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Iran, Gaza, Cisjordanie : après les législatives en Israël, ces six scénarios pour le Moyen-Orient

Lorsqu’on a été ex-chef d’état-major de Tsahal, observateur au cabinet de guerre de Benyamin Netanyahou, que l’on a perdu son fils de 25 ans et deux neveux au combat dans la bande de Gaza, peut-on vraiment opérer un virage à 180 degrés de la politique étrangère israélienne ? De l’avis des experts interrogés par L’Express, il ne faut pas s’attendre à un bouleversement complet au Moyen-Orient si Gadi Eisenkot (centre droit) devient Premier ministre d’Israël. Après le traumatisme du 7 octobre 2023, l’Etat hébreu ne compte pas faiblir face à ses ennemis dans la région. Mais là où l’opposition israélienne cherche des sorties politiques, Netanyahou reste animé par une vision messianique de la guerre. Voici nos six scénarios pour la région.

1. Frapper l’Iran après les midterms

Deux jours avant l’élection du 27 octobre en Israël, Netanyahou publie sur X une photo apocalyptique d’un champignon nucléaire au-dessus de Tel-Aviv avec la mention : « Si les Iraniens obtiennent l’arme nucléaire, plus rien ne sera jamais comme avant ». Depuis plusieurs semaines, Benyamin Netanyahou met une pression maximale sur Donald Trump pour lancer une nouvelle opération sur l’Iran. A Washington, un plan américain est déjà sur le bureau du président si celui-ci se décidait à passer à l’action. Le feu vert n’interviendrait qu’après les Midterms. Netanyahou pourrait aussi profiter de cette période de flottement, sans majorité en Israël, pour lancer une attaque afin de pousser ses adversaires à installer un gouvernement d’union nationale en temps de guerre.

Si Eisenkot devenait Premier ministre, il maintiendrait une pression maximale à l’égard du régime des mollahs, proposant notamment d’établir des « kill zone » autour des sites où subsiste le fameux uranium enrichi à 60 %. « Sur l’Iran, sa doctrine reste similaire. C’est un faucon qui veut poursuivre le bras de fer avec Téhéran », précise Paul Salem, chercheur au Center for strategic and international studies. Toutefois, Eisenkot pourrait décider de temporiser, laissant la politique d’asphyxie financière lancée par Trump produire ses effets déjà dévastateurs pour l’économie iranienne.

2. Enclencher une désescalade à Gaza

C’est l’une des critiques les plus virulentes d’Eisenkot à l’égard de Netanyahou : « Trois ans après le massacre du 7 Octobre, le Hamas reste l’autorité souveraine dans la bande de Gaza ». Si le chef de l’opposition se retrouve aux commandes du pays, il s’est donné comme objectif ambitieux de mettre fin à l’emprise du mouvement terroriste en seulement 18 mois dans le territoire palestinien. Avec, à la différence de Netanyahou, une stratégie diplomatique plus affirmée : mettre en œuvre rapidement le « plan Trump » en 20 points de septembre 2025 ; permettre l’entrée dans l’enclave du Comité national pour l’administration de Gaza, bloqué depuis des mois en Egypte ; et relancer des discussions avec l’Autorité palestinienne.

Dans le camp Netanyahou, pas question d’entamer un processus politique tant que le Hamas n’est pas totalement désarmé. « Eisenkot s’est construit politiquement sur le fait que Netanyahou n’avait pas de stratégie pour le jour d’après. A Gaza, il veut enclencher un processus de désescalade, de désarmement au moins partiel du Hamas et de retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza », note David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum.

3. Suspendre le « projet E1 » en Cisjordanie

La Cisjordanie occupée est le sujet qui cristallise les tensions entre Eisenkot et Netanyahou. Si le chef de Yashar devient Premier ministre, il a promis de se montrer beaucoup plus ferme avec les colons violents et d’encourager les détentions administratives. Selon lui, il ne fait aucun doute qu’en s’alliant avec l’extrême droite de Ben Gvir et Smotrich et en nommant l’ultranationaliste religieux David Zini à la tête du Shin Bet, Netanyahou a transformé les territoires occupés en un foyer de violence extrémiste juive contre les Palestiniens.

