

Pour ça, le plan prévoit de grossir le nombre d’agents employés par Frontex à 30 000. Selon une déclaration de Brunner en mars dernier, le nombre d’employés était de 7 186 en décembre 2025. Les effectifs pourraient donc quadrupler, notamment avec 17 000 officiers dédiés à des interventions d’urgence.

Enfin, le projet présenté ce mardi prévoit aussi la numérisation des procédures de retour, de réadmission et de réintégration des migrants dans l’ensemble de l’Union. Derrière la modernisation, l’objectif est d’accélérer les procédures. Le coût des opérations devrait être en partie absorbé par quelque 12 milliards d’euros déjà prévus pour le prochain budget septennal de l’UE. Une somme qui représente le double de l’enveloppe précédente, chiffre Euronews.

Ce plan est présenté alors même que les franchissements irréguliers des frontières ont diminué de plus de moitié au cours des deux dernières années et le taux de retour dépasse désormais 30 %, admet volontiers Bruxelles.



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Author : Juliette Garnier

Publish date : 2026-10-27 18:07:00

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