L’Express

En Allemagne, les violences en marge des manifestations ravivent les tensions autour de l’immigration

Effet domino. Comme en France, une partie de la jeunesse allemande a manifesté samedi 31 octobre contre la politique menée par le gouvernement au pouvoir et notamment contre les réductions de dépenses sociales dans une trentaine de villes. A l’issue de ces cortèges pacifiques organisés par la Gen Z Regelt (NDLR : La Gen Z décide), des violences ont éclaté à Francfort, Berlin, et Hambourg, occasionnant depuis dimanche 1er novembre tout un florilège de réactions politiques révélatrices d’une coalition fragile et de discordes nationales au sujet de l’immigration.

Des « fauteurs de troubles de la communauté immigrée »

Le premier à allumer la mèche a été le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, issu du parti conservateur Union chrétienne-sociale (CSU) avec lequel s’est alliée l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti du chancelier Friedrich Merz. Dimanche 1er novembre, dans les pages de Bild, il a formellement accusé des « groupes violents d’extrême gauche et les fauteurs de troubles de la communauté immigrée » d’être responsables du saccage de 17 magasins à Francfort dont l’un d’eux vendait des armes. Parmi eux, cinq ont été pillés. Toutefois, le même jour, le ministère de l’Intérieur avait précisé ne pas disposer de statistiques au sujet du profil des casseurs.

Qu’importe, Friedrich Merz s’est rangé du côté de son ministre selon la déclaration officielle de son porte-parole Stefan Kornelius : « le chancelier fédéral s’est rallié » tout en reconnaissant que les « fauteurs de troubles » ne représentaient qu' »une poignée » de personnes. Dans la même journée, c’est la ministre de l’Education et de la famille, Karin Prien (CDU), qui a pris la parole au micro de Deutschlandfunk. Pas beaucoup plus nuancée, elle a ciblé l’extrême gauche et a souligné que ces « personnes semblent provenir de milieux immigrés » avant d’ajouter vouloir « se pencher sur les causes » d’éventuels problèmes d’intégration.

Devant le Congrès fédéral de l’Union de la police ce mardi 3 novembre, le ministre de l’Intérieur a repris la parole assurant que « les émeutiers et les pilleurs seront identifiés et tenus responsables. Des sanctions sévères doivent suivre cette violation de la paix ». Il en a aussi profité pour saluer le travail « hautement professionnel » des forces de l’ordre pour avoir empêché « des excès violents comme ceux de Paris ». Le syndicat de la police allemande fait toutefois état de vitrines brisées et de lancers de cocktails Molotov sur les forces de l’ordre. Dans une interview donnée au même journal que son ministre Andreas Robkopf, président de la section Police fédérale, a ramené la question de l’origine des émeutiers sur la table : « Nos collègues, qui ont risqué leur vie pour faire respecter l’Etat de droit avec un professionnalisme exemplaire, confirment précisément l’existence de ces groupes d’auteurs de violences dans leurs rapports », faisant allusion au « milieu migrant » évoqué.

Fracture politique et sociale

Face à cette vague de commentaires assimilant les populations immigrées aux casseurs, des personnalités politiques ont largement exprimé leur désaccord, fragilisant parfois certaines ententes et coalitions. C’est notamment le cas de Boris Pistorius, issu du Parti social-démocrate (SPD) et ministre de la Défense, interrogé dimanche soir sur la chaîne ZDF à propos de la prise de parole d’Alexander Dobrindt. « Qu’entend-on par « groupes issus de l’immigration » ? S’agit-il de personnes qui vivent en Allemagne depuis trois générations et qui sont de nationalité allemande ? Où s’arrête-t-on dans cette distinction ? Je pense que cela nous mène dans la mauvaise direction », a-t-il exprimé.

Même le vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, Norbert Röttgen, a désavoué Alexander Dobrindt précisant qu’ « il n’existe pas un seul type de communauté migrante en Allemagne ». Un argument repris par l’opposition de gauche qui en a profité pour faire un cours de démographie et de sociologie. « Si l’on regarde qui a participé à ces affrontements, on constate que la moitié est issue de l’immigration, mais on trouve la même proportion chez les jeunes qui ont manifesté pacifiquement. Ce pourcentage est bien sûr plus élevé que dans l’ensemble de la population allemande, mais la réalité, c’est que dans la jeunesse allemande des grandes villes, souvent, une personne sur deux a des origines immigrées », a analysé la coprésidente du parti des Verts, Franziska Brantner, lors d’une interview accordée au Kölner Stadt-Anzeiger. Clara Buenger, porte-parole du Parti de gauche sur les affaires intérieures, a quant à elle ajouté que la recherche avait montré que la criminalité « ne peut pas simplement s’expliquer par l’origine d’une personne » mais par d’autres facteurs comme le milieu social ou l’opportunité.

Au-delà de cette précision, la politicienne a qualifié les propos du ministre de l’intérieur d’ »intolérables » et susceptibles de provoquer des « ressentiments racistes » dans la population. S’adressant au gouvernement, Clara Buenger a ajouté que « les inquiétudes de toute une génération ne disparaîtront pas à travers des récits racistes, mais à travers une politique qui prend leurs revendications au sérieux ».



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Author : Juliette Garnier

Publish date : 2026-11-03 19:11:00

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