Coup d’envoi du « conclave ». Les partenaires sociaux entament, ce jeudi 27 février, trois mois de difficiles négociations sur la réforme des retraites de 2023. D’un côté, les syndicats demandent l’abrogation du relèvement à 64 ans de l’âge de départ, pour un coût estimé à 10 milliards d’euros à l’horizon 2030, tandis que le patronat maintient que le report de l’âge de départ est une condition sine qua non de la viabilité du système.
Le gouvernement, lui, exige un retour à l’équilibre financier du système dès 2030. Après avoir initialement demandé aux négociateurs de ne pas « dégrader » cet équilibre, François Bayrou a envoyé mercredi soir aux dirigeants des organisations patronales et syndicales une lettre leur demandant de « rétablir l’équilibre financier de notre système de retraites à un horizon proche » avec un « objectif à l’année 2030 ». Une façon pour l’exécutif de resserrer la vis.
La Cour des comptes a évalué la semaine dernière, dans un rapport qui doit servir de base aux discussions, que le déficit du système de retraites devrait atteindre 6,6 milliards d’euros en 2025, et se « stabiliser » jusqu’en 2030 avant de se creuser davantage. Cette première séance – à laquelle les numéro un des syndicats ne devraient pas participer – démarrera donc par un « retour » sur ce rapport de la Cour des comptes, à laquelle la CGT a notamment demandé de chiffrer le coût d’un retour de l’âge de départ à 62 ans.
Objectif abrogation
Selon un courrier adressé aux participants par l’animateur des débats Jean-Jacques Marette, les négociateurs devront ensuite établir leur « programme de travail » pour les trois mois à venir. Autour de la table, on retrouvera des représentants aux intérêts antagonistes : les cinq syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) et les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) représentatifs au niveau interprofessionnel, mais aussi la FNSEA (agriculture) et le syndicat Unsa.
La patronne de la CGT, Sophie Binet, a pour objectif de « clarifier » les choses dès la première rencontre. « L’objet […] n’est pas le retour à l’équilibre » mais « l’abrogation » de la réforme des retraites, a-t-elle prévenu. Cela coûterait « 10 milliards d’euros » à horizon 2030, un chiffre « tout à fait soutenable », selon elle.
Premier syndicat, la CFDT veut elle aussi un retour à 62 ans : « C’est la base des discussions », a jugé dimanche la numéro 1 de la CFDT Marylise Léon. La CFDT espère pouvoir « répondre aux principales attentes » des salariés, notamment « la prise en compte de la pénibilité et le renforcement du droit des femmes », a précisé Yvan Ricordeau, le numéro deux de la centrale réformiste. Celui-ci souligne aussi la nécessité de « trouver une voie de passage avec un équilibre financier », car le système « par répartition fonctionne parce que les générations futures ont l’assurance que le contrat fonctionne avec elles ».
« Equité intergénérationnelle »
Côté patronal, pas question de revenir sur le report de l’âge de départ. « À ce jour, les experts du Medef et les économistes n’ont pas trouvé de meilleure solution que celle du report de la borne d’âge », a assuré le président du Medef Patrick Martin au Journal du Dimanche. Même son de cloche chez la ministre chargée du travail, Astrid Panosyan-Bouvet, qui a même jugé nécessaire « de travailler plus longtemps ».
La Confédération des PME vise un « équilibre de long terme » et suggère « l’équité intergénérationnelle » qui consiste à « mettre dans l’équation la question de l’espérance de vie et de son évolution », a expliqué à l’AFP son vice-président en charge des affaires sociales, Eric Chevée. La CPME propose aussi « une égalisation des taux de CSG » entre actifs et retraités (hors petites pensions) et la création d’un « étage complémentaire de capitalisation collective ». Des pistes qui font s’étouffer les syndicats de salariés et la gauche. « Ils tentent de faire pression sur ce conclave, avec la crainte d’avoir un texte encore pire que la réforme de 2023 », déplore Eric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale et député insoumis.
« Le patronat mène une campagne de pub extrêmement puissante sur la retraite par capitalisation », estime pour sa part le négociateur de la CGT Denis Gravouil. Les propositions financières du patronat devraient donc diverger fortement de celles présentées par les syndicats. La CGT veut ainsi équilibrer le système en augmentant les salaires des femmes afin qu’elles gagnent réellement autant que les hommes, en supprimant les exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires et en soumettant aux cotisations l’intéressement et la participation.
Enfin, FO affiche son scepticisme sur les chances de succès de la concertation. « Sur les retraites, franchement, s’il n’y a pas d’abrogation, je ne vois pas comment on peut commencer à discuter », s’interroge son négociateur Michel Beaugas. François Bayrou a indiqué dans son courrier que les parlementaires seraient informés de l’avancée des travaux « à échéances régulières ». Il avait assuré mi-janvier que si les partenaires sociaux parviennent à un accord, le texte serait soumis au Parlement pour amender la très impopulaire réforme de 2023.
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Publish date : 2025-02-27 09:17:00
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