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Médicaments : des laboratoires occidentaux soupçonnés d’alimenter la corruption en Russie

Le chiffre supposé est vertigineux : près d’un demi-milliard de dollars seraient détournés chaque année dans le cadre des achats publics de médicaments importés en Russie. Selon une enquête du média d’investigation Proekt, reprise par nos confrères de Courrier international, ces marchés publics seraient associés au versement de nombreux pots-de-vin. Réalisée avec l’appui du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) et du média suisse Republik, l’enquête s’étale sur onze mois et repose sur différents témoignages et documents.

Comment s’est opéré le calcul ? Proekt évalue à 386 milliards de roubles (4,2 milliards d’euros) les ventes de médicaments de huit laboratoires suisses, britanniques, américains, français et japonais au secteur public russe. D’après une cadre du secteur pharmaceutique, surnommée « Antonina », qui supervisait la distribution de ces produits, 10 à 20 % du montant de chaque marché public portant sur des médicaments coûteux et complexes serviraient à verser des pots-de-vin aux médecins-chefs, aux fonctionnaires et aux services de sécurité. En appliquant le taux le plus bas de cette estimation, l’enquête conclut à 38,5 milliards de roubles, soit 420 millions d’euros, susceptibles d’avoir alimenté la corruption.

« Ces pots-de-vin sont financés par des laboratoires pharmaceutiques occidentaux, qui les intègrent dès le départ dans leurs prévisions de ventes, tandis que ce sont des intermédiaires russes qui procèdent au versement effectif des sommes », résume Antonina. Les fabricants étrangers figurent parmi les dix principaux fournisseurs du secteur public, avec le groupe helvétique Roche en tête et le Français Sanofi en quatrième position. Le mécanisme concerne principalement les traitements anticancéreux, qui représentent plus de 40 % des achats publics de médicaments. « Bienvenue du côté obscur du système de santé russe », ironise Antonina dans le média d’investigation.

D’énormes « bonus commerciaux »

Selon cette même source, cette corruption semble s’appuyer sur une série de rétrocommissions. En effet, les distributeurs russes de médicaments occidentaux, achetés sur fonds publics, perçoivent de la part des fabricants d’énormes « bonus commerciaux », équivalant en moyenne à 30 % du prix de chaque boîte de médicament, d’après « Antonina ». Ces bonus peuvent gonfler jusqu’à 60 %.

Ils servent à financer ce que le secteur appelle « l’accompagnement des achats, c’est-à-dire la corruption des décideurs qui déterminent quels produits l’Etat doit acheter, quand et à quel prix, souligne Proekt. A noter qu’une autre partie sert notamment à rémunérer des réseaux de protection au sein des instances de pouvoir. Sans ces pratiques, le prix des médicaments pourrait baisser de 15 % à 25 %.

Si les malades sont les premières victimes de ce système, les principaux bénéficiaires présumés seraient, Proekt, les hommes d’affaires Alexeï Repik et Viktor Kharkitonine. Mais ce n’est pas tout : deux filles de Vladimir Poutine pourraient aussi être connectées à des intérêts pharmaceutiques ainsi que l’entourage du président tchétchène, Ramzan Kadyrov. Des liens qui ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir leur implication dans le versement de pots-de-vin, précise Courrier International.

Si Antonina observait ces pratiques depuis longtemps, c’est la mort de l’opposant russe Alexeï Navalny le 16 février 2024, qui l’a décidée à témoigner. Fin 2025, elle a transmis à la rédaction de « Proekt » un projet d’article qu’elle souhaitait publier dans la presse indépendante. Ses déclarations ont servi de point de départ à l’enquête. Reste à savoir si elles suffiront à faire évoluer un système qui pénalise avant tout, les personnes qui luttent contre le cancer.



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Author : Audrey Parmentier

Publish date : 2026-11-07 14:06:00

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