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Midterms : « Ni Donald Trump ni le Congrès n’ont tenu leur promesse sur la facture d’énergie des Américains »

Le chiffre est aussi symbolique qu’embarrassant. Depuis quelques jours, le prix de moyen du gallon d’essence sous le second mandat de Donald Trump a dépassé celui de l’ère Joe Biden, selon l’American Automobile Association. Le président républicain promettait pourtant, pendant sa campagne de 2024, de le ramener sous la barre des deux dollars. Raté. L’essence se paye aujourd’hui près de 4,25 dollars et le diesel frôle son record historique, à plus de 6,30 dollars.

Prix à la pompe dopés par la guerre avec l’Iran, factures d’électricité gonflées par les data centers… Le coût de l’énergie s’est invité au cœur de la campagne américaine des midterms. Robbie Orvis, directeur de la modélisation et de l’analyse chez Energy Innovation, un groupe de réflexion consacré aux politiques énergétiques et climatiques, évalue pour L’Express l’impact de cette situation sur le vote du 3 novembre.

L’Express : Le coût de l’énergie est-il en train de devenir un enjeu électoral aux États-Unis ?

Robbie Orvis : Pour la première fois depuis très longtemps, c’est en effet devenu un sujet central dans de nombreuses élections. On en a déjà eu l’exemple l’an dernier pour le poste de gouverneur du New Jersey. L’énergie était le thème principal de la campagne de la démocrate Mikie Sherrill, qui a gagné.

Pourquoi est-ce nouveau ?

Plusieurs phénomènes se superposent. Le premier concerne la guerre actuelle avec l’Iran, qui fait nettement grimper les prix à la pompe. Cette situation marque les citoyens. Le second, c’est l’électricité. Pendant une vingtaine d’années, la demande est restée quasiment stable. Sauf que depuis l’an dernier, le boom des data centers a porté les prévisions de croissance de la demande d’électricité à des niveaux sans précédent, en particulier dans le New Jersey, en Pennsylvanie, en Virginie et au Texas. Les factures ont toujours un peu fluctué, mais les gens voient aujourd’hui des hausses considérables. Cette pression est appelée à durer avec le développement de l’intelligence artificielle. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs publié son rapport sur l’inflation la semaine dernière : elle reste supérieure à l’objectif fixé avec pour principal moteur le coût de l’énergie.

Dans votre dernier rapport, vous évaluez le surcoût moyen cumulé par ménage à environ 6 500 dollars d’ici à 2040, du fait des changements de politique énergétique fédérale sous l’administration Trump. Quels sont les principaux facteurs de cette hausse ?

Nous avons comparé deux scénarios : l’un maintenant les politiques fédérales de janvier 2025, l’autre intégrant les changements des dix-huit derniers mois. Ceux-ci comprennent le One Big Beautiful Bill Act, l’assouplissement des normes de pollution des voitures et des centrales, et le blocage de permis pour freiner le solaire et l’éolien. Ces politiques entraînent des effets majeurs. D’abord, elles réduisent les capacités d’énergies propres qui seront déployées au cours des quinze prochaines années – or ces technologies contribuent à réduire les factures d’électricité. Ensuite, elles accroissent fortement la dépendance au gaz naturel, ce qui fait monter son prix par le jeu de l’offre et de la demande, alors que beaucoup de ménages l’utilisent pour se chauffer et cuisiner.

Mais l’impact le plus important concerne les dépenses de mobilité. La suppression des incitations et des normes en faveur des véhicules électriques, bien moins chers à utiliser, laisse les Américains dans des voitures à essence moins efficaces. Et comme le gaz, le prix du carburant monte. À cela s’ajoute un coût sanitaire que nous avons aussi modélisé. Brûler davantage d’énergies fossiles, c’est plus de pollution, donc plus de consultations, de consommation de médicaments, de jours d’absence parce que les enfants sont malades. Et ces effets sont souvent très localisés : certaines communautés en souffriront de manière disproportionnée. C’est un fardeau supplémentaire.

Votre étude pointe les cinq Etats les « plus perdants » en matière de dépenses énergétiques des ménages. Trois sont aujourd’hui républicains. Certains pourraient-ils basculer lors des midterms ?

Ces cinq Etats sont l’Oregon, la Virginie, le Wyoming, le Mississippi et le Dakota du Sud [NDLR : les trois derniers sont « rouges »]. Mais la question est très difficile : il n’est pas possible de dire précisément quels Etats sont les plus susceptibles de basculer pour cette raison, bien que le sujet soit identifié comme une priorité des électeurs. L’attention s’est dernièrement beaucoup portée sur le coût de l’électricité, moins sur celui des transports. Or nous avons constaté, dans une précédente étude centrée sur le One Big Beautiful Bill Act, une très forte hausse des dépenses de transport dans tous les Etats. Là encore, certains sont plus pénalisés que d’autres, notamment la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, la Floride, le Texas et le Kentucky.

Les sondages montrent que les électeurs ne font confiance ni aux républicains ni aux démocrates sur l’énergie. Comment interprétez-vous cette défiance généralisée ?

On entend beaucoup d’explications différentes sur les prix de l’énergie. Certaines relèvent d’éléments de langage partisans, d’autres reflètent une réalité plus complexe. Il est par exemple très difficile de construire de grandes infrastructures, en particulier pour les opérateurs du marché de l’électricité, au moment même où nous en aurions massivement besoin. Cela tient à de nombreuses raisons, et l’électeur moyen n’en saisit sans doute pas tous les tenants et aboutissants. Mais j’en reviens au New Jersey : la gouverneure Sherrill a obtenu certains résultats avec des mesures visant à freiner la hausse des tarifs, à défaut de les réduire.

À son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump avait promis de diviser par deux les factures d’énergie des Américains. Est-ce un échec ?

Pas besoin d’un modèle pour répondre. Il suffit de regarder les statistiques officielles de l’agence gouvernementale d’information sur l’énergie. Elles montrent clairement que cette baisse des factures ne s’est pas concrétisée. Les coûts de l’énergie ont même augmenté de façon significative au cours des dix-huit derniers mois. Et globalement plus vite que l’inflation. Le bilan est donc assez clair : ni lui, ni son administration ni le Congrès n’ont tenu cette promesse. Les électeurs jugeront dans les urnes s’il s’agit d’un échec.



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Author : Baptiste Langlois

Publish date : 2026-10-31 11:00:00

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