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Avec Donald Trump, la tech américaine a-t-elle misé sur le mauvais cheval ?

Avec Donald Trump, la tech américaine a-t-elle misé sur le mauvais cheval ?

Ce n’est pas encore l’heure des comptes. Mais l’histoire, c’est certain, ne commence pas très bien. Après seulement deux mois et demi à la Maison-Blanche, Donald Trump égratigne déjà la Big Tech. Son industrie la plus puissante, et un secteur qui a pesé dans sa campagne de réélection grâce au soutien de ses élites, comme Elon Musk (Tesla, SpaceX) ou Mark Zuckerberg (Meta).

Au lendemain de l’annonce de droits de douane massifs à l’encontre de multiples pays à travers la planète – y compris deux îles seulement peuplées de pingouins – l’indice tech phare, le Nasdaq, a plongé de plus de 5 % à l’ouverture des marchés. L’action Microsoft a perdu environ 3 %, celles de Nvidia, Meta et Amazon respectivement 5, 6 et 7 % ; Apple a plus lourdement chuté de 9 %. Toutes ces entreprises sont dépendantes de fournisseurs et d’usines situés en Asie. Soit pour la construction de leurs serveurs, pour l’acheminement des matières premières nécessaires à leurs datacenters, ou pour la fabrication de leurs produits grand public. Apple assemble notamment son iPhone en Chine, où les nouveaux droits de douane pourraient atteindre 54 % (34 % s’ajoutant à des droits existants). La marque à la pomme est également présente en Inde (droits de douane désormais fixés à 27 %), en Malaisie (24 %), ainsi qu’au Vietnam (46 %) où sont confectionnés ses montres connectées et ses écouteurs « AirPods ». Les coûts de production augmentent, donc il faudra faire des choix difficiles : revoir le prix du célèbre smartphone à la hausse – dans le cas de Microsoft et Amazon de leur service cloud – ou baisser ses marges. Contribuer à l’inflation ou renoncer à des embauches et des investissements. La peste ou le choléra.

Pour Apple, comme pour les autres géants, la situation ne risque pas de s’arranger de sitôt. « Le but de Donald Trump est de pousser les industries américaines, dont celle de la tech, à la réindustrialisation. Mais les filières de production sont aujourd’hui complètement internationales, et les pays asiatiques disposent de compétences qui n’existent plus du tout aux Etats-Unis, ni même en Europe », rappelle Marianne Lumeau, économiste et enseignante-chercheuse à l’Université de Rennes. Apple avait bien tenté d’amadouer le milliardaire, en promettant un investissement de 500 milliards de dollars ces quatre prochaines années sur le sol américain. Cela n’a pas poussé Donald Trump à plus de doigté au cours de son « Liberation Day ».

En attendant l’Europe…

Maigre lot de consolation : les semi-conducteurs, à la base des puces électroniques, dont le secteur tech est très dépendant, ne figurent pas dans les plans de Donald Trump. Mais ce n’est pas définitif. D’une part, le président américain a établi un seuil minimal de taxation à 10 %. Et il avait promis, fin mars, 100 % de droits de douane sur ces produits à l’encontre de Taïwan, qui les exporte massivement dans le monde entier. « Cette perspective suscite de l’incertitude et perturbe déjà les chaînes d’approvisionnement », expose Antonin Bergeaud, économiste et professeur à HEC Paris. Ce qui devrait alimenter, toujours à la baisse, les cours des entreprises tech en Bourse durant les prochaines semaines.

Il y a enfin l’épouvantail européen. Le Vieux Continent a été sanctionné à hauteur de « 20 % » par les droits de douane de Donald Trump. Les représailles ne devraient pas se faire attendre. La France a averti ce jeudi que l’UE planchait sur une taxe sur les services numériques des Gafam. Une cible facile. « La tech américaine dispose d’une balance commerciale extrêmement excédentaire, notamment grâce à l’Europe, indique l’économiste spécialiste du numérique Julien Pillot. C’est un marché de 450 millions de personnes pour la plupart bien connectées pesant lourd dans ses résultats. » Google, Apple ou Meta, pour ne citer qu’eux, sont également dans le viseur du régulateur, qui pourrait se montrer plus sévère à leur égard dans le cadre du respect des législations DSA et DMA. Certes, l’Europe souffre aussi d’une dépendance aux outils américains : s’en passer ou subir des hausses de prix aura des conséquences pour les entreprises et les consommateurs. Un levier que devraient activer les Etats-Unis. Mais il existe de plus en plus d’alternatives aux services américains, car cette prise de conscience n’est pas récente. Dans cette guerre d’usure, la tech US a donc tout à perdre : un précieux accès aux données européennes nécessaire à la course à l’IA, et l’émergence à terme de féroces concurrents.

Il y a désormais fort à parier que l’enthousiasme des entreprises technologiques pour un président jugé pro-business et contre toute forme de régulation se dégonfle. Les « effets secondaires » sont nombreux. Donald Trump pourrait faire chuter leurs capitalisations boursières et leurs chiffres d’affaires. Il pourrait également radicalement bouleverser leurs chaînes d’approvisionnement et les rapports de l’industrie avec son deuxième marché le plus important, l’Europe. Le milliardaire poursuit en parallèle les enquêtes antitrust contre plusieurs firmes dont Meta, dont l’allégeance semble sans effet. Y aura-t-il malgré tout des gagnants ? Oui, pointe avec malice la presse américaine, qui a repéré la publication par le géant de la donnée Palantir d’un nouveau service en intelligence artificielle très prometteur. Celui-ci offre aux multinationales une assistance dans la prise en compte des nouveaux – et très nombreux – droits de douane américains. Malin.



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Author : Maxime Recoquillé

Publish date : 2025-04-03 18:06:00

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