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EXCLUSIF. Musée-mémorial du terrorisme : à quoi ressemblera finalement le projet d’Emmanuel Macron ?

EXCLUSIF. Musée-mémorial du terrorisme : à quoi ressemblera finalement le projet d’Emmanuel Macron ?

C’est un projet présidentiel qu’Emmanuel Macron n’aura que très partiellement l’honneur d’inaugurer avant la fin de son quinquennat. Selon les informations de L’Express, le projet de Musée-mémorial du terrorisme (MMT) ne pourra, en effet, pas voir le jour dans son épure initiale d’ici à 2027. Voilà ce qu’a annoncé le chef de l’Etat lui-même à l’historien Henry Rousso et à la magistrate Elisabeth Pelsez, les deux préfigurateurs du MMT, lors d’une réunion à l’Elysée qui s’est tenue le 6 mars, quelques jours avant la journée d’hommage aux victimes du terrorisme. Les travaux, qui devaient débuter en mai 2024, ont un an de retard et seul le Mémorial sera prêt dans les délais impartis. Le musée lui-même ne verra le jour qu’en 2028 au mieux. Et ses contours précis, ainsi que son financement, restent encore à confirmer.

A la fin de l’année 2024 et après des mois d’attente, les dirigeants du MMT apprennent de la bouche de conseillers de Michel Barnier alors sur le départ que le projet ne serait pas financé. En clair qu’il est abandonné. Stupeur parmi les responsables du projet mais aussi dans les équipes scientifiques qui ont œuvré au parcours muséal et pédagogique et parmi les associations de victime du terrorisme qui ont donné des objets pour les collections. Le magistrat François Molins et le sociologue Michel Wieviorka, respectivement président de l’observatoire d’orientation et du conseil scientifique, protestent, des réseaux s’activent. Après tout le MMT n’était-il pas une idée du président de la République lui-même, énoncée dès 2018 ? Fin décembre, face à l’émoi, l’Elysée fait savoir que le MMT n’est pas abandonné. A quelques jours des dix ans des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper Cacher, un renoncement aurait fait particulièrement mauvais genre.

Un mémorial sans musée ?

Mais il faut attendre la réunion de début mars pour en savoir davantage. Pour la première fois depuis qu’Emmanuel Macron a émis l’idée de ce musée, une réunion de travail se tient en sa présence. Le lieu d’implantation du musée, à Suresnes (Hauts-de-Seine) est confirmé. Il s’agissait pourtant de l’un des points qui avait fait débat en 2024, des associations de mémoire de la résistance et de la Shoah s’étaient émues de sa proximité avec le Mémorial de la France combattante sur le Mont Valérien.

En revanche, tout le reste, ou presque, est à redéfinir. Le budget initial – 95 millions d’euros pour la réhabilitation/construction et les quelque 10 millions pour le fonctionnement – doit être revu à la baisse. L’ampleur de la diminution n’est pas précisée, à charge pour l’équipe du MMT de faire des propositions. Pas simple alors que le parcours muséal est, par exemple, déjà quasiment terminé. Autre élément à reconsidérer : le nom du lieu, déjà source de nombreux débat au début du projet. Il ne plaît guère au ministère de la Culture qui regrette l’intitulé « musée » qui ne correspond pas, selon lui, à ce qui est envisagé. D’autres préféreraient revenir à la version initiale de « Musée-mémorial des sociétés face au terrorisme », jugée à l’époque trop complexe, mais qu’ils estiment moins source d’ambiguïté. La réflexion est désormais relancée pour trouver une solution qui conviendrait à toutes les parties.

Au début de la semaine prochaine, une réunion interministérielle rassemblera tous les acteurs gouvernementaux concernés par le dossier en matière de financement. Autour de la table : des représentants du ministère de l’Intérieur et de la Justice, plutôt favorables au projet, des Armées, un peu moins allants, et de la Culture, ce dernier n’ayant jamais montré beaucoup d’enthousiasme à l’idée de financer un projet qu’il estime extérieur à son périmètre. Cette réunion sera déterminante pour mesurer l’ampleur du coup de rabot infligé au projet. Des pistes hors du Budget pourraient être envisagées, comme de puiser dans les fonds de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, gérée conjointement par Bercy et la place Vendôme, ou de recourir au mécénat privé, mais seront-elles suffisantes ?

Toutes les parties prenantes du projet ont conscience que si le pire a été évité à la fin de 2024 et qu’il y a désormais une volonté réaffirmée de créer le MMT, les vents contraires ne sont pas totalement retombés. Une procédure d’appel d’offres devrait être lancée très prochainement pour commencer l’aménagement du Pavillon numéro 10 qui doit abriter le mémorial proprement dit avec les noms des victimes françaises de terrorisme depuis 1974. Mais quel sens aura-t-il s’il ne s’accompagne pas d’un musée ? Il existe déjà des espaces d’hommage aux victimes sur les lieux des différents attentats des dernières décennies. En créer un supplémentaire sans dimension pédagogique interroge. Pour ne pas se faire oublier, l’équipe du MMT organisera en septembre un colloque au collège des Bernardins autour de l’histoire du terrorisme et des coopérations internationales. Avec l’espoir d’avoir eu, d’ici là, des garanties sur l’avenir du MMT, peu importe le nom qu’il porte demain.



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Author : Agnès Laurent

Publish date : 2025-04-03 06:57:00

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