S’ils soutiennent tous les deux la colonisation, Gadi Eisenkot pourrait notamment revenir sur l’un des projets phares de l’actuelle coalition qui consiste à scinder la Cisjordanie en deux. « Eisenkot suspendrait, voire stopperait la construction dans une zone de colonisation appelée E1 (NDLR : visant à construire près de 3 400 logements à l’est de Jérusalem), laquelle compromet les perspectives d’établissement d’un Etat palestinien », affirme Dov Waxman, politologue à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Eisenkot a donc bien conscience que la Cisjordanie est devenue l’une des sources de crispation avec ses alliés et d’isolement croissant d’Israël.

4. Restaurer le poids diplomatique de la France au Liban

Sur la question du Hezbollah, il y a consensus sécuritaire entre les deux prétendants au poste de Premier ministre. Mais là ou Netanyahou souhaite conserver la zone de sécurité contrôlée de 10 kilomètres par Tsahal au sud du Liban, Eisenkot serait favorable à la réduire à 8 kilomètres, estimant qu’il s’agit d’une distance suffisante pour que les villes à la frontière israélienne soient protégées des missiles antichars.

Sur le volet diplomatique, la différence est plus nette : Eisenkot envisagerait, selon le quotidien conservateur Jerusalem Post, de réintégrer la France dans le dispositif, avec les Etats-Unis. Objectif : aider l’armée libanaise à désarmer le Hezbollah et restaurer le monopole militaire de l’Etat libanais. Selon Yaakov Amidror, ex-chef d’état-major de Benyamin Netanyahou, tout dépendra de l’attitude de la milice chiite libanaise dans les prochaines semaines : « A la minute où ils tireront des missiles et des roquettes, Israël utilisera toute la puissance de son aviation et élargira la zone de contrôle de Tsahal au Sud Liban ».

5. Maintenir le statu quo en Syrie

Alors qu’à Washington, Trump a normalisé ses relations avec le président Ahmed al-Charaa, Eisenkot le voit toujours comme « un djihadiste » de Daech, dont il dit avoir « éliminé de nombreux membres de son organisation » lorsqu’il dirigeait Tsahal. Le leader de l’opposition n’envisage donc pas pour le moment de retrait israélien du mont Hermon et des positions stratégiques clés en Syrie tant que les Russes et les Turcs y conservent une empreinte militaire depuis la chute de Bachar-el Assad. Sans pour autant exclure de signer dans le futur un accord stratégique avec Damas. « Al-Charaa n’est pas prêt car il sait que certains djihadistes l’accuseraient de traîtrise », pointe Fabrice Balanche, géographe et spécialiste de la Syrie.

6. Créer un « Otan des Etats sunnites »

Dans leur guerre face aux rebelles houthistes, l’Arabie saoudite, qui n’a pas de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu, aurait discrètement bénéficié du renseignement israélien par l’intermédiaire des Américains. Eisenkot aimerait aller plus loin. Dans une interview au Times of Israel, il défend l’idée de créer « l’Otan des Etats sunnites ». En revanche, la perspective d’une éventuelle intégration de Ryad au sein des accords d’Abraham n’est pas d’actualité. « Si Netanyahou laisse Ben Gvir au gouvernement, c’est impossible. Et pour Eisenkot, il faudra un geste fort à l’égard des Palestiniens pour contenter l’opinion publique saoudienne », fait remarquer David Des Roches, ex-directeur des politiques du Pentagone pour la péninsule arabique. Un horizon encore lointain.



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Author : Charles Carrasco

Publish date : 2026-10-31 07:30:00

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