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UE-Canada : comment l’Allemagne a fait capoter le projet de « membre associé »

« Les appellations ou les termes précis n’ont pas d’importance », déclarait Mark Carney ce mardi devant les journalistes. Tant mieux donc pour le Premier ministre canadien, puisque le statut de « membre associé » de l’Union européenne, initialement proposé à son pays, vient finalement d’être abandonné par Bruxelles. L’idée avait été lancée en septembre dernier par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, pour officialiser un rapprochement avec le Canada, à l’occasion de la rentrée du Parlement. Une proposition qui avait pris de court plusieurs Etats membres, notamment en raison du caractère inédit et imprécis de ce statut, qui ne figure dans aucun traité européen.

Face aux désaccords, Bruxelles a donc revu ses ambitions à la baisse. Du moins, sur le papier. Selon un article de Politico, publié mercredi 28 octobre, l’appellation « membre associé » a été retirée du projet de déclaration commune, au profit de la formulation « association toujours plus étroite ». Ce texte doit être rendu public à l’issue du sommet entre l’Union européenne et le Canada qui s’est ouvert ce jeudi à Montréal et se poursuivra vendredi.

Des dizaines de milliards de dollars en jeu

A la place figure une nouvelle formulation, plus souple : « une association toujours plus étroite du Canada avec l’UE, sans aller jusqu’à une adhésion à part entière », rapporte le Guardian après avoir consulté le document. Selon le quotidien britannique qui cite le texte en question, les deux parties entendent définir les contours de ce nouveau partenariat « d’ici au sommet UE-Canada de 2027 », dans le but « de traduire, à travers ce rapprochement encore plus étroit, (leur) engagement et (leur) coopération communs en faveur de (leurs) objectifs partagés de prospérité, de sécurité économique et d’autonomie stratégique ».

Si la formulation a été édulcorée après plusieurs réunions à huis clos entre les représentants des Vingt-Sept ces dernières semaines, les ambitions du rapprochement entre Bruxelles et Ottawa restent intactes. D’après CBC News, le partenariat devrait porter sur un approfondissement de leur coopération dans l’Arctique, la lutte contre les ingérences étrangères et le soutien à l’Ukraine. L’énergie, l’approvisionnement en minerais critiques et la régulation de l’intelligence artificielle figurent également parmi les priorités.

De quoi offrir de nouvelles perspectives économiques au Canada. Selon un rapport de TD Economics, le département de recherche de l’une des principales banques du pays, la suppression d’obstacles dans ces secteurs pourrait générer des échanges commerciaux de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

L’Allemagne, motrice de cet abandon

Si l’Union européenne s’est sentie obligée de rétropédaler sur l’utilisation du terme « membre associé », c’est que la controverse avait atteint un point de non-retour. Le 16 septembre, Ursula von der Leyen avait créé la surprise en annonçant que ce statut pourrait être accordé au Canada, alors invité d’honneur de la rentrée du Parlement à Strasbourg. Aucune précision n’avait été apportée par la plus haute responsable de la Commission européenne, laissant plusieurs Etats membres confus. A commencer par l’Allemagne, qui avait vu sa proposition similaire concernant l’Ukraine être rejetée par les Vingt-Sept. « Friedrich Merz avait lancé l’idée d’un statut de membre associé pour l’Ukraine, mais celle-ci a été immédiatement enterrée. Je pense que, pour eux, c’était une affaire personnelle », a confié un diplomate européen au Telegraph. Publiquement, Berlin avait rapidement fait savoir sa volonté de voir ce statut réservé uniquement aux pays candidats à une adhésion à l’Union européenne, comme l’Ukraine ou le Monténégro.

D’autres membres comme la France, la Grèce et l’Italie auraient également exprimé des réserves. Les diplomates s’interrogeaient notamment sur la possibilité pour le Canada, en tant qu’éventuel membre associé, de participer au Conseil européen ou aux processus décisionnels.

Outre-Atlantique non plus, cette déclaration n’avait pas manqué de faire réagir. Donald Trump, en guerre commerciale avec le Canada, avait qualifié de « risible » cette proposition européenne, menaçant de cesser de commercer avec l’Europe « dans de nombreux domaines » si cet « acte hostile » envers les Etats-Unis venait à aboutir. Une intimidation qui n’a pas empêché Bruxelles de poursuivre le rapprochement engagé avec Ottawa.



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Author : Aurore Maubian

Publish date : 2026-10-29 14:18:00

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